« L'Ange du Burundi » lauréate de la distinction Nansen pour les réfugiés

Marguerite Barankitse, une humanitaire burundaise, fondatrice de l'ONG « Maison Shalom » a reçu la distinction Nansen pour les réfugiés, en hommage à son engagement sans répit en faveur des enfants victimes de la guerre civile au Burundi et d'autres conflits déchirant la région.

Marguerite Barankitse, lauréate de la distinction Nansen pour les réfugiés de cette année, avec des enfants qu'elle a secourus dans la Maison Shalom.  © HCR/N.Tsinonis

GENEVE, 29 avril (UNHCR) - Cela fait 12 ans que celle que l'on appelle aussi Maggy a ouvert son coeur et sa « Maison » à plus de 10 000 enfants payant le prix absurde et cruel de la guerre civile au Burundi et d'autres conflits mettant la région à feu et à sang. Outre abri et protection, Mme Barankitse leur a donné de l'amour et la chance d'un avenir meilleur.

C'est pour ce combat que Marguerite Barankitse, une humanitaire burundaise, fondatrice de l'organisation non gouvernementale Maison Shalom (La Maison de la Paix ou Maison des Anges) a été choisie comme la lauréate de la distinction Nansen 2005. Cette reconnaissance honorifique, dotée d'un don, est décernée une fois l'an à une personne ou une organisation pour leurs services exceptionnels à la cause des réfugiés.

Mme Barankitse, ou plutôt - elle préfère - « Maggy », également surnommée « l'Ange du Burundi », a créé la Maison Shalom lorsque la guerre civile a éclaté au Burundi en 1993. A l'époque, elle était enseignante dans une école de sa ville natale, à Ruyigi, dans l'est du pays. Elle se souvient encore des 72 personnes massacrées sous ses yeux, en ce terrible mois d'octobre où la raison avait cédé la place à la folie meurtrière.

« Après le massacre, on a voulu s'enfuir, mais il fallait d'abord enterrer les morts », confie-t-elle, au fil de cette étrange promenade dans un cimetière de Ruyigi. « Il y avait pleins de corps et on avait peur. Nous avons cherché un endroit bien caché. On a enterré tous les corps et les brouettes qui les contenaient. Tous les 72 cadavres ! Dans une seule fosse commune ... »

Mais Maggy a réussi à sauver la vie de 25 enfants, les prenant sous son aile dans le chaos du conflit. « Au début, il y avait 25 petits orphelins dont les parents avaient été tués. Un an plus tard, il y en avait 100, puis 500. Aujourd'hui, ils sont plus de 10 000 ! J'ai dû chercher un terrain plus grand, et je me suis alors dit : « Et pourquoi pas celui de mes parents ? »

C'est ainsi que Maison Shalom est née. C'est à présent un refuge pour les enfants orphelins ou ayant été séparés de leurs familles. Cette maison est leur havre de paix, leur nouvelle famille où ils peuvent grandir et s'épanouir en toute sécurité s'instruire et être aimés. Aujourd'hui, Maggy et son équipe dirigent quatre « villages d'enfants » dans l'ensemble du pays, ainsi qu'un centre d'accueil pour orphelines et autres enfants vulnérables à Bujumbura, la capitale.

Les enfants reçoivent une initiation à l'hygiène, à la gestion d'un ménage et à l'élevage du bétail, ainsi qu'à des activités génératrices de revenus et des programmes d'apprentissage. Ils apprennent à gérer, par exemple, une salle de cinéma, une piscine publique, un restaurant, un salon de coiffure et une pension à Ruyigi.

D'autres projets traitent de sujets tels que les services de santé, la prévention du VIH/SIDA et la réunification des familles. En plus des orphelins et des enfants séparés de leur famille, Maggy est aussi venue en aide à des ex-enfants soldats, des enfants infectés du VIH, et des jeunes réfugiés du Rwanda et de la République démocratique du Congo.

La Maison Shalom a également secouru des réfugiés burundais rentrés après des années d'exil en Tanzanie, et voulant reconstruire leur vie, surtout des femmes et des enfants. Dans les communes de Kabuyenge, Cendajuru et Giharo, cette ONG a aidé des rapatriés et des déplacés à lancer des activités génératrices de revenus, comme des ateliers de couture, de charpenterie et de fabrication de savon. La Maison Shalom a aussi collaboré à des projets de charpenterie financés par l'UNHCR en faveur des rapatriés dans la commune de Gisuru, une région où les réfugiés sont rentrés en grand nombre.

L'exemplaire contribution humanitaire de Maggy a été largement reconnue et saluée. Elle a déjà obtenu, en 2004, le Four Freedom Award de l'Institut Franklin et Eleanor Roosevelt, ainsi que le Voices of Courage Award de la Commission des femmes pour les enfants et les femmes réfugiés, basée aux Etats-Unis. Parmi d'autres distinctions, Madame Barankitse a reçu le prix Enfants du Monde (2003), le prix Juan María Bandrés pour les défenseurs du droit d'asile, octroyé par le Comité espagnol d'aide aux réfugiés (2003), le prix Nord-Sud (2000), ainsi que le prix Droits de l'homme du gouvernement français (1998). En 2004, l'Université catholique de Louvain, en Belgique, lui a le titre de docteur honoris causa.

La distinction Nansen, du nom de Fridtjof Nansen, explorateur norvégien et premier Haut Commissaire pour les réfugiés, a été créée en 1954. Eleanor Roosevelt, le roi Juan Carlos I d'Espagne, la reine Juliana des Pays-Bas, Médecins Sans Frontières, Mwalimu Julius Nyerere, ancien Président de la Tanzanie, figurent parmi les précédents lauréats de la distinction Nansen. Elle avait été décernée l'an dernier au Centre mémorial pour les droits de l'homme, une ONG russe qui a aidé des milliers de réfugiés et de déplacés dans la Fédération de Russie.

La distinction Nansen, qui comporte un prix de 100 000 dollars pour un projet en faveur des réfugiés proposé par le ou la lauréate, sera officiellement remise à l'occasion de la Journée mondiale du réfugié, lors d'une réception qui se tiendra à Bruxelles, en Belgique, le 22 juin prochain.