Un réfugié palestinien a trouvé la recette du succès au Mexique

Lorsqu'il est arrivé au Mexique il y a environ un an, Ali Nadi, un réfugié palestinien, a trouvé difficile de s'adapter à sa nouvelle vie. Mais il a découvert un moyen de rencontrer ses nouveaux compatriotes et de gagner sa vie par la même occasion.

Ali Nadi, un réfugié palestinien, aux fourneaux de son restaurant. Il est aidé par une employée mexicaine.  © HCR/M.Echandi

TEHUACAN, Mexique, 18 janvier (UNHCR) - Les Palestiniens ont un mot pour décrire ce qui leur paraît peu familier et étrange ; ils disent mexecy, littéralement « comme le Mexique ». Pourtant Ali Nadi se sent désormais chez lui dans ce pays latino-américain ; il a même trouvé une façon de rencontrer ses nouveaux voisins, faisant appel à leur gourmandise.

Lorsqu'il est arrivé il y a plus d'un an pour rejoindre son frère aîné, un ingénieur informatique bien établi. Il a été difficile pour Ali Nadi de s'adapter a sa nouvelle vie. Ce jeune homme de 23 ans avait décidé de quitter son quartier d'origine près de Jérusalem, après avoir enduré des difficultés et avoir été harcelé par les autorités israéliennes et palestiniennes.

Après avoir obtenu le statut de réfugié, Ali a décidé d'utiliser ses talents culinaires et a ouvert un restaurant à Puebla, une jolie ville de style colonial à 130 kilomètres au sud-est de Mexique. Le frère d'Ali, qui est également propriétaire d'une agence de tourisme, a participé au projet en le soutenant financièrement, mais la clientèle tardait à venir et l'affaire a échoué.

Sans se décourager, les deux frères ont décidé de retenter à nouveau à Tehuacán, au sud de Puebla. Quelque deux mois après l'ouverture, le restaurant Kef Halak est une affaire florissante et les habitants ne se lassent pas de la cuisine arabe et méditerranéo-orientale qu'ils dégustent.

Ali, qui arbore sa toque blanche de chef, sort de la cuisine et annonce fièrement à ses visiteurs de l'UNHCR qu'il a même reçu le président de la municipalité avec sa femme pour dîner.

Au menu, on trouve des plats classiques comme les falafel, les kepe, le houmous et le taboulé, qui sont servis par des employés mexicains. C'est la recette de ce succès, mais Ali doit travailler dur pour satisfaire les clients. Sa journée commence à huit heures et demie le matin et se termine à 21 heures.

Et il ne s'agit pas seulement d'une question de nourriture : Ali veut aussi que les gens en sachent un peu plus sur son pays d'origine, en proie à des troubles. « Je veux faire connaître ma culture. Tout ce que vous voyez a été apporté de Palestine : les peintures, les vêtements que portent les serveurs. Nous écoutons aussi la radio palestinienne », explique-t-il.

« Je suis palestinien, mais les gens nous considèrent toujours comme des Arabes. Ils pensent que nous venons d'Arabie saoudite. Certains nous ont même dit que nous ressemblons à Kaliman - un célèbre héros de dessin animé à Mexique qui est originaire de l'est », ajoute Ali, remarquant que les Palestiniens savent aussi bien peu de choses sur le Mexique.

Si Ali fait de son mieux pour combler le fossé entre l'Amérique latine et le Moyen-Orient, il fourmille aussi d'autres idées et de projets, y compris un livre sur l'astrologie, sa seconde passion. « Je l'écris depuis deux mois et demi et j'espère l'avoir terminé en avril », dit-il.

Ce jeune Palestinien, plein d'énergie révèle aussi son projet de création d'une organisation non gouvernementale pour le développement social au Mexique. « Il y a beaucoup d'opportunités dans ce pays pour travailler ensemble et mettre en place des projets dans les secteurs de la santé, de l'éducation et de l'emploi », explique Ali, en ajoutant : « Avec cette idée, je réécris ma propre histoire. »

Ali voit que sa vie s'améliore et que ses projets décollent. Son frère va sans doute obtenir bientôt la nationalité mexicaine et sa mère est arrivée au Mexique en novembre dernier, dans le cadre d'un programme de réunification familiale. Il est optimiste pour l'année 2007.

« Je veux que les gens sachent qu'un réfugié n'est pas quelqu'un qui a eu des problèmes et n'a jamais rien connu d'autre. Je veux changer la vision que les gens ont des réfugiés. Je suis une sorte d'ambassadeur. Je veux apporter ma pierre à l'édifice. »

Par Mariana Echandi à Tehuacán, Mexique