Alassane Ouattara tente de convaincre les réfugiés ivoiriens de rentrer chez eux
Publisher: RFI, Radio France Internationale
Story date: 15/11/2011
Language: Français

Nov 15, 2011 (Radio France Internationale/AllAfrica Global Media via COMTEX) – Début octobre déjà, au Ghana, il avait appelé ses compatriotes réfugiés dans les Etats de la région à regagner la Côte d'Ivoire, pour « favoriser le règlement des malentendus ».

Ce mardi 15 novembre, Alassane Ouattara était au Togo pour signer avec Lomé et le HCR un accord tripartite. Et hier lundi, de passage à Cotonou, il a aussi appelé la communauté ivoirienne exilée à rentrer au pays. La question des réfugiés est une des grandes préoccupations du président ivoirien. Il faut dire qu'ils sont très nombreux à avoir franchi les frontières au moment de la crise postélectorale.

Selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), il y a aujourd'hui 187 000 Ivoiriens qui sont à l'extérieur de leur pays sur plus de 500 000 qui avaient fui la situation créée par la crise postélectorale. Ils sont répartis dans une douzaine de pays de l'Afrique de l'Ouest, à commencer par les voisins immédiats de la Côte d'Ivoire. La majorité de ces Ivoiriens se trouvent dans 2 pays : le Liberia à l'ouest avec encore près de 160 000 réfugiés et le Ghana à l'est avec environ 18 000 réfugiés. Le troisième pays de la région qui recense un grand nombre d'exilés ivoiriens, c'est le Togo, où ils seraient environ 5 000.

Les difficultés d'un éventuel retour

Le principal obstacle au retour des Ivoiriens dans leur pays, c'est qu'ils estiment qu'ils ne seraient pas en sécurité en rentrant chez eux. C'est en tout cas ce que la plupart d'entre eux disent aux personnels humanitaires, onusiens comme le HCR ou représentants des organisations non gouvernementales. Et puis, la plupart ont besoin d'une structure qui les accueille et qui les accompagne pour se réinstaller chez eux. Par exemple, pour reconstruire des maisons détruites ou réhabiliter celles qui ont été endommagées pendant la crise. Et de fait la crise a occasionné la destruction de beaucoup d'habitations.

D'autres réfugiés appréhendent des difficultés pour retrouver une activité qui leur assure un revenu. Il y en a aussi qui, pour avoir ou pour être soupçonnés d'avoir participé à des violences avant leur fuite, ont peur d'éventuelles représailles en rentrant chez eux.

Il faut dire aussi que le fait que les Forces républicaines de Côte d'Ivoire, qui ont soutenu Alassane Ouattara pendant la crise postélectorale, restent encore visibles dans les rues et sur les routes d'une grande partie du pays ne rassure pas certains réfugiés.

Des différents statuts des réfugiés

Quand on parle des réfugiés ivoiriens, il faut bien sûr distinguer ceux qui sont réfugiés pour des raisons économiques ou sécuritaires et ceux qui ne rentrent pas pour des raisons politiques.

D'un côté, il y a ceux que l'on peut appeler les citoyens ordinaires et c'est de loin les plus nombreux. Ce sont pratiquement tous les Ivoiriens partis de l'ouest, notamment de la région de Douékoué et qui sont au Liberia. Depuis la mi-octobre, ils rentrent au compte-gouttes, de manière spontanée ou à la faveur d'un accord tripartite entre le Liberia, la Côte d'Ivoire et le HCR. On retrouve aussi ces Ivoiriens ordinaires au Ghana. Et ils sont majoritaires.

De l'autre côté, il y a les exilés qui ont fui bien sûr pour leur sécurité, mais particulièrement parce que ce sont des hommes ou des femmes politiques, des militaires ou des cadres de l'administration qui étaient proches du régime de Laurent Gbagbo. On les retrouve principalement au Ghana.

Ouattara veut le retour de tous les exilés

Sur la question du retour des réfugiés, le président Ouattara est constant dans ces déclarations. Depuis la fin de crise il y a 7 mois, le chef de l'Etat ivoirien demande à ces compatriotes de rentrer chaque fois qu'il en a l'occasion : à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU en septembre, lors de sa visite au Ghana début octobre ou encore maintenant, 14 et 15 novembre, avec son voyage au Bénin et au Togo. Après une crise postélectorale aussi violente qui a fait officiellement 3 000 morts et des centaines de milliers d'exilés et de déplacés, Alassane Ouattara veut montrer qu'il est le président de tous les Ivoiriens. Il déclare vouloir tout faire pour assurer la sécurité aux rapatriés comme aux autres citoyens, mais il n'a jamais promis l'amnistie à ceux qui seraient poursuivis par la justice.

Enfin, le retour des réfugiés avant les législatives du 11 décembre, pour qu'ils puissent voter, participerait à l'idée que le futur Parlement serait beaucoup plus représentatif. Mais on n'en n'est pas là.

Le cas des déplacés

A l'intérieur même de la Côte d'Ivoire il y a toujours des déplacés, notamment dans l'ouest et là, le gouvernement les incite fortement à revenir chez eux. Les déplacés sont encore estimés à des centaines de milliers de personnes à travers le pays. Mais la situation de l'ouest est assez singulière : les forces qui ont soutenu Alassane Ouattara pendant la crise sont soupçonnées d'avoir commis les pires atrocités dans cette zone plus qu'ailleurs.

Sept mois après la crise, il y a encore des déplacés qui comptent sur l'aide humanitaire. Ils n'ont pas cultivé leurs terres et certains n'ont plus de maisons. Ceux qui rentrent chez eux ont parfois peur d'aller aux champs. Ils craignent de se faire racketter, notamment par les Dozos, ces chasseurs traditionnels qui ont soutenu Alassane Ouattara.

Les autorités ivoiriennes ne veulent pas que cette situation s'installe dans la durée. Elles tiennent à ce que lors des législatives le 11 décembre 2011, il n'y ait plus de camps de déplacés dans l'ouest.
 

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