High Commissioner's Statements
 
HC's acceptance speech for Social Prize in Rome or 19 November 1986

HC's acceptance speech for Social Prize in Rome or 19 November 1986

Monsieur le Président de la République,
Excellences,
Monsieur le Président de la Fondation Balzan,
Distingués Membres,
Mesdames et Messieurs,

C’est avec une grande émotion que je m’adresse à vous en cette ville éternelle. Qu’il me soit permis tout d’abord, avant de vous remercier de l’honneur qui fait aujourd’hui au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés dont j’ai la charge, de rendre hommage à ceux qui, par trois fois, m’ont précédé ici pour y recevoir le prix Balzan pour l’humanité, la paix et la fraternité entre les peuples.

C’est en effet un grand privilège - et j’en suis très fier - de voir le mon du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés figurer désormais aux côtés de ceux de la Fondation Nobel, de Sa Sainteté le Pape Jean XXIII et de Soeur Maria Teresa. Sans conteste, l’oeuvre accomplie par chacun d’eux a contribué à écrire quelques unes des plus belles pages de l’histoire de l’humanité que nous vivons ensemble, parfois si douloureusement.

Par son action, la Fondation Nobel a permis que les efforts et les sacrifices consentis en faveur de la cause de la paix par des hommes et des femmes souvent méconnus dans leur propre patrie transcendent les frontières et deviennent une source d’inspiration à travers le monde; la désignation de lauréats plus connus étant à son tour source de renouveau et d’espoir.

Au cours de son règne si bref, Sa Sainteté Jean XXIII offrit au monde l’image d’un homme qui, dans sa simplicité et sa bienveillante générosité, savait incarner aussi bien aux yeux des catholiques qu’a ceux de millions d’autres chrétiens et même de fidèles d’autres croyances, l’humanisme, dans toutes les acceptions du terme, et l’amour de l’homme, dans toute sa pureté.

Soeur Maria Teresa est aujourd’hui l’exemple rayonnant de la charité et du dévouement à la cause des plus déshérités. Elle a su faire face au désarroi des laissés pour compte et a leur rendre espoir alors même qu’aucune perspective, autre que celles de la souffrance et de la mort, ne leur était offerte.

En désignant le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés comme quatrième lauréat du Prix Balzan pour l’humanité, la paix et la fraternité entre les peuples, vous avez, Monsieur, le Président et distingués Membres de la Fondation, non seulement honoré chacun d’entre nous, mais surtout rendu hommage à tous ceux et à toutes celles qui, d’un continent à l’autre, viennent involontairement grossir le nombre des démunis de ce monde. En effet, privés de tout, ils perdent même le droit à une patrie, à une terre et à une culture, voire à une existence légale conférée par des documents d’identité et de voyage.

Leur salut, ils le cherchent dans la fuite devant l’intolérance, la persécution et la violence, aveugle ou sélective selon les cas, dans l’exil, auquel il a fallu finalement et douloureusement se résoudre. Tout au long de ce déracinement forcé, une seule issue leur paraît véritablement souhaitable, parce que logique et naturelle; le retour dans leur foyer, les retrouvailles avec leur famille, leur terre, leur société et leurs valeurs traditionnelles. Leur passé reste inextricablement ancré au plus profond de chacun d’entre eux. Dans l’attente d’un rapatriement, toutes les mesures, même précaires, doivent être prises dans le but de faciliter leur intégration à la communauté qui les accueille et de garder vivants leur espoir, leur volonté et leur dignité.

Cette attente peut être longue, elle dure parfois toute une vie; elle n'épargne aucun réfugié, quelle que soit son origine, quelle que soit la cause de son exil. Les réfugiés de tous les continents, sans distinction de race, de religion, de milieu social, de credo politique, ont tout abandonné derrière eux, comme si la persécution et l’exil devenaient sources d’une tragique et malheureuse égalité.

Cependant, les onze millions de réfugiés dont le HCR a la charge son aussi onze millions d’êtres humains avec leurs histoires personnelles et collectives, leurs désirs, leurs joies, leurs peines. Rien ne les distingue de chacun d’entre nous. Ce qui les rend malgré tout différents et les rapproche les uns des autres est précisément le fait qu’ils sont les exemples criants de la violation des principes d’humanité, de paix et de fraternité.

C’est ainsi que, suivant les traces de ceux qui nous ont précédé depuis 1921, lorsqu’au sein de la Société des Nations, Fridjof Nansen devint le premier Haut Commissaire pour les réfugiés, chacun de mes collaborateurs et moi-même nous sommes donné pour tâche de tout entreprendre pour faire en sorte qu’un nombre chaque jour plus grand de réfugiés retrouvent ce qu’ils ne devraient jamais perdre, mais qui leur est trop souvent refusé; leur dignité et la jouissance des droits civils fondamentaux dans un mande plus humain, dans un monde de paix et de tolérance.

Au nom de chacun d’entre eux, au nom de mes collègues et en mon nom propre, permettez-moi, Monsieur le Président de la République, Excellences, Monsieur le Président et distingués Membres de la Fondation Balzan, de vous faire part de toute notre reconnaissance de nous avoir permis, par l’attribution de cet illustre prix, de raffermir notre confiance et d’avoir ainsi rehaussé le message de responsabilité internationale face au problème des réfugiés dont le Haut Commissariat est porteur.

Ce n’est, en effet, que par le rétablissement de d’esprit d’humanité et d’une paix véritable, dont les réfugiés sont par définition, privés, que l’on peut espérer réduire les proportions et l’acuité de ce fléau de l’histoire contemporaine.

L’humiliation qu’ils subissent rejaillit sur la communauté humaine toute entière. Nous devons tout faire pour que non seulement les réfugiés d’aujourd’hui retournent un jour chez eux, mais aussi pour que les causes d’exodes disparaissent à jamais. Aujourd’hui vous nous y avez aidés...

Je vous en remercie.