Les réfugiés soudanais bloqués dans des camps, sans nourriture (REPORTAGE)
Publisher: AFP, Agence France Presse
Author: Par Hannah MCNEISH
Story date: 17/11/2011
Language: Français

YIDa (Soudan du Sud), 17 nov 2011 (AFP) – Dans le camp de Yida, certains
espèrent vendre un peu de café et d'épices pour pouvoir s'acheter à manger,
mais d'autres retraversent la frontière vers le Kordofan-Sud où les combats
font rage plutôt que d'avoir à subir la faim dans les camps du Soudan du Sud.

Bilal Issa Johar est l'un des 25.000 déplacés du Kordofan-Sud, bombardé par
l'armée soudanaise, réfugiés de l'autre côté de la frontière, au Soudan du Sud
nouvellement indépendant. Mais il y a une semaine, les bombardements qu'il
fuyait l'ont rattrapé.

Un avion Antonov venu du Soudan a lâché cinq bombes sur Yida et ses
alentours. Selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), deux
bombes ont atterri dans l'enceinte du camp, dont une à proximité d'une école
mais il n'y a pas eu de victime.

Les réfugiés de Yida se sentent abandonnés par la communauté internationale
et la faim les tenaille. Le président soudanais Omar el-Béchir a encore attisé
les craintes en affirmant que le camp de Yida hébergeait des rebelles.

"Tout le monde se plaint de la nourriture parce que nous n'avons pas assez
à manger ici", explique M. Johar, un ancien instituteur.

Ils sont plusieurs dans le camp à évoquer le cas de réfugiés retournés au
Kordofan-Sud en proie au combat, faute de nourriture dans le camp.

Les trois kilos de sorgho attribués à chacun pour une semaine "ne sont pas
suffisants pour maintenir en vie un homme", déplore de son côté Hussein
Al-Gumbulwa, qui dirige le camp, où chaque jour 300 nouveaux réfugiés arrivent.

"Nous sommes dans la même situation que les réfugiés en Ethiopie. Les
Nations unies font du très bon travail là-bas. Mais ici, elles nous oublient",
ajoute-t-il en référence aux 30.000 personnes ayant fui l'Etat du Nil Bleu
pour se rendre en Ethiopie, après que les affrontements entamés en juin au
Kordofan-Sud se sont étendus à cet Etat en septembre.

Le Parti national du Congrès (NCP) au pouvoir à Khartoum affirme combattre
des milices qui ont soutenu les ex-rebelles sudistes durant la longue guerre
civile qui a opposé Nord et Sud Soudan.

Après le bombardement de la semaine dernière, des centaines de personnes
ont fui le camp et 614 enfants se sont dispersés dans la brousse, selon les
responsables de l'éducation au sein du camp.

Selon M. Gumbulwa, des familles entières sont retournées au Kordofan-Sud,
faute de nourriture et d'école à Yida.

Mardi, les Nations unies ont mis en place une école mobile et apporté 12
tonnes de nourriture, l'équivalent d'une ration quotidienne, tandis que trois
vols du Programme alimentaire mondial sont arrivés mercredi, représentant la
première aide internationale depuis le bombardement. Seules deux ONG ont
encore du personnel sur le terrain.

Dans l'unique clinique de Yida, des dizaines de personnes entassées dans
trois pièces sans lumière attendent d'être soignées. Les réserves de
médicaments sont à peine entamées.

"Nous manquons d'antibiotiques et de traitements contre la malaria",
souligne Chaluma Hassan Ialo, une infirmière soudanaise qui travaille pour
Care International.

Les problèmes de malnutrition des enfants viennent compliquer la tâche de
cette clinique qui reçoit déjà 400 patients chaque jour, avec le risque de
possibles nouveaux bombardements.

Le HCR a évoqué la possibilité de déplacer les réfugiés plus au sud, à
Nyeel. Une région plus éloignée de la frontière disputée mais dans le même
temps plus proche des milices sudistes qui attaquent des zones civiles dans
l'Etat d'Unité, et posent des mines.
 

Refugees Daily
Refugees Global Press Review
Compiled by Media Relations and Public Information Service, UNHCR
For UNHCR Internal Distribution