ExCom : Le chef du HCR prévient des risques de l'action humanitaire

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a lancé, à l'organe directeur du HCR, une mise en garde selon laquelle les conflits deviennent plus complexes, ce qui met en péril les efforts humanitaires.

Le Haut Commissaire António Guterres au côté de l'invitée d'honneur, la Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'Homme Navanethem Pillay (en rouge), lors de l'ouverture de la session annuelle du Comité exécutif.  © HCR/J.-M. Ferre

GENÈVE, 28 septembre (HCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a ouvert lundi la session annuelle de l'organe directeur du HCR et il a lancé une mise en garde selon laquelle les conflits sont aujourd'hui largement plus complexes - impliquant des armées nationales, des milices et des insurgés - ce qui met en péril les efforts humanitaires.

António Guterres a rappelé le lourd bilan pour le HCR au Pakistan plus tôt cette année, un pays où trois fonctionnaires du HCR ont été tués. Un autre membre du personnel du HCR a été pris en otage avant d'être relâché. Le Haut Commissaire a affirmé que la prise pour cible de travailleurs humanitaires « sape non seulement les opérations concernées, mais les fondements mêmes de l'action humanitaire ».

A l'occasion de l'ouverture de la 60e session annuelle du Comité exécutif (ExCom), l'organe directeur du HCR, António Guterres a indiqué que la fourniture de secours humanitaires est à la fois difficile et dangereuse dans un environnement où les lignes de démarcation autrefois claires entre les civils et les militaires s'estompent chaque jour un peu plus.

Tout comme le rétrécissement de l'espace humanitaire constitue le principal défi du HCR sur les théâtres d'opérations du monde en développement, les actions mises en oeuvre par certains pays pour limiter l'accès aux demandeurs d'asile sur leurs territoires rétrécit effectivement « l'espace d'asile » dans le monde développé.

António Guterres a fait état des pratiques de certains pays pour limiter l'accès aux procédures d'asile de telle sorte qu'ils enfreignent les droits des demandeurs d'asile et des réfugiés en vertu du droit international, alors que d'autres Etats ont, de fait, des taux de reconnaissance « nuls ».

Cette injustice ne fait qu'aggraver le problème des mouvements secondaires dans la mesure où les demandeurs d'asile « sont tentés de se diriger vers des Etats où ils ont un espoir de voir leur besoin de protection reconnu », a indiqué António Guterres. « C'est pourquoi, dans ce contexte, il est impératif d'aménager un véritable espace d'asile européen », a-t-il ajouté.

António Guterres a par ailleurs informé les délégués sur le processus de réforme se déroulant au HCR qui, a-t-il expliqué, vise « à trouver les ressources pour protéger davantage de personnes, sauver davantage de vies et ramener chez eux davantage de réfugiés dans la sécurité et la dignité. »

Les effectifs du HCR au siège de Genève ont été réduits de 30 pour cent, alors que les activités dans le monde se sont accrues de plus de 50 pour cent, a-t-il expliqué. Le travail mené par le Centre de services globaux de Budapest ferait économiser au HCR en 2010 environ 13 millions de dollars, au titre des salaires et du loyer à eux seuls, en comparaison de ce qu'il aurait coûté à Genève.

António Guterres a par ailleurs fait ressortir cinq grandes tendances du monde qui, conjuguées à la récession mondiale, engendrent la multiplication et l'aggravation des crises. La croissance démographique, l'urbanisation, les changements climatiques, l'insécurité liée à l'alimentation, l'eau et l'énergie sont tous de plus en plus interconnectés, a-t-il ajouté.

Décrivant « un arc de crise » allant du sud-ouest de l'Asie à la Corne et aux Grands Lacs en Afrique en passant par le Moyen-Orient, António Guterres a indiqué que les deux tiers des réfugiés dans le monde et les trois quarts des 14,5 millions de personnes déplacées internes auxquelles le HCR portait assistance en 2008 se trouvaient dans cette région. En outre, la quasi-totalité des nouveaux déplacements internes importants en 2009 s'y sont produits, notamment au Pakistan, en Somalie et en République démocratique du Congo (RDC).

Alors que plus de 600 000 réfugiés sont rentrés chez eux de leur plein gré en 2008, ce chiffre représente 17 pour cent de moins que l'année antérieure et, à l'exception d'une année, le chiffre le plus bas jamais enregistré au cours des 15 dernières années. « Les mouvements de rapatriement massif diminuent alors que les situations en Afghanistan, au Sud du Soudan, en République démocratique du Congo et ailleurs, sont de moins en moins propices au retour et à la réintégration », a affirmé António Guterres.

La diminution des possibilités de rapatriement librement consenti et d'intégration sur place se traduit par une augmentation correspondante de la demande de réinstallation. Le HCR a présenté les cas de plus de 121 000 réfugiés aux fins de réinstallation en 2008. Ce chiffre est le double de celui de 2006. « Bien que cela ne représente qu'un peu plus d'un pour cent du nombre total de réfugiés dans le monde », a-t-il expliqué, « le nombre de demandes dépasse déjà le nombre d'offres. » L'importance de la réinstallation en tant que solution ne fera que s'accroître.

Lors de la session d'ouverture de l'ExCom, Navanethem Pillay, la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme était au côté d'António Guterres. Deux pays - Djibouti et la République de Moldova - ont été accueillis en tant que nouveaux Etats membres de l'ExCom. L'Excom se réunit annuellement à Genève durant une semaine pour examiner et approuver les programmes et le budget du HCR, pour donner des conseils de protection internationale et pour aborder un large éventail d'autres sujets.