Recrudescence de pillages, de fusillades et d'incendies volontaires à Dili au Timor-Leste

Plusieurs quartiers de la capitale du Timor-Leste, Dili, ont été touchés par une nouvelle flambée de violence, y compris des incendies volontaire et des actes d'intimidation. Malgré ces troubles, l'UNHCR poursuit sa distribution d'aide et aide les personnes déplacées.

Une nouvelle vague de violence et d'incendies volontaires s'est abattue sur plusieurs secteurs de la capitale du Timor-Leste, Dili. Malgré des difficultés pour accéder à certaines zones, l'UNHCR continue de venir en aide aux déplacés.  © HCR/N.Ng

DILI, Timor-Leste, 28 juin (UNHCR) - La situation était très tendue aujourd'hui à Dili ; des gangs continuaient à lancer des pierres, à brûler et à piller des maisons ainsi qu'à intimider la population, y compris les personnes abritées dans des camps de fortune autour de la capitale du Timor-Leste.

Cette nuit, des incendies volontaires et des coups de feu ont eu lieu dans, au minimum, cinq quartiers. Les troupes de maintien de la paix australiennes ont arrêté au moins 19 personnes. Les opérations d'urgence de l'UNHCR se sont néanmoins poursuivies, même si certaines zones sont toutefois restées inaccessibles pendant une partie de la journée.

Plus de 50 tentes ont été distribuées aux personnes déplacées internes dans plusieurs sites, dont la pharmacie nationale. Dans cet endroit particulièrement surpeuplé, l'équipe sur place lutte pour fournir une aide médicale aux 800 personnes qui sont venues y trouver refuge.

Parallèlement, l'équipe de protection de l'UNHCR a visité des sites de déplacés dans cinq secteurs qui ont été frappés par la dernière flambée de violence et par des incendies volontaires. Vanno Noupech, le chef de l'équipe d'urgence de l'UNHCR à Dili, a fait part de sa forte préoccupation suite à cette escalade de violence.

« A chaque fois que des incidents tels que des pillages ou des incendies ont lieu dans un bairro [quartier], ils ont un impact sur les sites de déplacés situés à proximité », dit-il. « Dans certains sites, il s'agissait de gangs lançant des pierres ou insultant des groupes de personnes. Dans d'autres cas, c'étaient des gens qui escaladaient les murs ou qui entraient dans les sites pour se réfugier hors des zones touchées par la flambée de violence. »

Dans la nuit de mardi, des coups de feu, des pillages et des incendies de maison dans le bairro de Beto ont abouti au déplacement d'environ 500 personnes du camp de déplacés situé au bureau météorologique vers le camp récemment établi à l'aéroport. Les tensions persistaient aujourd'hui dans ce camp, même si les gens sont rentrés dans leur site après des réunions entre des représentants de déplacés, de l'UNHCR et des troupes étrangères.

Pendant ce temps, les soeurs catholiques du Collège de Sao Jose dans la zone de Lahane Timur ont fait part de l'augmentation, au cours des trois dernières nuits, du nombre d'incidents liés à des jets de pierres contre leur enceinte, qui abrite temporairement quelque 800 déplacés. Un enseignant du site a indiqué avoir été attaqué par des jeunes alors qu'il essayait de rentrer chez lui mardi soir. Il a été secouru par un prêtre du collège.

Le jeune homme, qui dit s'appeler Teo, tenait dans ses bras son enfant, âgé d'un mois à peine, pendant qu'il racontait ce moment difficile à l'équipe de l'UNHCR. « Juste après les informations télévisées du soir, les gangs sont entrés dans ma maison et ont commencé à jeter des pierres. Ils criaient « lorosae, lorosae » », a-t-il expliqué. « Lorosae » est le terme utilisé pour désigner les personnes originaires de l'est du pays. Les tensions entre groupes rivaux de l'ouest et de l'est du Timor-Leste sont en partie responsables de la violence qui embrase le pays depuis la fin avril.

Le personnel de l'hôpital national Guido Valadas a indiqué que 80 personnes avaient franchi ses murs pour se réfugier dans son enceinte au cours de la nuit, alors que la violence s'abattait sur le quartier voisin. Six maisons ont été brûlées. L'une d'entre elles se situait près d'un orphelinat.

La soeur Malou, une soeur dominicaine qui dirige le centre, a précisé que les gangs avaient jeté des pierres et fait du bruit avec des barres en fer. La semaine passée, le centre de formation en informatique de l'orphelinat a été incendié. L'orphelinat accueille, en temps ordinaire, 37 orphelins et quelques jeunes filles qui veulent devenir nonnes. Aujourd'hui les dortoirs surpeuplés abritent quelque 960 personnes sous des bâches en plastique.

De l'autre côté de la ville, dans le quartier de Pite, des prêtres du Fatumeta Seminario Maior ont fait état de la multiplication des incidents, des gangs se regroupant aux portes du séminaire, hurlant des menaces et des insultes à l'encontre des déplacés qui s'y trouvent. L'endroit, qui accueille habituellement 53 séminaristes et six prêtres, abrite actuellement 2 500 personnes qui sont arrivées par vagues depuis la fin avril en tentant d'échapper aux violences.

« Les gens sont terrorisés, dit le frère Hannibel. Nous disposons d'un grand domaine et il est possible d'y rentrer en passant au-dessus les clôtures à l'arrière. Nous attendons des fils de fer barbelés pour pouvoir les installer, c'est une situation d'urgence. »

Vanno Noupech précise que l'UNHCR poursuit quotidiennement son dialogue avec les forces de défense australienne, qui s'efforcent d'apporter une réponse à ce type d'incidents. « Les incidents qui surviennent dans un bairro particulier ayant un impact sur les sites de déplacés avoisinants, nous demandons aux troupes de se rendre dans ces sites lorsqu'elles mènent leurs enquêtes sur les cas de violences dans les banlieues », ajoute Vanno Noupech.

« Bien que les troupes étrangères interviennent très rapidement en cas d'incident, l'UNHCR se félicite de l'arrivée prochaine de contingents supplémentaires de forces de police - notamment de Malaisie », ajoute l'employé de l'UNHCR. Il ajoute que ce déploiement permettre d'augmenter la force de police internationale à 500 agents et espère qu'elle permettra de faciliter la résolution des problèmes qui surviennent la nuit dans les bairros.

Par Ariane Rummery à Dili, Timor-Leste