Une femme victime d'abus reconnue comme réfugiée en Hongrie

La Hongrie vient d'accorder l'asile à une femme violée et battue par son mari pendant 12 ans. Elle a ensuite divorcé et a vécu en marge de la société pendant de nombreuses années, sans possibilité d'obtenir la moindre protection de l'Etat. Sa reconnaissance en tant que réfugiée montre que l'asile peut désormais être attribué à des femmes persécutées, en raison de leur appartenance sexuelle.

Avant d'être reconnue réfugiée dans le cadre des violences domestiques à son encontre, Azita a dû avoir recours à des passeurs clandestins qui l'ont amenée vers la sécurité en Hongrie, où les contrôles renforcés aux frontières ont rendu difficile le passage des migrants économiques comme des demandeurs d'asile.  © HCR/L.Taylor

BUDAPEST, Hongrie, 1er novembre (UNHCR) - Si Azita est tourmentée, mise à l'écart, honteuse et analphabète, sa volonté n'a pas été brisée. C'est ainsi qu'elle s'est présentée en Hongrie, où elle a obtenu l'asile sur la base de la violence domestique et de l'exclusion sociale dont elle a souffert en tant que femme, et à cause du manque de protection des autorités dans son pays d'origine.

Quand Azita (nom fictif) est arrivée en Hongrie après des années de souffrances, elle ne savait même pas ce qu'était une procédure d'asile. Elle cherchait seulement un endroit sûr. En considérant que sa requête était fondée et en lui attribuant le statut de réfugiée, les autorités hongroises en charge de l'asile ont rejoint les rangs d'un nombre croissant de pays qui reconnaissent les violences domestiques comme une forme de persécution spécifique à l'encontre des femmes - une tendance bien accueillie par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés.

« Cette décision fait preuve de la flexibilité et des dernières évolutions de la définition de réfugié que contient l'article 1 de la Convention de 1951 relative au statut de réfugié », dit Lloyd Dakin, délégué de l'UNHCR en Hongrie. « Nous sommes satisfaits du fait que de plus en plus fréquemment, des persécutions à l'encontre des femmes soient reconnues comme relevant du champ d'application de la Convention de 1951. »

Historiquement, la définition du réfugié a été interprétée dans le cadre d'expériences essentiellement masculines et de ce fait beaucoup de plaintes déposées par des femmes n'ont pas été reconnues.

Dans la dernière décennie, cependant, la prise en compte de l'appartenance sexuelle dans le contexte des réfugiés a avancé de façon substantielle : l'UNHCR a d'ailleurs assuré leur prise en compte en fournissant les conseils juridiques et une formation, ainsi que des lignes directrices spécifiques concernant ces problèmes. Il est maintenant considéré comme principe juridique général que la définition du réfugié de façon globale, devrait être interprétée en prenant en compte les problèmes de genre, et ce principe figure d'ailleurs également dans la législation récente de l'Union européenne.

Selon la Convention de 1951, un réfugié est quelqu'un qui a fui son pays à cause d'une crainte fondée de persécution du fait de sa race, religion, nationalité, de son appartenance à un groupe social particulier ou de ses opinions politiques. Même si le critère particulier du genre n'est pas spécifiquement mentionné dans la définition du réfugié, on considère que ce critère peut influencer ou dicter généralement la persécution ou les torts infligés, et qu'il soit la raison d'un tel traitement.

Les plaintes relatives au problème de genre ont été reconnues sur la base de beaucoup d'autres formes de persécutions, notamment les actes de violence sexuelle, de violence domestique, d'avortement ou de stérilisation forcée, du mutilation génitale féminine, de punition pour une transgression des moeurs sociales, la violence relative à la dot, les mariages forcés et précoces, les crimes d'honneur et le trafic.

Agée seulement de 13 ans, Azita a été mariée à un homme trois fois plus âgé qu'elle, avant qu'elle ne sache ce que signifiait avoir des relations sexuelles. « Je n'ai jamais connu une autre forme de relation sexuelle à part le viol », dit elle, assise au centre de réception des réfugiés dans Debrecen, une ville de l'est de la Hongrie.

