La gauche passe à l’offensive sur la politique migratoire
Publisher: Le Temps
Author: Valérie de Graffenried, Berne
Story date: 10/12/2012
Language: Français

La gauche passe à l'offensive sur la politique migratoire; De nouveaux projets mijotent à gauche, pour éviter d'être tout le temps dans la posture de la résistance. Antonio Hodgers (Verts/GE) propose de créer un contingent d'étrangers extra-européens pour des postes peu qualifiés. Le PS songe au lancement d'une initiative populaire pour rendre le marché du travail plus accessible

Ils n'en peuvent plus d'être constamment sur la défensive face aux durcissements proposés par la droite en matière de politique migratoire. Du côté des politiciens de gauche, de nouveaux projets mijotent. Le PS, qui vient de refuser de soutenir le référendum des Jeunes Verts contre les nouvelles restrictions dans le domaine de l'asile, réfléchit à une initiative populaire. Portée par les Femmes socialistes et le PS vaudois, elle vise à assouplir la migration du travail. Chez les Verts, le Genevois Antonio Hodgers travaille depuis plusieurs mois sur un projet, qui devrait en partie régler le problème des «réfugiés économiques». Il le détaille au Temps.

L'idée d'Antonio Hodgers est de valoriser la migration circulaire. Partant du constat que notre économie a besoin de main-d'œuvre pour des postes peu qualifiés, que ni les Suisses, ni les Européens ne veulent exécuter, il propose de créer un contingent de personnes en provenance d'Etats tiers, en leur octroyant un cadre légal sous la forme d'un permis provisoire d'une durée limitée d'un à deux ans. Ces travailleurs suivraient une formation en lien avec les besoins de l'économie de leur pays d'origine. Et leurs cotisations sociales, consignées par l'Etat sur un compte, ne leur seraient versées qu'à l'issue du séjour suisse.

Le postulat de base du conseiller national écologiste est que la plupart des migrants partent de chez eux avec l'idée d'y revenir. «En leur donnant un cadre d'accueil, mais à durée limitée, on prépare déjà le retour.» Selon la loi sur les étrangers, seul le personnel extra-européen très qualifié peut obtenir un permis contingenté pour venir en Suisse. Or, des «réfugiés économiques» engorgent la filière de l'asile, alors que leur cas ressort de la migration du travail, et que les sans-papiers engagés au noir sont nombreux.

«Il est temps de trouver une solution pour ces personnes», souligne l'élu vert. Les travaux pénibles sont généralement exécutés par des étrangers sans statut légal, sans droits, parfois exploités et victimes d'abus liés à leur statut précaire. «La formalisation d'une filière migratoire officielle depuis les pays tiers, permettrait non seulement de reconnaître ces besoins économiques, mais devrait aussi diminuer la filière clandestine, permettre de lutter contre le marché lucratif des passeurs, et améliorer la protection de ces personnes.» Il ajoute: «Souvent, les migrants clandestins souhaitent rentrer chez eux, mais n'osent pas le faire à cause de la pression de la famille qui compte sur leurs revenus. Là, le permis est dès le départ à durée limitée, ce qui facilitera l'idée même de penser au retour. Il ne serait pas renouvelable pendant trois ans.»

Le fait que les cotisations sociales ne leur soient versées qu'une fois à nouveau dans leur pays, est aussi un facteur incitatif pour qu'ils repartent. Autre précision: les candidats devraient être âgés de moins de 30 ans, et le permis ne leur donnerait pas droit au regroupement familial. Des garde-fous pragmatiques, susceptibles de séduire dans les rangs de la droite.

Antonio Hodgers doit, par contre, convaincre encore au sein de son propre parti, ce qui ne sera pas une mince affaire, certains étant très réticents à l'idée même de permis à durée limitée. Sa proposition se concrétisera sous une forme parlementaire (initiative ou motion). «Une initiative populaire ne me semble pas la forme adéquate dans le contexte actuel», dit-il.

Mais du côté du PS, c'est bien un projet d'initiative populaire, encore timide, qui se dessine. Porté par les Femmes socialistes et le PS vaudois, son principe a été approuvé par le comité directeur et les délégués, réunis en assemblée à Thoune le 1er décembre. Il vise à inscrire le principe «un travail durable, un permis durable» dans la Constitution, en assouplissant progressivement le critère de qualification pour les ressortissants du second cercle (extra-Européens), propose une régularisation des sans-papiers après cinq ans, un statut consolidé pour les requérants admis provisoirement, et une augmentation de l'aide au développement à 0,7% du PIB. C'est ce que précise le texte provisoire qu'a obtenu Le Temps.

«Nous devons encore affiner notre projet, notamment pour renforcer les mesures d'accompagnement», admet la conseillère nationale Cesla Amarelle (PS/VD). «Et si le référendum contre les derniers durcissements aboutit le 17 janvier [près de 30000 signatures sur 50000 ont été récoltées], le lancement de l'initiative devra être repoussé: mener deux batailles à la fois est impossible.» Le PS ne compte, par ailleurs, pas partir seul: il vise une «large coalition».

L'idée d'un nouveau contingent pour combler les besoins de l'économie en terme d'emplois demandant de faibles qualifications rejoint celle mitonnée par les Verts. Mais Cesla Amarelle n'adhère pas au projet de permis à durée limitée d'Antonio Hodgers. «Ce qui me gêne, c'est qu'il est formulé dans une optique de «travail saisonnier». Or, la gauche a longtemps dénoncé, à raison, les dérives du système de saisonniers et de l'exportation du chômage qu'il suppose.» Le PS vise effectivement un permis durable, souligne-t-elle. La preuve qu'à gauche, tous les tabous ne sont pas près de tomber.
 

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