«L’Europe doit mieux protéger les réfugiés»
Publisher: La Tribune de Genève
Story date: 28/11/2011
Language: Français

On l'a beaucoup entendu ces derniers mois. Corne de l'Afrique, Côte d'Ivoire, «printemps arabe»: le haut-commissaire aux réfugiés s'est retrouvé à chaque fois en première ligne. La multiplication des conflits a entraîné d'importants déplacements de populations avec des conséquences parfois dramatiques. Vendredi, Antonio Guterres a donné une conférence à l'Université de Genève à l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de Fridtjof Nansen, premier haut-commissaire aux réfugiés. Une occasion qu'il a saisie pour rappeler l'Europe à ses devoirs.

N'est-ce pas difficile de plaider l'aide aux réfugiés dans un contexte de crise économique?

L'Europe a une tradition de continent d'asile. Elle doit avoir conscience qu'elle doit assumer ses responsabilités dans le domaine de la protection des réfugiés. Evidemment, une crise économique, surtout lorsqu'elle a des conséquences sur le chômage et le budget des Etats, favorise l'émergence de formes de populisme politique. L'étranger devient le bouc émissaire. Heureusement, il y a une société civile qui porte un très grand attachement aux droits de l'homme. Après les événements tragiques survenus en Norvège, il y a eu une réaction positive des opinions publiques. Je crois que les tendances xénophobes sont en recul.

Les médias sociaux jouent-ils un rôle?

A travers l'utilisation qui est faite de Twitter et de Facebook, on sent un regain d'intérêt et d'engagement. Le fait qu'il y ait aujourd'hui une rapidité dans la façon dont les gens prennent conscience de ce qui se passe dans le monde favorise l'émergence de la solidarité. Les gens expriment quelquefois des visions trop centrées sur leur intérêt immédiat, sans comprendre que ce qui se passe dans le monde arabe ou dans la Corne de l'Afrique a une implication directe sur notre bien-être et sur le développement de nos pays. Ce regain d'intérêt et de solidarité compense ces tendances politiques négatives.

Est-ce que vous voulez dire qu'aujourd'hui il est plus facile d'actionner la solidarité des citoyens que celle des Etats?

Il y a eu une augmentation de 30% des donations venues du public. Nous avons eu aussi un appui important des gouvernements qui ont compris que l'action humanitaire est non seulement un impératif moral mais est aussi un élément très important pour préserver la paix et la sécurité dans le monde.

Quelle est la situation qui vous a le plus marqué lors de vos déplacements sur le terrain?

C'est ce qui se passe dans la Corne de l'Afrique. En Ethiopie, j'ai parlé avec une femme qui avait marché quinze jours pour gagner un camp. En chemin, trois de ses enfants sont morts. C'est une crise qu'on aurait pu prévoir. Tout le monde savait que la situation sécuritaire se dégradait. Tout le monde savait que la sécheresse allait arriver. La communauté internationale n'a pas su anticiper. Je rappelle que nous avons vécu cette année une multiplication de crises sans précédent avec la Côte d'Ivoire, la Libye, la Syrie, le Yémen, le Soudan et la Somalie où il y a 950 000 réfugiés dans les pays environnants et 1,5 million de déplacés internes.

L'ampleur de ces crises ne nécessiterait-elle pas de revoir l'organisation de l'action humanitaire, pour mieux la coordonner?

Dans le domaine humanitaire, il y a une bonne coordination entre les Nations Unies, le Croissant-Rouge, la Croix-Rouge et les ONG. Il y a une articulation de nos actions communes même si ici ou là des problèmes subsistent. Je crois que le système de réponse humanitaire est bien plus efficace que le système de coopération pour le développement.

Après leur soulèvement, est-ce que l'évolution de la situation dans les pays arabes vous inquiète?

Le plus dangereux serait de voir la situation évoluer dans le sens d'une confrontation avec une dimension militaire. J'espère qu'une solution politique sera trouvée en Syrie. Il faut aussi que l'Egypte trouve en elle la capacité de répondre à ses problèmes. J'ai vécu la révolution portugaise. Je sais que ces transitions sont toujours très complexes, surtout quand il y a des intérêts contradictoires. Le risque est de voir une révolution démocratique kidnappée par des groupes autoritaires qui prennent le pouvoir pour installer une nouvelle tyrannie. Espérons que cela n'arrive pas.

Avez-vous déployé des moyens logistiques dans les régions à risques?

Notre système de réponse d'urgence s'est beaucoup développé. Nous sommes préparés à faire face en 72 heures à un déplacement de 600 000 personnes. Evidemment, nous avons prépositionné un certain nombre de dispositifs autour des pays qui nous concernent le plus. Ce qui n'est pas nécessairement suffisant, comme l'expérience récente nous l'a montré. Les crises émergent quelquefois là où on ne les attend pas.

Est-ce qu'il y a d'autres régions du monde auxquelles on ne pense pas spontanément et qui suscitent votre inquiétude?

Nos plans d'urgence en ce moment sont très fortement concentrés sur le Sud-Soudan et les pays environnants et le Congo dans la perspective des élections qui vont se dérouler dans un contexte assez tendu.

Face au défi que représente l'afflux de réfugiés partout dans le monde, le haut-commissaire aux réfugiés rappelle l'Europe à ses devoirs
 

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