DECLARATION DU HAUT COMMISSAIRE A LA REUNION INFORMELLE DES REPRESENTANTS PERMANENTS DES ETATS AFRICAINS ACCREDITES AUPRES DE L'OFFICE DES NATIONS UNIES A GENEVE
14 juillet 1983
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Je voudrais tout d'abord vous souhaiter la plus chaleureuse bienvenue et vous dire combien je eux d'avoir ainsi l'occasion de m'entretenir avec vous de façon sur la situation des réfugiés en Afrique.
Comme nous le savons tous, l'Afrique est, parmi tous les continents, celui qui continue d'accueillir généreusement le plus grand nombre de réfugiés. Désireuse de soutenir les efforts des gouvernements et des peuples africains en faveur de ces déracinés, la communauté internationale a mobilisé des ressources pour fournir des secours et une assistance d'urgence en attendant de résoudre le problème de façon plus permanente. La quête de solutions durables a marqué des points: cette année porte l'empreinte de nouvelles initiatives de rapatriement librement consenti et d'une recherche accrue de possibilités d'intégration surplace. Nous devons faire en sorte que les années qui viennent soient celles des solutions à long terme. Dans cet esprit, au-delà de l'assistance directe aux réfugiés, la communauté internationale devient, à juste titre, sensible à la nécessité de renforcer l'infrastructure des pays d'asile en Afrique de manière à les aider à faire face à l'afflux de réfugiés et de rapatriés. Ces pays, qui doivent faire face à leurs propres problèmes de développement, doivent, le échéant, recevoir les moyens de prendre en charge un nombre considérable de réfugiés.
C'est dans ce contexte que je désire dès maintenant aborder le sujet de la conférence internationale sur l'assistance aux réfugiés en Afrique (CIARA II). Cette dernière est un jalon sur la voie que nous nous sommes tracée dans la recherche de solutions durables. Cette Conférence, les travaux préparatoires qui la précéderont et les engagements qui y seront pris, seront je l'espère pour nous ainsi que pour vos gouvernements un atout précieux pour étayer notre approche orientée vers la recherche de solutions. J'espère que, simultanément, elle contribuera dans une large mesure à sensibiliser le monde l'ampleur réelle du problème des réfugiés en Afrique. Souhaitons qu'elle galvanise les énergies et assiste l'Afrique à examiner en profondeur la crise des réfugiés.
La résolution 37/197 de l'Assemblée générale, paragraphe 5 du dispositif.. prie le Secrétaire général, agissant en étroite coopération avec le secrétaire général de l'organisation de l'unité africaine et le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, de convoquer cette Conférence chargée "d'examiner le besoin continu d'assistance en vue de fournir, selon qu'il conviendrait, une assistance supplémentaire aux réfugiés et aux rapatriés en Afrique pour la mise en oeuvre de programmes de secours, de réadaptation et de réinstallation" et "d'examiner les conséquences subies par l'économie des pays africains concernés, et de leur fournir l'aide requise pour renforcer leur infrastructure sociale et économique de manière qu'ils puissent assumer la charge d'un grand nombre de réfugiés et de rapatriés".
Nous nous préparons tous activement à la Conférence. Nombre d'entre vous ont participé à des réunions avec les gouvernements intéressés convoquées par le saut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés au nom du Comité directeur de la D'autres rencontres ont eu lieu entre les représentants des institutions des Nations Unies et la communauté des organisations non gouvernementales. Des réunions similaires ont été tenues par le Secrétaire général des Nations Unies à New York.
Les projets qui seront soumis à la CIARA sont en cours de préparation. Les besoins actuels et additionnels au titre du programme du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés pour 1984 ont été évalués à quelque 125 millions de dollars. Ces projets seront soumis à notre Comité exécutif en octobre au titre des programmes généraux en Afrique pour 1984. Dans le même temps nous avons demandé à nos bureaux sur le terrain de poursuivre leurs efforts pour déterminer tous les besoins supplémentaires qui pourraient ne pas être couverts par les programmes généraux pour 1984, mais qui devraient néanmoins être présentés à la CIARA. Permettez-moi d'ajouter qu'une grande partie des activités déployées dans le cadre de nos programmes généraux représentant en fait 65 des 125 millions de dollars - ont été considérées comme directement liées à la réalisation de solutions durables.
Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés fait donc tout son possible pour assumer ses responsabilités directes concernant la CIARA II. Cependant, nos responsabilités et notre engagement vont plus loin. En effet, le succès de la CIARA est de la plus haute importance non seulement pour les réfugiés et les rapatriés mais aussi pour les pays où ils sont installés et qui ont besoin d'une assistance infrastructurelle pour faire face à ce fardeau supplémentaire. Nous avons donc demandé à tous nos représentants sur le terrain en Afrique de travailler étroitement et en coopération avec les gouvernements et le PNUD de façon à prêter leur concours pour l'élaboration de projets de développement relevant de la compétence du HCR Ce travail s'effectue dans le cadre de directives appropriées pour la mise au point de programmes de développement proposés par le Secrétaire général aux gouvernements concernés.
Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés est résolu à jouer un rôle déterminant dans le déroulement de la CIARA II en coopération étroite avec toutes les parties intéressées. Je suis sûr qu'une telle entreprise nous permettra de faire un grand pas vers notre objectif commun la recherche de solutions dignes et durables au problème des réfugiés en Afrique.
Ce grand effort déployé dans le domaine de l'assistance, sur lequel nous fondons tant d'espoir ne doit pas naturellement dissimuler la protection internationale des réfugiés. Comme vous le savez, la protection internationale est une fonction fondamentale de mon Bureau. Dans de nombreuses régions du monde, les problèmes liés à la protection donnent lieu à la préoccupation la plus sérieuse.
Non seulement les pays africains ouvrent leurs portes aux réfugiés et aux personnes en quête d'asile, mais il s'emploient sans relâche à fixer des normes minima pour leur traitement. Cette attitude a toujours été une source précieuse de soutien et d'encouragement pour le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Nombre d'Etats africains sont Parties à la Convention de 1951 et au Protocole de 1967 relatifs au statut de réfugié ainsi qu'à la Convention de l'OUA de 1969 concernant les aspects spécifiques des problèmes de réfugiés en Afrique. Plusieurs pays préparent actuellement une législation nationale en matière de réfugiés conformément aux principes définis dans ces instruments.
Bien que ces résultats positifs soient une source d'encouragement, nous ne devons pas oublier que des événements très graves menacent la sécurité des réfugiés sur plusieurs continents. J'ai surtout à l'esprit le problème des attaques militaires contre des camps de réfugiés et des zones d'installation en Afrique australe et ailleurs. J'ai chargé l'Ambassadeur Félix Schnyder, ancien Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, d'étudier les différents aspects du problème. Son rapport, contenant un certain nombre de recommandations, est maintenant examiné par certains des membres de mon Comité exécutif. Le rapport sera soumis au Comité exécutif lui-même lors de sa trente-quatrième session en octobre prochain. Nous espérons vivement aller de l'avant en matière de protection des réfugiés pour surmonter ce tragique problème humanitaire.
Permettez-moi maintenant d'examiner certaines des situations de réfugiés, tout d'abord dans la Corne de l'Afrique. Conformément à la Mission qui m'avait été confiée en vertu des résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies, j'ai présenté un rapport sur les trois pays concernés au Conseil économique et social lundi dernier.
Permettez-moi de résumer la situation telle qu'elle se présente ici. En Somalie, les réfugiés sont concentrés dans 35 camps établis dans les quatre régions de Hiran, Gedo, Lower Shedlli et du Nord-Ouest. Une mission d'évaluation dont le rapport sera présenté lors de la prochaine session de l'Assemblée générale des Nations Unies a été envoyée en Somalie en mars dernier et a visité 27 des 35 camps. Ce fut un exercice presque complet mené à bien en coopération avec les autorités somali et destiné à dresser un bilan, à renforcer et améliorer le programme à tous les niveaux. Le Gouvernement somali, dans une approche des plus heureuse, cherche des solutions durables dans la mesure où elles sont praticables. Cela a permis à la mission d'évaluation d'examiner comment un certain degré d'autosuffisance peut être encouragé dans le cadre d'un programme où l'assistance d'urgence a prévalu jusqu'alors. Cette nouvelle orientation représente, pour un grand nombre de réfugiés, une alternative à la survie quotidienne, tributaire de la ration alimentaire fournie par la communauté internationale.
