Au Panama, enfants indigènes kuna et réfugiés colombiens vivent et étudient ensemble

Au sud de la côte caraïbe du Panama, dans la ville de Puerto Obaldia, les enfants indigènes de la tribu locale kuna cohabitent avec des réfugiés colombiens et étudient avec eux à l'école secondaire, qui a été créée par un partenaire de l'UNHCR pour que toutes les communautés puissent en profiter.

A Puerto Obaldia, des enfants réfugiés, colombiens, indigènes kuna et panaméens vivent, jouent et étudient ensemble.  © HCR/B.Heger

PUERTO OBALDIA, Panama, 29 décembre (UNHCR) - Au sud de la côte caraïbe du Panama, dans la ville de Puerto Obaldia, les enfants indigènes de la tribu locale kuna cohabitent avec des réfugiés colombiens et étudient avec eux à l'école secondaire, qui a été créée par un partenaire de l'UNHCR pour que toutes les communautés puissent en profiter.

Perchée sur le rebord de la fenêtre de la modeste maison en bois où elle vit, Lucia, âgée de 11 ans, une petite fille de 11 ans, native de la tribu indigène kuna au Panama, attend le retour de son amie Marie Lopez, dont la mère est une réfugiée colombienne. Depuis que Lucia a emménagé chez la famille Lopez l'année dernière, les deux fillettes sont inséparables : elles habitent et étudient ensemble.

Jusqu'à l'année dernière, Lucia vivait avec sa famille dans un petit village situé à plus d'une journée de marche de Puerto Obaldia, la seule ville parmi les petits pueblos dispersés le long de la côte caraïbe au sud du Panama, dans la province Kuna Yala.

Les populations colombienne, panaméenne et indigène kuna vivent toutes ensemble à Puerto Obaldia. Près de la frontière avec la Colombie, cette ville a été un havre de paix pour de nombreux Colombiens ayant fui le conflit armé à la fin des années 90. Environ un tiers des habitants de cette ville sont des Colombiens.

Mais les écoles sont rares dans cette partie peu développée du pays. Dans la région, seul Puerto Obaldia dispose d'un collège. Il a été ouvert il y a deux ans, suite à l'intense pression des habitants colombiens et de la communauté panaméenne, et avec le soutien de Pueblos de Bosque, le partenaire de l'UNHCR dans la région. L'école joue maintenant un rôle important dans le rapprochement des diverses communautés de la région.

Contrairement à de nombreux enfants indigènes, forcés de stopper leur scolarité car ils ne peuvent effectuer le trajet quotidien vers la ville pour aller à l'école, Lucia a eu de la chance. Elle fait partie des 23 jeunes Kunas qui ont l'opportunité de poursuivre leurs études, grâce à l'accueil généreux de familles colombiennes installées à Puerto Obaldia.

L'année dernière, Marisol Lopez, une réfugiée colombienne, et son mari, un Panaméen de la région, ont décidé d'accueillir gratuitement trois jeunes élèves kuna chez eux. Avec le modeste salaire de son mari et l'argent que Marisol gagne grâce à la petite boulangerie qu'elle a ouverte à l'aide d'un micro-crédit de l'UNHCR, les Lopez parviennent à scolariser leurs propres enfants et les jeunes Kunas.

« Bien sûr c'est difficile de nourrir six enfants mais nous le faisons gracieusement pour qu'ils puissent étudier », indique Marisol. Elle a décidé de prendre en charge les trois enfants car elle voulait faire un geste en direction de la communauté locale qui l'a reçue, ainsi que de nombreux autres Colombiens dans le besoin, avec tant de générosité, a-t-elle ajouté.

La plupart des Colombiens présents dans cette région du Panama bénéficient d'une Protection humanitaire temporaire (THP). Bien que cette protection temporaire leur permette d'échapper à la violence et de vivre en paix, elle limite le droit des réfugiés à travailler et à se déplacer librement à l'intérieur du pays. L'UNHCR travaille étroitement avec le Gouvernement panaméen pour réformer ce système. Ces dernières semaines, des développements encourageants sont d'ailleurs survenus dans ce sens.

En dépit des restrictions liées au statut THP, les Colombiens de Puerto Obaldia se sont bien intégrés, ils se marient avec des Panaméens, fondent des familles et contribuent à l'économie de la ville en montant des petites commerces comme le restaurant ouvert par Madame Canbe, une autre réfugiée colombienne qui héberge une fillette kuna pour lui permettre de terminer sa scolarité.

« Elle avait besoin d'un hébergement pour pouvoir étudier durant l'année scolaire, alors bien sûr j'ai dit qu'elle pouvait venir chez moi », a simplement expliqué Madame Canbe.

Achevant avec soin ses devoirs au balcon du restaurant, Estrella, âgée de 15 ans, habite chez Madame Canbe depuis plusieurs mois. Elle fait une pause dans ses révisions pour discuter avec son frère aîné Fernando, qui est passé lui rendre visite.

Fernando vient toujours voir sa soeur quand il est à Puerto Obaldia pour vendre les molas, un vêtement traditionnel kuna, aux quelques touristes qui passent en ville. La pénurie d'emplois et son faible niveau d'éducation lui laissent peu de choix pour travailler. Estrella, qui veut continuer ses études aussi longtemps que possible, aura davantage d'opportunités.

A Puerto Obaldia, tous comprennent la valeur de l'éducation. Et, le soutien mutuel que s'offrent les Colombiens, les Panaméens et les Kuna sans hésitation ni question, renforce cette petite communauté. Ici, chacun fait le maximum pour venir en aide à son voisin.

Par Erin Maxwell à Puerto Obaldia