En vedette : Angelina Jolie et les filles réfugiées à l'école au Kenya

Un accueil chaleureux pour l'ambassadrice de bonne volonté au camp de Kakuma au Kenya.  © HCR/M.Furrer

KAKUMA, Kenya, 14 octobre 2002 (UNHCR) - Angelina Jolie, l'actrice oscarisée, se tourne avec intérêt vers une jeune fille soudanaise qui raconte avec calme son histoire et explique comment elle a fui la guerre et la faim dans son pays pour arriver au camp de réfugiés de Kakuma, près de la frontière nord-ouest du Kenya.

« Elle a perdu toute sa famille alors qu'elle était seulement âgée de cinq ans et vit dans ce camp depuis maintenant plus de dix ans. Que dire à quelqu'un qui a perdu toute sa famille si jeune ? », demande Angelina Jolie, visiblement émue par ce récit et par l'histoire d'autres jeunes filles réfugiées, toutes regroupées pour l'accueillir à l'occasion de sa visite dimanche. Le gigantesque camp de Kakuma accueille quelque 80 000 personnes.

Plusieurs de ces jeunes filles ont ému Angelina Jolie jusqu'aux larmes lorsqu'elles lui ont raconté combien elles aimeraient aller à l'école et recevoir une éducation, mais que c'était impossible pour la plupart d'entre elles pour des diverses raisons.

« Ces jeunes filles sont si fortes ; leur volonté est une source d'inspiration. Elles souhaitent recevoir une éducation pour pouvoir accéder à une vie meilleure. Elles savent qu'elles ne resteront pas nécessairement toute leur existence au bas de l'échelle et elles veulent aller de l'avant », indique Angelina Jolie après s'être assise pour discuter avec les filles à l'ombre d'un arbre, près d'un des centres d'accueil.

L'ambassadrice de bonne volonté secoue la tête, incrédule, en apprenant combien de filles et de femmes du camp ont été les victimes de diverses formes de violence, allant du viol aux mutilations génitales, et combien d'entre elles ne peuvent aller à l'école à cause de leurs obligations domestiques.

« Lors de ce voyage, le sort des femmes réfugiées, et particulièrement celui des jeunes filles, est devenu ma principale préoccupation. A Kakuma, près de 1 000 filles sont exclues du système scolaire. J'étais bouleversée en découvrant que beaucoup d'entre elles sont dans cette situation en raison des mariages précoces et forcés. J'ai vu des mères âgées d'à peine 12 ans ! » indique-t-elle.

Pour faire face aux problèmes des jeunes filles capturées pour être mariées et des maternités précoces, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés a mis en place des programmes dans les camps, augmentant par exemple le nombre de femmes officiers de police afin d'encourager l'enregistrement de ce type d'incidents. Une magistrate de la ville voisine de Lodwar se rend régulièrement à Kakuma pour gérer ces cas et siège dans une cour « mobile » qui traite divers problèmes, y compris la capture de jeunes filles en vue de mariage. Les comités de femmes réfugiées établis dans tout le camp aident et conseillent les victimes de maternités précoces et informent les communautés des risques associés aux mutilations génitales féminines. A l'école, un programme incitatif a été mis en place pour encourager plus de jeunes filles à s'y rendre. Leur présence demeure très irrégulière ; elle dépend des tâches domestiques qui leur incombent à la maison.

« On attend d'une jeune fille réfugiée qu'elle fasse la queue pendant des heures pour puiser de l'eau et la transporter à la maison, qu'elle parte chercher du bois, qu'elle cuisine et s'occupe du nettoyage pour toute la famille », indique Angelina Jolie, soulignant toutes les obstacles que doivent affronter les jeunes filles pour pouvoir recevoir une éducation décente.

L'ambassadrice de bonne volonté a fait un don personnel de 200 000 dollars pour soutenir le travail de l'UNHCR au Kenya, une somme de 50 000 dollars étant allouée à la construction d'une nouvelle école pour les jeunes filles du camp. Plusieurs de ses futures élèves ont chanté et applaudi lorsqu'elle a dévoilé la plaque et planté un arbre sur le site de la future école.