C'est donc dans le cadre d'une perspective orientée vers la recherche de solutions qu'il faut s'attacher en priorité à l'agriculture et aux activités génératrices de revenus. Différents projets adaptés aux possibilités de chaque région ont été entrepris: amélioration des aptitudes agricoles des réfugiés, agrandissement des fermes existantes, organisation des cultures irriguées et pluviales, instauration de l'exploitation avicole, création de jardins potagers, plantations de bois de chauffage, reboisement et de différentes activités artisanales et commerciales. Toutes ces mesures sont encore limitées sur les plans du domaine d'application et du nombre des bénéficiaires, mais il est prévu de les accroître et de les renforcer conformèrent aux priorités nationales et aux recommandations présentées par la mission d'évaluation.
pour ce qui concerne les aspects des secours d'urgence, l'assistance alimentaire s'est poursuivie et les systèmes de stockage et de distribution se sont améliorés dans tous les camps; l'accroissement de l'approvisionnement en eau potable doit faire l'objet d'une attention particulière; le secteur sanitaire est intégré dans une infrastructure orientée vers la prestation de soins de santé primaires sous la responsabilité des réfugiés et du personnel national; parmi les mesures prises on peut citer entre autres: la formation des instituteurs et des professeurs du second degré. Toutes ces mesures sont étudiées et mises en oeuvre en coopération étroite avec le Bureau du Commissaire extraordinaire de la Commission nationale des réfugiés en Somalie.
Tout en prêtant une grande attention à chaque aspect du programme, nous
gardons bien présent à l'esprit, l'existence d'une solution de rechange pour les réfugiés: le rapatriement librement consenti vers l'Ethiopie. Suite à un projet pilote en 1980 pour l'assistance aux rapatriés en Ethiopie, le Haut Commissariat a lancé l'année dernière un programme à grande échelle pour les rapatriés évalué à 20 millions de dollars des Etats-Unis. Le programme mis en oeuvre avec l'aide de la Commission de secours et de réadaptation du Gouvernement éthiopien est considéré comme faisant partie intégrante d'une approche régionale destinée à résoudre les problèmes des réfugiés dans la Corne de l'Afrique. Il a pour but de fournir des secours de base et une assistance à la réinsertion aux rapatriés déjà revenus spontanément en Ethiopie; en outre, il doit créer l'infrastructure nécessaire et encourager le retour volontaire des réfugiés qui vivent à l'étranger. Nous avons donc dû renforcer notre présence en Ethiopie pour fournir une assistance technique et assurer le suivi sur place de la mise en oeuvre du programme: nous avons établi une sous-délégation à Asmara dans la région de l'Erythrée et une autre à Dire-Dawa dans la région de Hararghe. Nous avons aussi renforcé notre bureau de liaison régional à Addis-Abeba. La responsabilité globale du programme incombe au Gouvernement éthiopien. Depuis 1982, la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge joue le rôle de partenaire opérationnel.
En règle générale, l'assistance est fournie par l'intermédiaire d'un réseau de centres d'enregistrement et de réinstallation où les réfugiés reçoivent des soins de santé primaires et des articles de première nécessité. Après une période initiale, les réfugiés peuvent choisir de suivre un stage de réadaptation, pour lequel ils reçoivent alors des trousses d'autosuffisance spécialisées dans l'élevage ou l'agriculture. De nombreux articles ont été fournis dans le cadre des programmes du HCR: produits alimentaires, couvertures, nécessaires sanitaires, réfrigérateurs pour les dispensaires, générateurs, bulldozers, citernes à eau ou à mazout, et engrais.
La date d'achèvement du programme, prévue initialement au 30 juin 1983 a été repoussée au 31 décembre de cette année.
A Djibouti, nous avons continué à assister quelque 35 000 réfugiés dont la plupart - 32 500 - d'origine rurale, sont installés dans les camps des districts d'Ali-Sabieh et de Dikhil. Les mesures d'assistance soumises à une mise à jour constante ont consisté jusqu'alors en la distribution de produits alimentaires, la construction d'équipements communautaires, l'amélioration des conditions sanitaires, de l'approvisionnement et du stockage de l'eau potable. Dans toute la mesure du possible, nous nous sommes employés à développer des petits projets artisanaux de nature à favoriser l'autosuffisance dont bénéficient aujourd'hui quelque 500 familles. La réadaptation en milieu rural en temps que telle ne s'est pas révélée praticable, sauf dans le cadre de petits jardins sur certaines terres arables convenablement irriguées - les réfugiés et les autochtones participent également à ce projet.