La jeune fille est tombée enceinte immédiatement et, à cause de son jeune âge, a failli mourir lors de l'accouchement. Après plus de trois mois passés à l'hôpital, elle est rentrée chez son mari et les viols et les coups quotidiens ont recommencé. Bien que les médecins l'aient mise fortement en garde contre une autre grossesse avant qu'elle n'ait 18 ans, Azita est tombée enceinte une nouvelle fois. A 18 ans, elle avait déjà trois enfants, et trois de plus ont suivi.

Pendant sa septième grossesse, à l'âge de 25 ans, son mari l'a battu si fort qu'elle a été gravement blessée et a perdu son bébé. Quand il s'est avéré qu'elle était devenue stérile, il lui a retiré tous ses enfants et l'a jetée hors de la maison, avant de divorcer.

Une pire situation attendait alors Azita. « Dans ma société, vous êtes en disgrâce lorsque vous êtes une femme divorcée », explique-t-elle. Elle a été obligée de vivre dans les rues et de travailler pour trouver sa nourriture et une place pour dormir à l'abri pour une nuit ou deux. « J'avais des oncles dans ce village, mais ils ne pouvaient pas me garder plus de quelques jours de temps en temps, à cause de leurs femmes qui étaient contre. Alors que tout le monde me blâmait d'avoir abandonné mes enfants, j'étais malade d'être séparée d'eux. J'étais même prête à endurer de nouveaux coups, juste pour être avec mes filles et mes garçons. »

Azita a vécu pendant de nombreuses années en marge de la société sans aucune protection. Un seul rêve lui a permis de tenir : retrouver certains de ses frères et soeurs qui vivent en Finlande.

Finalement, elle a pris contact avec des passeurs clandestins qui lui ont promis de l'amener là-bas. Avec l'aide de ses frères et soeurs, et le peu d'argent qu'elle avait pu épargner, elle a quitté son pays. Elle avait l'espoir de se rendre en Finlande, mais les passeurs l'ont abandonnée seule et sans aucune aide en Hongrie.

Azita a donc présenté une demande d'asile sans même comprendre exactement ce que cela signifiait. Elle s'en était simplement remise à sa foi en Dieu ainsi qu'à la bonté des personnes du centre de réception des réfugiés de Debrecen.

Selon le docteur Agnès Garamvölgyi, directrice des affaires des réfugiés au Ministère hongrois de l'intérieur, « ils sont nombreux à être reconnus sur la base de leur appartenance à un certain groupe social. Elle a obtenu l'asile parce qu'elle a été persécutée, et appartient à un groupe social particulier. Nous n'avions aucun doute à propos de cela. Cependant, le cas d'Azita devenue une déracinée (au Proche-Orient) à cause de la violence domestique peut aussi être considérée comme un cas unique ».

De nombreux pays acceptent que les femmes, ou de sous-groupes de femmes, puissent constituer un groupe social particulier selon la Convention de 1951. Jusqu'à présent, il y avait quelques cas de femmes, ayant subi de graves violences de la part de membres de leurs familles, qui ont été reconnues réfugiées. L'asile a déjà été accordé à des survivantes de telles violences par l'Argentine, l'Australie, le Canada, l'Irlande, la Roumanie, l'Espagne, le Royaume-Uni et maintenant la Hongrie.

Cependant, toutes les femmes victimes d'abus ne sont pas automatiquement reconnues en tant que réfugiées. Chaque cas nécessite une analyse complète, dans son contexte culturel et politique particulier. Quel est le degré de gravité et de persistance des persécutions ou des torts ? Si la crainte de la persécution est réellement fondée, l'est-elle sur un ou plusieurs fondements de la Convention ? Quelle protection peut espérer le demandeur selon la loi, et dans les faits ? La persécution est-elle connue et tolérée par les autorités ? Les autorités ont-elles la capacité ou la volonté d'offrir une protection ? Cette femme pourrait-elle se trouver en sécurité ailleurs dans son pays ?

Dans le cas d'Azita, elle a apporté la preuve qu'elle pouvait réellement craindre des persécutions sévères et persistantes à cause de son statut de femme divorcée dans une société qui ne lui offre aucune protection.

Azita n'est pas habituée à tous les problèmes et débats juridiques sophistiqués concernant les persécutions relatives au genre et à la détermination du statut de réfugié. Tout ce qu'elle souhaite, c'est se sentir en sécurité et si possible rejoindre ses frères et soeurs en Finlande.

Par Melita Sunjic à Budapest