La distinction Nansen pour les réfugiés pour « l'ange du Burundi »

La Princesse Mathilde de Belgique (à gauche) et le Haut Commissaire adjoint de l'UNHCR Wendy Chamberlin remettent à Marguerite Barankitse la distinction Nansen pour les réfugiés, à Bruxelles.  © HCR/J.de Tessières

BRUXELLES, 23 juin (UNHCR) - Marguerite Barankitse, connue de beaucoup comme « l'Ange du Burundi » pour son infatigable travail en faveur des enfants affectés par la guerre, la pauvreté et la maladie, a reçu la distinction Nansen pour les réfugiés 2005 hier soir lors d'une cérémonie à Bruxelles. La médaille Nansen a été remise par S.A.R. la Princesse Mathilde de Belgique et la Haut Commissaire adjoint des Nations Unies pour les réfugiés Wendy Chamberlin.

La Haut Commissaire adjoint a applaudi la contribution de Marguerite Barankitse à la pacification du monde, enseignant aux enfants de toutes origines ethniques que la coexistence est possible. « Avec le travail de son organisation, Maison Shalom, Marguerite Barankitse envoie un message d'espoir pour le futur », a dit Wendy Chamberlin. « Ses actions sont des preuves évidentes que le courage individuel et l'engagement peuvent faire la différence dans notre monde. »

Le Haut Commissaire António Guterres, alors en mission en Ouganda, a envoyé un message vidéo enregistré félicitant Marguerite Barankitse pour cette récompense : « Votre histoire est un exemple brillant pour ceux qui peuvent avoir tout perdu, qu'il y a toujours des gens merveilleux dans ce monde qui prennent véritablement soin des autres. »

En recevant cette récompense, Marguerite Barankitse a dit que son travail était inspiré par un but unique : la paix. « Acceptez votre semblable, asseyez-vous ensemble, faites de ce monde un monde de frères et soeurs », a-t-elle dit.

Marguerite Barankitse, une Tutsie du Burundi, a décidé de s'impliquer activement en octobre 1993, quand la guerre civile a éclaté au Burundi. Elle avait déjà adopté sept enfants hutus et tutsis. Quand ils ont tous survécu aux massacres, elle décida de se dévouer à sauver les vies d'autres enfants.

« Je ne m'attendais pas à ce que ce massacre dure aussi longtemps », a-t-elle dit aux journalistes lors d'une conférence de presse. « Je sentais une colère tellement immense, je voulais stopper cette violence par tous les moyens. » Parmi les nombreuses personnes qu'elle a aidées, se trouvaient des réfugiés burundais rentrant dans leur pays après un long exil en Tanzanie.

Marguerite Barankitse a ouvert trois centres pour les enfants traumatisés et orphelins et a aidé plus de 10 000 enfants depuis. « Eduquer les enfants pour la paix peut sauver le monde », a-t-elle dit. Elle est animée par une forte croyance dans l'humanité et dans le pouvoir de l'amour : « Rien ne résiste à l'amour, c'est le message que je veux diffuser ».

S.A.R. la Princesse Mathilde a chaleureusement félicité Marguerite Barankitse, qu'elle décrit comme « une femme exceptionnelle, guidée par le courage et la détermination, mais surtout par son amour pour les enfants et les jeunes gens, de quelque race, origine ethnique ou genre qu'ils soient. Tous les enfants, réfugiés et autres, sont les bienvenus au Centre Maison Shalom. »

La Princesse Mathilde a rappelé au public que la réduction de la pauvreté, au coeur des objectifs de développement du Millénaire des Nations Unies, est la clé pour construire un monde meilleur pour tous les enfants. « L'UNHCR contribue à l'éradication de la pauvreté en cherchant des solutions durables au problème des réfugiés. Il donne aux réfugiés les moyens d'échapper à la dépendance de l'aide humanitaire et de devenir indépendants qu'ils soient en exil ou dans leur propre pays. »