Pour la majorité des réfugiés, le rapatriement librement consenti constituerait la seule solution durable. Une Commission tripartite a été mise sur pied par les gouvernements de Djibouti et d'Ethiopie et par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés afin d'étudier cette option. La Commission s'est réunie à Djibouti le 31 janvier et le 1er février de cette année et à Addis-Abeba les 15 et 16 avril. Les trois parties concernées ont, au cours de ces réunions, réitéré le caractère purement volontaire du rapatriement. La Commission a souligné ce point et adopté des conclusions spécifiques en vue de promouvoir le rapatriement organisé et de fournir une assistance de secours et de réadaptation adéquate aux rapatriés. Le programme pour lequel le Haut Commissariat a lancé un appel devrait être mis en oeuvre du 15 août 1983 au 15 août 1984 et couvrir les secours d'urgence, la réintégration dans les villes et les villages, ainsi que la réadaptation des bergers.
Selon les dernières statistiques gouvernementales, il y aurait quelque 650 000 réfugiés au Soudan. Ce chiffre est ventilé comme suit: 90 000 et 160 000 respectivement dans des zones d'installation rurale organisées au Soudan oriental et au Soudan occidental, 10 000 dans les villes et le reste en dehors des zones d'installation organisées. Le principal objectif du programme lancé au Soudan est de faire parvenir les réfugiés à l'autosuffisance surtout en milieu rural, grâce, le cas échéant, à d'autres activités complémentaires. A cette fin, nous avons demandé à l'organisation internationale du Travail d'entreprendre un certain nombre d'études. Nous avons donc conclu en mai dernier avec VOIT un Mémorandum d'accord destiné à promouvoir des activités génératrices de revenus au Soudan oriental. Les mesures envisagées s'appliqueront initialement à 10 000 chefs de famille. C'est là un exemple intéressant et heureux de coopération entre diverses institutions et le système des Nations Unies au bénéfice des réfugiés qui peuvent alors y trouver une solution à leurs problèmes et devenir ainsi un apport précieux au pays qui les a accueillis.
En octobre 1982, des dizaines de milliers de réfugiés et de personnes déplacées ont traversé l'Ouganda et franchi la frontière du Rwanda. A l'invitation du Gouvernement, j'ai visité le Rwanda au début de cette année. Plus de 40 000 réfugiés y étaient arrivés depuis octobre, et en compagnie des autorités, je me suis rendu dans un camp de réfugiés très bien organisé où quelque 23 CM réfugiés recevaient une assistance d'urgence sous la responsabilité du Ministère des Affaires sociales; la Croix-Rouge rwandaise a joué le rôle de principal partenaire opérationnel. J'ai été reçu par le Président de la République et j'ai rencontré les autorités gouvernementales concernées par le problème des réfugiés. Quelques jours après nos discussions, une Commission interministérielle des deux pays s'est réunie à Kabale (Ouganda) du 6 au 8 mars 1983 sous la présidence du HCR, en vue de trouver des solutions à long terme concernant le sort de ces déracinés. Les arrangements et les critères à respecter pour déterminer le statut des personnes intéressées ont fait l'objet d'un accord - les personnes dont on aura vérifié la nationalité ougandaise ou rwandaise et qui souhaiteront être rapatriées devront avoir l'autorisation de retourner dans leurs pays respectifs alors que, de son côté, le HCR, contribuera à la recherche de solutions pour ceux qui ne veulent pas être rapatriés. L'enregistrement est en bonne voie dans les deux pays. Une enquête a été effectuée sur un nouvel emplacement en Ouganda afin d'installer les réfugiés qui - en raison des événements - s'étaient rendus dans des zones d'installation existantes, causant ainsi leur surpopulation.
Le zaïre figure aussi parmi les pays qui ont reçu des réfugiés en grand nombre venant de cinq pays différents. Aujourd'hui, nos activités ont pour principal objectif un programme d'installation rurale en faveur de quelque 55 000 réfugiés du Haut-Zaïre. Il s'agit de doter d'une infrastructure de base six emplacements différents situés sur des parcelles de terrain mises à disposition par le Gouvernement. Des outils et des semences ont été distribués et la première campagne de récoltes a permis de réduire progressivement la distribution de produits alimentaires venant de l'extérieur pour les 2/3 environ des réfugiés. La substitution au premier rang des priorités de l'assistance d'urgence par la recherche de solutions durables s'effectue sans grands remous; en outre, les problèmes logistiques qui revêtaient auparavant un caractère très aigü ont, dans l'ensemble, été surmontés.
