Au Viet Nam, des fonctionnaires locaux tentent de simplifier la vie d'apatrides d'origine cambodgienne

Le Gouvernement vietnamien n'a jamais accordé la nationalité aux quelque 9 500 anciens réfugiés cambodgiens vivant dans le pays depuis 1975. Au niveau local, cependant, les fonctionnaires font de leur mieux pour que ce groupe oublié puisse bénéficier des mêmes droits que les autres citoyens.

Certains anciens réfugiés cambodgiens, comme cette femme de 78 ans et son petit-fils, sont forcés de quitter leurs habitations à cause de l'agrandissement inexorable de la ville d'Ho Chi Minh Ville, au sud du Viet Nam. Mais les autorités locales les aident à trouver de nouveaux logements.  © HCR/K.McKinsey

THU DUC, Viet Nam, 8 novembre (UNHCR) - Il n'y a pas si longtemps, cette zone marécageuse était considérée comme isolée de la ville d'Ho Chi Minh, on ne pouvait y aller qu'en bateau. Aujourd'hui, Thu Duc est devenu le quartier numéro neuf de cette métropole en plein développement, à l'économie dynamique, dans un Viet Nam qui progresse à grands pas.

Alors que les petits bateaux sont remplacés par de larges ponts et que les rizières laissent la place aux nouvelles voies de communications et aux constructions, les parrains de la ville - saisis par la fièvre immobilière - ont les yeux rivés sur les terres occupées par les maisons construites par l'UNHCR il y a plus de vingt ans. Ces logements abritaient les réfugiés cambodgiens qui avaient fui le terrible régime khmer rouge des années 1975-79.

« Nous devons urbaniser cette région, cela fait partie de la politique de la ville d'Ho Chi Minh Ville », explique Le Trung Sang, président du comité populaire du quartier numéro neuf. « Donc nous devons reloger ces gens. »

Pour ces réfugiés cambodgiens, âgés pour la plupart, devoir quitter sa maison n'est pas une perspective réjouissante. Leurs craintes sont d'autant plus aggravées par le fait qu'ils sont apatrides et ne peuvent demander aucune compensation légale à cette expulsion, que pourraient obtenir leurs voisins vietnamiens.

Mais les autorités du quartier ont décidé de faire un geste de compassion envers les Cambodgiens et de les traiter de la même manière que les Vietnamiens. Ils cherchent actuellement des logements pour ceux qui sont déplacés par la construction d'une école. Ce n'est qu'un des exemples de l'engagement des autorités locales pour simplifier la vie des 9 500 anciens réfugiés cambodgiens vivant à Ho Chi Minh Ville ou à proximité.

« Obtenir la nationalité vietnamienne est fondamental pour ces gens, nous serons en mesure de mieux les aider dans leurs problèmes sociaux », dit Tran Phuoc Hung, président de la commune de Long Phuoc, dans le quartier numéro neuf. « Il n'existe aucune politique concrète émanant du gouvernement central ou de la ville », ajoute-t-il.

L'UNHCR encourage le Gouvernement vietnamien à résoudre le problème en permettant à ces personnes exilées de demander la nationalité vietnamienne. « Je suis ému par le sort de ces personnes », confie Hasim Utkan, le délégué régional de l'UNHCR. « La culture de mon pays porte au respect envers les personnes âgées. C'est triste de voir qu'à la fin de leur vie, leur seule volonté consiste à pouvoir transmettre à leurs enfants les droits les plus basiques - le droit à la nationalité et à l'identité. »

Nombre de ces apatrides sont cambodgiens d'origine chinoise. Ils ont été oubliés après que les forces vietnamiennes aient renversé les Khmers Rouges en 1979. Ayant perdu leurs papiers d'identité et s'étant alors installés au Viet Nam, ils ont été reniés par leur propre gouvernement.

Quach Trung Thanh, le représentant de cette communauté, connaît bien la situation kafkaïenne dans laquelle les anciens réfugiés se trouvent. « Selon la législation vietnamienne, nous devons renoncer à notre ancienne nationalité pour en recevoir une nouvelle », explique-t-il. « Or lorsque nous allons voir le consulat cambodgien à Ho Chi Minh Ville, ils disent que nous ne sommes pas des citoyens cambodgiens. »

Il y a d'autres problèmes. « Dans le passé, les autorités ont accordé des certificats de naissance temporaires pour les enfants nés dans le camp », a ajouté Quach Trung Thanh, maintenant âgé de 70 ans. « Les enfants ont grandi et ils ont besoin d'un certificat de naissance officiel. Cependant pour recevoir un certificat de naissance formel, vous devez produire un certificat de mariage. Or nous ne pouvons pas recevoir un certificat de mariage car nous sommes apatrides. »

Sans titre de propriété pour leur terrain, ils ne peuvent pas l'utiliser comme garantie pour un emprunt bancaire. Ils ne peuvent accéder aux emplois légaux car ils ne disposent pas de carte d'identité, un document essentiel. Ils sont cantonnés à des emplois sous-payés et ne peuvent engager aucun recours s'ils sont traités injustement.

« Nous n'avons aucun droit », a dit Quach Trung Thanh, louant les efforts des autorités locales qui les traitent comme des citoyens. Il a ajouté que, « en dehors de cette commune, nous avons besoin d'un statut légal officiel, que nous n'avons pas. »

Tran Tai, 72 ans, sait combien cette situation peut devenir difficile. Son fils âgé de 29 ans, né au Viet Nam, n'a pas pu faire enregistrer son mariage avec une femme vietnamienne il y a trois ans, car le consulat cambodgien refuse de certifier qu'il est d'origine cambodgienne et célibataire. « Les membres de notre communauté peuvent toujours se marier, mais sans certificat officiel », a indiqué Quach Trung Thanh.

Quach Trung Thanh n'arrive pas à comprendre pourquoi le Viet Nam, au niveau du Gouvernement central, n'acceptera pas légalement ce groupe d'un peu moins de 10 000 personnes qui a des attaches profondes dans ce pays. « Tout le monde me comprend et tout le monde me connaît. Mais, en fait, je ne suis personne ici. Nous représentons en quelque sorte une population de seconde classe », a-t-il ajouté.

Par Kitty McKinsey à Ho Chi Minh Ville, Viet Nam