La crise alimentaire persiste en Ethiopie
Publisher: Le Monde, France
Author: Gilles van Kote
Story date: 16/11/2011
Language: Français

La situation s'est améliorée depuis l'été, mais le pays reste confronté à un afflux de réfugiés somaliens

A Gondar, dans le nord de l'Ethiopie, les églises font le plein. " Les gens prient pour que les pluies s'arrêtent ", raconte une employée du Programme alimentaire mondial (PAM). Après la sécheresse qui a frappé la Corne de l'Afrique et projeté 13 millions de personnes – essentiellement en Somalie, au Kenya et en Ethiopie – dans une situation critique, les précipitations ont fait leur retour. Mais la crise alimentaire provoquée par la perte de la récolte d'été n'est pas pour autant terminée : il est encore trop tôt pour savoir si les moissons en cours permettront de rétablir la situation.

Dans le sud de l'Ethiopie, région la plus touchée par la sécheresse, les pluies de ces dernières semaines ont réalimenté les points d'eau et soulagé les éleveurs, dont les animaux trouvent de nouveau de quoi se nourrir. Mais, en certains endroits, il a plu si violemment que les récoltes, qui s'annonçaient plutôt bonnes, sont compromises. L'entreprise indienne Karuturi, qui loue 100 000 hectares de terres à l'Etat éthiopien dans l'ouest du pays, a vu ainsi sa première récolte de maïs détruite par des inondations.

" Vingt-deux équipes parcourent le pays pour faire le point sur la situation, dans le cadre d'une enquête que nous effectuons deux fois par an, à chaque récolte, explique Tadesse Bekele, directeur adjoint chargé de la prévention des catastrophes et de la sécurité alimentaire au ministère éthiopien de l'agriculture. Mais ce que nous savons déjà, c'est que les événements climatiques deviennent de plus en plus imprévisibles. "

Environ 4,5 millions d'Ethiopiens, sur une population de 88 millions, ont reçu une aide alimentaire depuis juillet, dont 3,5 millions par l'intermédiaire du PAM. " Le pays a une longue histoire de sécheresses, et le gouvernement a su répondre rapidement à la situation, estime Lynne Miller, directrice adjointe de l'agence onusienne en Ethiopie. Le principal défi était d'acheminer rapidement l'aide alimentaire, d'autant qu'il n'y en avait pas de disponible dans la région et qu'il a donc fallu la faire venir d'autres continents. "

" Pour longtemps "

La situation semble se stabiliser en Somalie, même si de nouvelles régions y ont été déclarées récemment en état de famine. Le nombre de Somaliens traversant chaque jour la frontière éthiopienne est descendu à environ 300 personnes par jour, contre 3 000 au plus fort de la crise, en juillet. " Nous ne parvenons pas à déterminer clairement s'ils quittent leur pays à cause de la situation politique ou de la crise alimentaire ", reconnaît Giorgia Testolin, chargée de la question des réfugiés au bureau du PAM, à Addis-Abeba.

Les quatre camps de réfugiés de Dolo Ado, qui accueillent 137 000 Somaliens du côté éthiopien de la frontière, sont saturés. L'ouverture d'un cinquième camp de tentes, actuellement en construction, est attendue incessamment.

" Il faut tenter de se projeter dans l'avenir, car on peut imaginer que ces personnes sont là pour longtemps, reprend Giorgia Testolin. Il faudrait être en mesure de leur proposer des activités génératrices de revenus. " Les plus anciens habitants de ces camps sont des réfugiés somaliens arrivés en 2009.

La situation alimentaire reste critique, même si les taux de malnutrition ont baissé depuis l'été. Selon une étude conjointe menée par le PAM et les organisations non gouvernementales présentes dans l'un des camps, la situation nutritionnelle des réfugiés a même recommencé à se dégrader à cause de pratiques alimentaires et sanitaires inadéquates. Par ailleurs, des tensions sont apparues avec les populations locales, celles-ci se plaignant que les réfugiés ramassent du bois de chauffage.

La question des réfugiés est en passe de devenir un sujet majeur en Ethiopie, qui en accueillait, fin octobre, 273 000, selon le Haut Commissariat aux réfugiés. Car aux Somaliens s'ajoutent près de 40 000 Soudanais qui ont traversé la frontière ces dernières semaines pour fuir les combats dans l'Etat du Nil Bleu, plus de 50 000 Erythréens au nord du pays, ainsi que quelques milliers de Kenyans chassés par des troubles ethniques.
 

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