L'assistance aux réfugiés se poursuit en Angola. Ici encore, le but est de réduire la dépendance à l'égard des secours et de donner la priorité à l'amélioration des conditions de vie à long terme. Le programme destiné aux réfugiés namibiens est formulé et exécuté en coopération avec la SWAPO. Les objectifs principaux sont l'établissement et le renforcement de projets dans les secteurs de l'éducation, de l'agriculture et de la formation professionnelle en vue de favoriser l'autosuffisance des réfugiés. Le programme mis en oeuvre pour les réfugiés sud-africains prévoit la fourniture d'équipements agricoles, de véhicules, de matériels de construction et autres afin de préparer les habitants d'une zone d'installation rurale de 6 000 hectares dans la province de Malanje à la construction de logements, l'agriculture et l'exploitation avicole.
Qui de nous ne se souvient pas de la douleur et de l'émotion profondes que nous avons ressenties à la nouvelle de l'attaque lancée par l'Afrique du Sud sur Maseru au cours de la nuit du 8 au 9 décembre 1982. Cette attaque a été condamnée à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies; ce dernier a demandé au Secrétaire général d'entamer immédiatement des discussions avec le Gouvernement du Lesotho et a sollicité le concours des institutions spécialisées afin d'assurer le bien-être des réfugiés au Lesotho tout en satisfaisant aux exigences qu'impose le souci de leur sécurité. Le Conseil de sécurité a aussi demandé aux Etats membres de fournir d'urgence toute l'assistance économique nécessaire au Lesotho de façon à lui donner les moyens d'accueillir et de prendre en charge les réfugiés sud-africains. A la suite de ces événements, j'ai immédiatement envoyé une mission à Maseru chargée de rejoindre mon délégué 'sur place et de s'entretenir avec les autorités des problèmes à long et à court termes relevant de la compétence de mon Bureau. En janvier, le Secrétaire général des Nations Unies a envoyé une mission au plus haut niveau au Lesotho, conduite par le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques spéciales, et à laquelle mon Directeur de la protection internationale a pris également part. Outre les secours d'urgence envoyés juste après l'attaque, les programmes du HCR au Lesotho ont prévu essentiellement un train de mesures destinées à favoriser l'accès à l'éducation et à l'emploi de cas individuels. Ces objectifs s'intègrent parfaitement dans la politique d'accueil du Gouvernement du Lesotho dont le but ultime est l'insertion des réfugiés dans la communauté locale.
Au Swaziland, où la plupart des réfugiés sont des Sud-Africains vivant dans la zone d'installation rurale de Ndzevane, le programme d'assistance du HCR vise à développer l'installation rurale; les réfugiés ont eux-mêmes participé aux travaux de construction et à l'expansion des activités communautaires. Le Gouvernement swazi a founi le terrain et le personnel technique.
A propos de l'Afrique australe, j'aimerais vous dire que l'assistance aux étudiants réfugiés est restée l'objet d'une grande préoccupation pour le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Au niveau de l'enseignement secondaire du premier cycle, nous avons assisté des étudiants sud-africains au Botswana, au Lesotho, au Swaziland et en Zambie ainsi que des étudiants namibiens essentiellement en Zambie et exceptionnellement au Botswana. Au niveau secondaire du deuxième cycle et de l'enseignement supérieur, les Sud-Africains et les Namibiens poursuivent des études à l'université ou dans d'autres établissements d'enseignement supérieur dans un grand nombre de pays d'Afrique, d'Europe et d'Amérique du Nord, parrainées par le programme d'enseignement et de formation des Nations Unies pour l'Afrique australe. Dans les pays où les équipements éducatifs ne suffisent pas à satisfaire les besoins des réfugiés, nous nous employons à renforcer les équipements aux niveaux primaire, secondaire et universitaire. J'espère que la communauté internationale continuera à appuyer les efforts généreux de ces pays.
