La vie au travail. « Entreprise européenne recrute stagiaire nord-coréen »
Publisher: La Croix
Author: OJARDIAS Frédéric
Story date: 28/11/2011
Language: Français

20 000 Nord-Coréens, réfugiés au Sud, entendent jouer un rôle actif le jour de la réunification. Séoul (Corée du sud), de notre correspondant

Quand la Corée sera réunifiée, je retournerai au Nord. Là-bas, je veux créer mon entreprise, je veux être patron. C'est pour ça que j'étudie le business. » Lee Young-soo, 22 ans, né en Corée du Nord, s'exprime d'une voix forte et déterminée. Enfant, pour survivre, il vendait des tables au marché noir. À 16 ans, il s'enfuit au Sud avec sa famille. Aujourd'hui étudiant à l'université catholique Sogang à Séoul, il a fait partie des 12 étudiants qui ont été acceptés en stage l'été dernier au sein d'entreprises européennes installées en Corée du Sud.

Cette initiative originale est l'œuvre de la Chambre de commerce de l'union européenne en Corée (EUCCK). L'objectif de son programme de stages est de lutter contre les discriminations dont souffrent les Nord-Coréens réfugiés dans la très capitaliste société sud-coréenne. Reconnaissables à leur fort accent, considérés comme des citoyens de seconde zone par des Sud-Coréens qui se méfient d'eux, ces quelque 20 000 transfuges éprouvent d'immenses difficultés à s'intégrer dans un pays qu'ils considèrent pourtant comme le leur. Résultat, beaucoup d'entre eux affirment vouloir repartir faire leur vie ailleurs.

« C'est déjà très difficile pour un Sud-Coréen de décrocher un emploi ! Les Nord-Coréens partent avec un handicap », explique Judy Yoon, coordinatrice du programme au sein de la Chambre. Avant le début des stages, un séminaire a formé une quarantaine d'étudiants à la rédaction de CV et à la préparation d'un entretien d'embauche.

Judy Yoon n'avait auparavant jamais rencontré de transfuge. Elle a découvert des jeunes Nord-Coréens remplis d'une détermination insoupçonnée : « La Corée du Sud est riche et nous ne pensons plus vraiment à la réunification. Nous pensons surtout à nous-mêmes. Mais ces étudiants veulent utiliser leurs compétences pour développer la moitié Nord le jour où notre pays sera réunifié. Pour cela, ils étudient dur, ils travaillent dur. Leur détermination m'a beaucoup impressionnée. »

Neuf entreprises européennes basées à Séoul ont ainsi recruté leur premier stagiaire nord-coréen. Parmi elles, l'agence de courtage CLSA : « L'expérience a été très positive », se félicite Michael Chambers, son directeur. Il se dit surpris de constater à quel point son stagiaire s'est montré ouvert et indépendant. « Il a noué de bonnes relations avec mon équipe, et cela lui servira pour plus tard », estime Michael Chambers, qui considère que les entreprises ont un rôle important à jouer dans le processus d'intégration des réfugiés.

Elles y ont même un intérêt direct : le jour où un rapprochement significatif entre les deux Corées aura lieu, les entreprises auront besoin de cadres originaires du Nord, capables de jouer un rôle crucial d'intermédiaire entre les sociétés des deux côtés de la frontière. « Je comprends tout à fait que les grands groupes pensent déjà à recruter des Nord-Coréens. Ceux-ci seront très utiles à long terme », souligne Michael Chambers. À l'issue du programme, deux entreprises – qui tiennent à rester anonyme – ont d'ailleurs offert à leur stagiaire un contrat d'embauche.

« Ce stage était vraiment important pour moi, pour nous tous », renchérit Lee Young-soo, qui a pu travailler cet été au sein de plusieurs départements de la banque HSBC. « Je veux comprendre comment fonctionne une multinationale. Je veux accumuler beaucoup d'expériences de ce type. » Son anglais est encore hésitant, mais il persévère : « Tous les jours, j'écris en anglais dans mon journal et j'apprends de nouveaux mots. C'est nécessaire, à l'heure de la mondialisation. »
 

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