« Alléluia » : les réfugiés du Myanmar en Thaïlande disposent enfin d'une carte d'identité

Un programme d'un million de dollars mis en place par l'UNHCR fournit des documents d'identité du Gouvernement thaïlandais aux réfugiés vivant dans neuf camps. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés espère que ce n'est que le premier pas vers un assouplissement des règles qui ont maintenus enfermés 140 000 réfugiés pendant près de vingt ans.

Trois réfugiés du camp de Tham Hin, en Thaïlande, sont fiers de montrer les nouvelles cartes d'identité qui leur ont été délivrées par le gouvernement et qui vont améliorer leur protection.  © HCR/B.Han

CAMP DE REFUGIES DE THAM HIN, Thaïlande, 12 avril (UNHCR) - Lorsqu'il a reçu sa nouvelle carte d'identité jeudi, Gay Htoo, un réfugié karen de 38 ans, a remercié le Seigneur de pouvoir se sentir enfin en sécurité, un sentiment auquel il était si peu habitué.

« Ce document prouve mon statut de réfugié et, si je suis arrêté, je sais que je serai renvoyé en sécurité au camp, au lieu d'être emmené à la frontière avec le Myanmar », raconte ce pasteur chrétien. « Alléluia. »

La distribution des documents d'identité délivrés par le Gouvernement thaïlandais a commencé cette semaine dans deux camps, Ban Don Yong et Tham Hin, situés dans l'ouest de la Thaïlande, près de la frontière avec le Myanmar. Cela représente l'aboutissement de trois ans de travail accompli par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés. Grâce à ce programme d'un million de dollars, quelque 88 000 réfugiés devraient obtenir la fameuse carte en plastique ce mois-ci.

Gay Htoo espère que, grâce à elle, les familles réfugiées ne seront plus séparées, comme cela a été le cas dans sa paroisse, lorsque certaines personnes sont sorties sans permission et ont ensuite disparu.

« Les cartes d'identité constituent un moyen important pour améliorer la protection des réfugiés, car l'élément le plus basique dans le domaine de la protection est de pouvoir prouver son identité », a indiqué Hasim Utkan, le délégué de l'UNHCR en Thaïlande. « En même temps, nous espérons que les cartes d'identité ne seront que la première étape d'une série de mesures pour ouvrir les camps, où habitent les réfugiés depuis plus de vingt ans. »

En Thaïlande, les 140 000 réfugiés - principalement originaires du Myanmar - habitant dans neuf camps gérés par le gouvernement le long de la frontière avec le Myanmar ne sont pas officiellement autorisés à sortir des camps.

Lors de sa visite dans le pays l'année dernière, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres avait insisté auprès du Gouvernement thaïlandais pour qu'il accorde aux réfugiés une plus grande liberté de mouvement, spécialement pour qu'ils puissent travailler en dehors des camps et participer au développement économique thaïlandais, confronté à une pénurie de main-d'oeuvre. António Guterres avait aussi souligné que de nombreux réfugiés travaillaient déjà illégalement et qu'ils devraient pouvoir, en toute légalité, se construire un avenir meilleur.

Si le gouvernement autorise le travail légal des réfugiés en dehors des camps, les cartes d'identité leur permettront de prouver leur identité et leur statut de protection spécifique, s'ils sont pris dans l'une des opérations de répression menées périodiquement contre les migrants irréguliers dans le pays.

Les cartes d'identité, émises par le Département thaïlandais de l'administration provinciale pour tous les réfugiés âgés de plus de 12 ans, constituent la dernière étape d'un projet d'un million de dollars financé par l'UNHCR, pour mettre en place une base de données informatisée.

Pendant le mois d'avril, le gouvernement prévoit de distribuer environ 88 000 cartes ; de nouvelles cartes seront émises ultérieurement dès que les enfants atteindront l'âge de 12 ans, ou quand de nouveaux réfugiés seront reconnus par les commissions d'admission provinciales du gouvernement.

Les cartes, qui comportent une photo et une bande magnétique, indiqueront à la fois à l'UNHCR et aux fonctionnaires thaïlandais le nom et l'âge du réfugié, ainsi que le camp où il ou elle est enregistré(e). Les empreintes digitales des pouces droit et gauche sont aussi enregistrées sur la bande magnétique.

Ba Bar, un ouvrier agricole réfugié âgé de 46 ans, s'est dit confiant sur le fait que les cartes d'identité vont améliorer sa sécurité et sa vie, même s'il avoue qu'il ne voit pas comment. Au moins, a-t-il dit, « la carte d'identité est préférable à un simple formulaire d'enregistrement. »

Hasim Utkan, le délégué de l'UNHCR en Thaïlande, a souligné que l'UNHCR était « satisfait d'avoir pu progresser avec le Gouvernement thaïlandais sur certains problèmes dont le Haut Commissaire avait discuté lors de sa visite en août dernier, comme les cartes d'identité et des opportunités accrues d'éducation au sein des camps, y compris l'apprentissage de la langue thaïlandaise. « Maintenant », a-t-il ajouté, « nous espérons un assouplissement des lois qui ont maintenu les réfugiés enfermés dans les camps pendant si longtemps. »

Par Bola Han à Tham Hin et Kitty McKinsey à Bangkok, Thaïlande