Le tableau que j'ai tenté de vous brosser sur les principales situations de réfugiés en Afrique ne se veut en aucun cas exhaustif. J'ai sélectionné un certain nombre de situations qui illustrent particulièrement la diversité, l'ampleur et la complexité des problèmes de réfugiés auxquels un grand nombre de pays d'Afrique - y compris ceux que je n'ai pas mentionnés - doit faire face jour après jour jusqu'à ce que les réfugiés cessent de constituer un fardeau et deviennent des atouts pour leur pays hôtes. Dans notre approche, globale ou ponctuelle, nous ne perdons jamais de vue l'importance cruciale de la coopération avec l'organisation de l'unité africaine à laquelle j'aimerais ici rendre hommage pour les efforts incessants qu'elle déploie avec succès afin de faire face aux problèmes et aux besoins des réfugiés. En effet, la coopération avec l'OUA constitue, à notre sens, une pierre angulaire dans notre tentative de relever le grand défi auquel nous faisons face en Afrique.
J'aimerais aussi mentionner l'importance que nous attachons au suivi des recommandations formulées par la Conférence d'Arusha sur le problème des réfugiés africains de 1979. Parmi les nombreuses initiatives importantes qui ont été prises à l'issue de cette Conférence et auxquelles nous essayons de donner suite, j'aimerais simplement mentionner deux faits nouveaux: tout d'abord, un projet de recherche est mené à bien par trois consultants expérimentés afin d'évaluer le programme d'éducation du HCR, ainsi que son impact sur les réfugiés et les pays d'asile (le projet couvre 21 pays d'Afrique); deuxièmement, un séminaire sur les réfugiés en Afrique occidentale a eu lieu le mois dernier à Dakar. Le séminaire, auquel le Haut Commissariat a participé de façon très active, a traité d'un large éventail de questions concernant les réfugiés dans la région, et a permis aux fonctionnaires gouvernementaux de 15 pays ainsi qu'au HCR, de procéder à un échange de vues et de partager des exemples.
Le dernier point auquel je voudrais faire allusion dans cette déclaration liminaire, l'information publique, est un domaine auquel nous ne cessons de prêter une grande attention.
L'année dernière, notre équipe d'information publique a essayé de retenir l'intérêt sur la continuation des problèmes de réfugiés en Afrique et sur les charges assumées par les pays d'asile. La première Conférence de la CIARA a contribué à sensibiliser l'opinion publique sur les souffrances des réfugiés d'Afrique et nous continuons à cultiver cette conscience du problème grâce à nos films, nos publications, et nos larges contacts avec les médias du monde entier. Maintenant, dans la perspective de la CIARA II, nous intensifions nos efforts.
Comme à l'accoutumée, nous mettons l'accent sur la radio, la télévision et la presse écrite. Aujourd'hui précisément, le chef de la Section de l'information publique revient d'un voyage qu'il a effectué en Somalie et en République-Unie de Tanzanie avec un groupe de journalistes. En septembre, nous organisons deux nouveaux séminaires de journalistes dans cinq pays.
Toujours dans le contexte de la CIARA II, nous produisons en collaboration avec la BBC un documentaire sur la situation des réfugiés au Soudan. Notre propre équipe cinématographique vient juste de revenir de Somalie et de Djibouti. A la fin de l'année, notre nouveau magazine se concentrera de façon approfondie et exclusive à la situation des réfugiés en Afrique.
Pour conclure, permettez-moi de vous dire que ce m'est toujours un privilège de vous rencontrer et d'échanger avec vous des points de vue sur le problème des réfugiés en Afrique. Nous constatons aujourd'hui une diminution des menaces d'exode. Il nous faut mettre à profit une telle situation pour nous concentrer sur le défi moins spectaculaire mais plus ardu que représente la recherche de solutions durables. Nous devons ensemble lancer un appel à la communauté internationale pour qu'elle nous inspire dans cette voie; nous pourrons ainsi nous attaquer tous ensemble à cette phase de nos tentatives. Confrontés à la difficulté effrayante de devoir trouver des solutions, et conscients que de nouvelles situations d'urgence peuvent se faire jour d'un moment à l'autre, nous savons que l'autosatisfaction n'a point ici sa place. Ces dernières années devront être celles des solutions; donnons tous ensemble aux réfugiés l'avenir auquel ils aspirent.
Excellences, Mesdames et Messieurs, je vous remercie.