Une exilée iraquienne en Espagne déplore les violences subies par les femmes en Iraq

Taisir pensait que les choses iraient mieux en Iraq lorsque les forces américaines ont renversé le régime de Saddam Hussein il y a trois ans. Au contraire, le pays a été plongé dans le chaos. Le statut et la condition des femmes se sont détériorés. Taisir a quitté l'Iraq en 2004 pour l'Espagne, mais elle pense souvent à celles qui sont restées dans son pays.

Des femmes iraquiennes viennent chercher des biens de secours lors d'une distribution à Bagdad. La vie est devenue très dure pour les femmes iraquiennes ces trois dernières années, la violence étant un grave problème.  © HCR

MADRID, Espagne, 6 décembre (UNHCR) - Taisir* pensait que les choses ne pourraient que s'améliorer dans son Iraq natal lorsque les forces américaines ont envahi le pays et renversé le régime du président Saddam Hussein en mars 2003. Elle n'aurait jamais imaginé que la vie du pays irait bientôt en empirant, spécialement pour les femmes.

Ingénieur de formation, Taisir a réussi à fuir l'Iraq il y a environ deux ans pour se réfugier en Espagne. Mais les expériences qu'elle a vécues ainsi que les violences et les abus subis continuellement par les femmes restées en Iraq continuent de la hanter.

La situation est si grave que, par exemple, l'actuelle campagne internationale de 16 jours pour éradiquer la violence à l'encontre des femmes est pratiquement ignorée en Iraq - prendre des risques est tout simplement trop dangereux pour les femmes et les personnes qui les soutiennent.

Taisir, âgée de 39 ans, n'aurait jamais pu imaginer que la situation en Iraq pourrait être encore pire de ce qu'elle avait connu depuis son enfance à Bagdad. Elle a vécu les difficultés et les horreurs de la guerre avec l'Iran de 1980 à 1988, puis la première guerre du Golfe en 1991 et l'embargo économique qui en a résulté pour son pays.

Pendant ces années, elle a perdu plusieurs membres de sa famille, certains ont été exécutés par les forces de sécurité de Saddam Hussein, d'autres ont été victimes des combats. « La fumée était si épaisse qu'il faisait sombre même pendant la journée », raconte Taisir en se souvenant des missiles lancés régulièrement et des explosions de bombes.

Taisir, comme beaucoup d'Iraquiens, s'était réjouie de l'arrivée des forces américaines à Bagdad en 2003, mais la joie s'est vite transformée en horreur et désespoir lorsque les partisans de Saddam ont commencé à attaquer les troupes occupantes. Des violences sectaires ont éclaté entre les milices musulmanes rivales chiites et sunnites, provoquant des victimes innocentes dans les deux communautés.

Avec l'intensification de la violence, les choses se sont empirées pour les femmes. Des milliers d'entre elles sont décédées lors d'actes de violence aveugle, alors que d'autres sont devenues les victimes de violences sexuelles et à l'encontre des femmes, incluant le viol et le meurtre. Elles sont aussi devenues la cible des conservateurs religieux et sociaux, fermement opposés à la libéralisation des femmes.

Dans cette situation d'anarchie et de mort régnant dans les rues de Bagdad et d'autres villes, des femmes en proie à la terreur, comme Taisir qui est musulmane sunnite, sont devenues prisonnières dans leur propre foyer. Des Musulmanes ou même des Chrétiennes ont subi des pressions pour porter le voile et l'écharpe en public. Par ailleurs, de moins en moins de femmes osaient aller à l'école ou à l'université.

Un jour ensoleillé d'août 2003, une patrouille armée appartenant à un groupe islamique fondamentaliste a battu Taisir et une amie car elles ne portaient pas le voile. « Après cet épisode, mon père a acheté des armes pour me protéger ainsi que le reste de ma famille, alors que mon oncle soutenait le groupe [islamiste fondamentaliste]. Il disait que les femmes ne devraient pas sortir seules hors de la maison et devraient respecter les règles et les coutumes sociales », a expliqué Taisir.

« Partout nous faisions l'objet de discriminations, nous ne pouvions pas mener une vie normale », a indiqué la jeune femme, qui a été menacée par un garde sur son lieu de travail car elle ne soutenait pas sa candidature pour un poste. « Il m'a crié dessus, en me disant : 'Il vaudrait mieux que tu restes à la maison comme devraient le faire toutes les femmes. Je connais des groupes armés qui seront contents de m'aider à te tuer ainsi que le reste de ta famille'. »

De fait, cette guerre, qui devait apporter la démocratie et l'égalité, a fait reculer le pays et le statut de la femme. Taisir a décidé de s'en aller.

Elle a quitté ses parents, ses frères et soeurs et sa grand-mère et elle s'est rendue en Jordanie en mai 2004. Puis, un mois plus tard, elle a fui avec un visa vers cette ville espagnole dynamique qu'est Barcelone. Taisir a demandé l'asile au motif qu'elle devrait subir la persécution en Iraq - les autorités espagnoles lui ont accordé un statut complémentaire de protection.

« Nous respectons le critère consigné dans la Convention de 1951 [des Nations Unies relative au statut des réfugiés] ainsi que les recommandations de l'UNHCR, selon lesquelles une protection complémentaire est donnée aux citoyens iraquiens à qui n'est pas accordé le statut de réfugié », a expliqué Julien Prieto, directeur adjoint du Bureau espagnol pour l'asile et les réfugiés. L'Espagne accueille actuellement 38 Iraquiens reconnus comme réfugiés et environ 3 700 demandeur d'asile. Par ailleurs, 642 Iraquiens ont obtenu un permis de résidence.

« Je remercie l'Espagne de me donner l'opportunité de vivre à nouveau comme un être humain avec tous mes droits », a expliqué Taisir, qui vit à côté de Barcelone chez un proche. Mais elle pense toujours beaucoup à la violence et à l'inégalité dont souffrent les femmes d'Iraq, alors que des dizaines de milliers d'Iraquiens fuient leur pays ou leurs maisons chaque mois. La violence a suivi les femmes, a affirmé les employés de l'UNHCR, qui ont cité des cas de violence sexuelle et sexistes dans les pays voisins.

« Les cas d'enlèvement et de viol créent une grande angoisse dans l'esprit des femmes iraquiennes. Non seulement il y a la menace de subir une violence sexuelle, mais aussi les femmes craignent les conséquences de telles agressions », a expliqué Taisir.

* Nom fictif

Par Francesca Fontanini à Madrid, Espagne