« Grâce à cette aide et à la construction de cette école, des générations futures de jeunes filles seront sauvées. Le travail va commencer dès demain », a déclaré Kofi Mable, responsable du bureau de l'UNHCR à Kakuma.

Sur cette plaque, on peut lire : « Dédiée à l'émancipation des jeunes filles réfugiées de Kakuma, aux droits des femmes et à la liberté de recevoir une éducation. »

Angelina Jolie indique avoir également entendu des histoires terrifiantes d'enfants réfugiées d'à peine cinq ans soumises à des mutilations génitales. « Un nombre de femmes plus âgées ont aussi été violées et souffrent d'autres formes de violence sexuelle », dit-elle. « De manière générale, il ne devrait y avoir aucun compromis sur la sécurité physique et la dignité des femmes, tout particulièrement celles des filles réfugiées ».

Angelina Jolie, qui se trouve au Kenya pour filmer une scène du film « Tomb Raider », a également visité plusieurs autres projets dans le camp et offert des cadeaux, tels que des ballons pour jouer au volley-ball et des livres d'exercice. Elle a exprimé sa préoccupation suite à l'annonce d'une réduction de vingt millions de dollars du budget de l'UNHCR au Kenya et de ses conséquences éventuelles sur l'interruption de programmes.

« Ici, la plupart des gens vivent déjà avec le minimum vital - toute réduction veut dire une vie en moins », dit-elle. Elle en appelle à la communauté internationale pour continuer à soutenir « le travail de l'UNHCR et des autres organisations travaillant avec les réfugiés, telles que le Programme alimentaire mondial - et, par-dessous tout, pour s'assurer que des fonds sont disponibles ».

Après avoir été saluée par les femmes de la tribu des Turkana à l'aérodrome de Kakuma, l'ambassadrice de bonne volonté a été chaleureusement accueillie partout dans le camp. Les jeunes enfants ont chanté des chants et lu des poèmes sur la paix, tandis que leurs parents et les réfugiés plus âgés jouaient du tambour et interprétaient des danses traditionnelles.

Elle a commencé sa tournée en assistant à un match de basket-ball entre des victimes des mines antipersonnel en fauteuil. Elle s'est ensuite rendue sur un site où des maisons en torchis sont en cours de construction.

Kakuma, qui a été créé après que des milliers de personnes aient fui les combats au Sud-Soudan - la plus longue guerre civile d'Afrique - accueille aussi des réfugiés venus d'Angola, d'Ethiopie, d'Erythrée, de la République démocratique du Congo, du Rwanda, du Burundi et de l'Ouganda. Les Soudanais représentent toutefois 71 % de la population.

Angelina Jolie, qui a visité plusieurs camps de réfugiés à travers le monde depuis qu'elle est devenue l'ambassadrice de bonne volonté de l'UNHCR il y a un an, dit qu'elle a vu des camps « pires et mieux » que celui de Kakuma mais que ce qui différencie ce camp, c'est le nombre de filles qui n'ont tout simplement aucune chance de pouvoir accéder un jour à une vie meilleure.

« Ce n'est pas juste, ce n'est simplement pas juste - chaque enfant, chaque fille a le droit de recevoir une éducation. Ici, elles n'ont pas que de quoi survivre, alors qu'elles sont si extraordinaires et courageuses. C'est moi qui devrais apprendre d'elles », a-t-elle ensuite déclaré lors d'une conférence de presse à Nairobi.

Le représentant de l'UNHCR à Nairobi, George Okoth-Obbo, a dit que la visite d'Angelina Jolie avait été particulièrement stimulante pour toutes les personnes concernées. « C'est magnifique mais c'est aussi une grande leçon d'humilité qu'une personne si affairée trouve le temps de venir ici, d'utiliser sa renommée, son talent et sa présence, juste pour apporter un peu de joie dans la vie incontestablement difficile que mènent les gens ici », a-t-il affirmé.

Par Jonathan Clayton, Bureau régional de l'UNHCR, Nairobi