Trouver des solutions durables est aussi au coeur du travail de Marguerite Barankitse pour les enfants, a dit la Princesse. « Ce que je trouve le plus impressionnant est qu'elle cherche des solutions durables pour intégrer ces enfants dans leur pays d'accueil ou dans leur pays d'origine et contribue donc au développement au sens large du terme. »

La cérémonie de remise de la distinction Nansen s'est déroulée au coeur de la capitale européenne, au Concert Noble, un lieu historique raffiné datant de 1873, au cours du règne du roi Léopold II. La cérémonie puis la réception ont été sponsorisées par une société partenaire de l'UNHCR, Microsoft EMEA. La participation de la Princesse Mathilde, Ambassadrice spéciale pour l'année internationale du Micro-crédit (2005), était une preuve supplémentaire de son engagement de longue date, en faveur des enfants et d'autres personnes vulnérables.

Le Ministre belge de la coopération au développement, Armand De Decker et le Commissaire européen pour le développement et l'aide humanitaire, Louis Michel ont rendu hommage à Marguerite Barankitse et au travail de la Maison Shalom. Ils ont parlé de l'importance de la paix et du développement dans la région des Grands Lacs en Afrique.

La célèbre chanteuse burundaise Khadja Nin a rappelé sa longue amitié avec Marguerite Barankitse, datant de leurs années à l'école. Le réfugié et comédien congolais Pie Tshibanda lui a offert une vieille berceuse congolaise : « Si jamais tes enfants ne s'endorment pas, tu peux la chanter pour eux. » Le public entier l'a accompagné, faisant résonner le majestueux Noble Concert au rythme d'un vieux chant africain pour Marguerite Barankitse.

Le chanteur français et Ambassadeur de bonne volonté auprès de l'UNHCR, Julien Clerc, a exprimé son admiration pour Marguerite Barankitse : « Je salue votre courage d'affronter la folie meurtrière, je salue le courage des réfugiés de reprendre le contrôle de leurs vies et d'offrir à leurs enfants l'espoir pour un meilleur futur. » Le photographe britannique Stuart Freedom, lauréat d'une récompense, a apporté sa participation, avec une exposition de ses photographies évocatrices de Marguerite Barankitse et ses enfants.

Avec modestie, Marguerite Barankitse a refusé de s'attribuer le mérite de ses accomplissements. « Ce n'est pas mon travail, c'est le travail des enfants : ils devraient se tenir ici à ma place. Ils m'ont donné la joie de vivre et de réaliser mes rêves ».

La gratitude ressentie grâce à la distinction Nansen pour les réfugiés est un soutien moral important pour elle, a-t-elle dit aux journalistes. En plus de la récompense, elle a reçu un prix de 100 000 dollars pour l'aider à poursuivre ses projets pour aider les enfants.

« Je vais construire une maternité à Ruyigi, ainsi les jeunes femmes pourront recevoir un enseignement et des soins d'hygiène afin d'empêcher les mères de mourir lors de l'accouchement. De cette façon, nous pouvons éviter à des bébés de devenir orphelins ! », a-t-elle ajouté.

Créée en 1954, la distinction Nansen pour les réfugiés vient du nom de Fridtjof Nansen, l'explorateur norvégien, qui fut Haut Commissaire pour les réfugiés de la Société des Nations. En tant que tel, il fut le premier représentant international au monde pour les réfugiés. Le prix est remis tous les ans aux individus ou aux organisations pour honorer les services rendus pour la cause des réfugiés. En 2004, le prix a été remis à l'ONG russe, Centre mémorial pour les droits de l'homme. Le gagnant est sélectionné chaque année par un Comité composé des gouvernements de Norvège et de Suisse, de l'UNHCR, du Conseil de l'Europe et du Conseil Internationale des Agences Volontaires.

Par Judith Kumin et Diederik Kramers, Bruxelles