Journée internationale de la femme : Une femme réfugiée en Namibie devient responsable des actions de prévention contre le VIH/SIDA

La nomination d'une femme congolaise pour assurer un accompagnement auprès de ses compatriotes réfugiés en Namibie dans la prévention contre le VIH/SIDA est le symbole des efforts entrepris par l'UNHCR pour associer les réfugiés à la lutte contre cette épidémie. Souvent, dans leur pays d'origine, le taux d'infection est bien moindre que celui observé dans les communautés locales du pays hôte.

Bibish Bishimba Mwenze est chargée de la prévention contre le VIH/SIDA. Etant elle-même réfugiée, elle a réussi à établir une relation de confiance, essentielle dans son travail avec ses compatriotes.  © HCR/J.Redden

CAMP DE REFUGIES D'OSIRE, Namibie, 8 mars (UNHCR) - Face à une maladie à la fois mortelle et source de stigmatisation, chacun aspire à recevoir des conseils de la part d'une personne digne de confiance. C'est maintenant le rôle de Bibish Bishimba Mwenze, une réfugiée congolaise.

Fin 2006, la nomination de Bibish Bishimba Mwenze - après une formation sur le programme national - a été le symbole des efforts entrepris pour les réfugiés par l'UNHCR pour lutter contre le VIH/SIDA. Les réfugiés viennent souvent de pays où le taux d'infection est bien moindre que celui observé dans les communautés locales du pays hôte.

« Pour assurer un accompagnement, la confidentialité est une question importante ; les personnes doivent vous connaître. Si cette fonction était occupée par quelqu'un qui n'est pas réfugié, la langue serait déjà un problème en soi », a indiqué de sa voix douce Bibish Bishimba Mwenze, âgée de 29 ans, qui a appris le portugais et l'anglais en plus du français et du swahili qu'elle parlait déjà à son arrivée en Namibie. « Si cette fonction avait été attribuée à quelqu'un qui ne vit pas dans le camp, cette personne ne comprendrait pas notre culture. »

Le champ d'action de Bibish Bishimba Mwenze va s'élargir. Elle s'occupe déjà de sensibiliser la communauté sur la lutte contre le VIH/SIDA et d'accompagner individuellement les personnes avant et après leurs tests. Elle va désormais s'occuper de faire passer le test, ce qui va raccourcir le délai d'obtention des résultats, par rapport à un test effectué dans une clinique publique.

« Si nous faisons passer le test ici, nous avons les résultats en 10 à 15 minutes », a indiqué Bibish Bishimba Mwenze, qui a brillamment réussi sa formation et qui est maintenant salariée par la Société de la Croix-Rouge namibienne. « Nous avons besoin de travailler au sein même du camp pour que chacun sache qu'un accompagnement peut être assuré et qu'il est possible d'effectuer le test ici au centre de santé. »

Avant que cette réfugiée originaire de République démocratique du Congo (RDC) n'ait commencé son travail, il n'y avait pas de conseiller à plein temps pour la lutte contre le VIH/SIDA, dans ce camp situé dans une zone dépeuplée au milieu du désert de brousse, à près de trois heures de route de Windhoek, la capitale namibienne. Dans le camp de réfugiés, le médecin n'a pas le temps pour accompagner ceux qui passent des tests. Par ailleurs, personne n'était auparavant en charge de l'information sur la maladie pour les 6 500 résidents du camp.

La plupart des résidents du camp d'Osire sont originaires de l'Angola, un pays situé à la frontière nord de la Namibie. Quelque 3,7 pour cent de la population adulte, entre 15 et 49 ans, est séropositive en Angola, selon les statistiques de l'ONUSIDA pour 2006. Le second plus grand groupe de réfugiés au camp d'Osire est originaire de RDC, où 3,2 pour cent de la population adulte est séropositive.

En Namibie, où se situe le camp d'Osire, le pourcentage de la population adulte séropositive atteint 19,6 pour cent.

« La Namibie est confrontée à un taux très élevé d'infection par le VIH/SIDA », a indiqué Bibish Bishimba Mwenze à la clinique du camp. « Dans notre communauté, le degré de pauvreté est élevé, nombre de réfugiés ont perdu leurs parents et des enfants se livrent à la prostitution. Si les gens ne sont pas informés, ils transmettent le virus du VIH/SIDA. »

Bibish Bishimba Mwenze conseille les résidents d'Osire sur les comportements sexuels sans risque et elle donne la possibilité de passer un test du VIH ainsi que de bénéficier de soins. Le test est effectué sur une base volontaire, mais Bibish Bishimba Mwenze a observé un accroissement des demandes depuis qu'elle a commencé son travail à plein temps il y a quelques mois.

« Au début lorsque j'ai commencé, les gens ne venaient pas », a expliqué Bibish Bishimba Mwenze, dans le petit bureau où elle reçoit les autres réfugiés en privé. « Maintenant ils viennent du camp ou sont recommandés par le docteur. »

Les personnes séropositives sont alors examinées pour voir si elles devraient commencer un traitement antirétroviral (ARV) offert gratuitement par la Namibie depuis l'année dernière aussi bien aux réfugiés qu'à ses propres citoyens. Les antirétroviraux ne font pas disparaître le virus mais permettent de retarder la première attaque du SIDA, ce qui veut dire que le traitement est pris à vie. Quelque 20 réfugiés d'Osire, ainsi que cinq Namibiens des environs, reçoivent actuellement ce traitement à la clinique du camp.

Idéalement, Bibish Bishimba Mwenze souhaiterait voir venir les couples pour qu'ils fassent un test. Si un des membres du couple a contracté le VIH, la haine peut alors détruire toute opportunité de soutien mutuel. La stigmatisation qui entoure le VIH et le SIDA, et l'isolement qui en découle, constitue le plus grand défi auquel doit faire face la conseillère dans son travail avec les autres réfugiés.

« Si vous vous mettez à la place de la personne contaminée, vous pouvez alors comprendre, elle peut être accusée, et cela peut amener au divorce », a expliqué Bibish Bishimba Mwenze, qui a fui les viols et les crimes dans son pays natal la RDC, il y a trois ans, alors qu'elle commençait une carrière d'enseignante. « Ce n'est pas si facile. »

Par Jack Redden au camp de réfugiés d'Osire, Namibie