Elections en RDC: après le vote, inquiétude sur la validité du scrutin
Publisher: AFP, Agence France Presse
Author: Par Emmanuel PEUCHOT
Story date: 29/11/2011
Language: Français

KINSHASA, 29 nov 2011 (AFP) – Les opérations de dépouillement se sont
poursuivies mardi en République démocratique du Congo, où la situation était
calme au lendemain du double scrutin présidentiel et législatif, marqué par
des violences meurtrières et la dénonciation d'irrégularités ou de fraudes.

Les résultats provisoires sont attendus le 6 décembre pour la
présidentielle, le 13 janvier pour les législatives, mais déjà certains
s'inquiètent des nombreuses irrégularités voire des tentatives de fraude
constatées à travers le pays.

Des observateurs évoquent notamment un déploiement tardif et désorganisé du
matériel, des bureaux fermés après des incidents, des bulletins de vote
circulant librement, la pression des témoins des candidats sur les électeurs...

"Nous risquons de vivre une période très, très critique de tensions", a
déclaré à l'AFP Jérôme Bonzo, coordinateur de l'ONG congolaise Agir pour des
élections transparentes et apaisées (AETA).

"Cette ambiance est explosive. Cela a été constaté hier dans tous les
bureaux de vote où il y a eu tentative de fraude, où il y a eu tentative de
manipulation par des agents électoraux, par certains candidats à différents
niveaux. Pas seulement ici à Kinshasa, dans différentes provinces", a-t-il
ajouté.

"Dans l'ensemble, à part des incidents, dont certains graves, les élections
se sont bien passées, mais il faut dire que l'organisation matérielle était
catastrophique", a estimé pour sa part Dolly Ibefo, de l'ONG la Voix des Sans
Voix, qui avait déployé 400 observateurs à travers le pays.

Mercredi, les missions internationales d'observation du Centre Carter et de
l'Union européenne doivent chacune présenter leurs premières conclusions sur
le scrutin.

Les Etats-Unis ont dit espérer que "les informations faisant état
d'anomalies" vont s'avérer "isolées", a déclaré Mark Toner, un porte-parole du
département d'Etat.

Les Américains ont également déploré "dans les termes les plus forts la
violence liée à l'élection", qui se sont déroulés à Lubumbashi (sud-est) et
aussi à Kananga (centre).

A Lubumbashi, capitale de la province du Katanga, deux policiers et une
électrice ont été tués dans l'attaque d'un bureau de vote, et un convoi chargé
de matériel électoral a été la cible d'une attaque armée dans laquelle sept à
huit assaillants ont été tués par la police.

A Kananga, dans la province du Kasaï occidental, l'un des fiefs de
l'opposant et candidat à la présidentielle Etienne Tshisekedi, plusieurs
dizaines de bureaux de vote ont été incendiés notamment après la découverte
d'urnes contenant déjà des bulletins avant le début du vote.

La situation était calme mardi dans ces deux villes comme dans l'ensemble
du pays, selon des témoins et des journalistes de l'AFP.

Dans la capitale Kinshasa, le travail épuisant des agents électoraux pour
dépouiller les bulletins géants de la législative a duré toute la nuit et
s'est poursuivi dans la matinée.

A l'école la Bombinière, l'un des centres de vote qui a ouvert en retard
lundi comme de nombreux autres dans le pays, le matériel n'ayant pas été livré
à temps, seuls étaient affichés les résultats de la présidentielle, où 11
candidats se présentaient.

Pour l'autre scrutin, le dépouillement des bulletins géants de 56 pages de
format A3, avec pas moins de 1.430 candidats dans cette circonscription, a
débuté peu avant minuit.

"Il y a eu une coupure d'électricité et comme nous n'avions pas de lampes
nous avons été obligés d'attendre le retour du courant pour recommencer à
travailler", explique Jean-Etende Lokuka, chef du bureau.

La Commission électorale a donné lundi la consigne de laisser ouverts les
bureaux de vote mardi si des électeurs n'avaient pas pu voter pour des raisons
matérielles et d'organisation du scrutin.
 

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