Conférence sur l'Iraq : Après avoir fui deux fois à l'intérieur de l'Iraq, une famille trouve refuge en Espagne

Dans un pays où quiconque peut devenir une victime de la violence, les minorités iraquiennes se sentent particulièrement menacées. Parmi ceux qui ont été forcés de fuir, se trouve une famille qui s'était convertie à la religion chrétienne et qui a maintenant trouvé refuge en Espagne.

Un agent de police iraquien devant une église catholique de Bagdad. En 1987, il y avait 1,4 million de chrétiens en Iraq, alors qu'aujourd'hui on n'en dénombre que moins d'un million, dans un pays de 26 millions d'habitants.  © Reuters/Thaier Al-Sudani

MADRID, Espagne, 12 avril (UNHCR) - Dans un pays où quiconque peut devenir une victime de la violence, les minorités iraquiennes se sentent particulièrement menacées ; parmi ceux qui ont été forcés à fuir, se trouve une famille qui s'était convertie à la religion chrétienne et qui a aujourd'hui trouvé refuge en Espagne.

Les Palestiniens réfugiés en Iraq ont subi des attaques. Les musulmans sunnites ont été expulsés des zones musulmanes chiites, et les Chiites des zones sunnites. Les Kurdes ont fui les régions arabes, les Arabes les régions kurdes. Dans cet environnement violent, les Iraquiens chrétiens - une partie de la population qui est ancienne mais en train de décroître - ont souvent été pris pour cibles.

Près de deux millions d'Iraquiens sont actuellement déplacés à l'intérieur du pays et quelque deux millions d'autres ont fui à l'étranger. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a convié les 193 pays membres des Nations Unies à une conférence sur la réponse aux besoins humanitaires relatifs aux déplacements en Iraq et dans les pays voisins, qui se tiendra les 17 et 18 avril à Genève.

« Les chrétiens quittent Bagdad et toute la partie centrale du pays. Les églises sont vides », dit Tessa*, qui a fui en Espagne avec son mari et ses deux enfants en 2005. Elle s'inquiète de ce que la communauté iraquienne chrétienne, qui est presque aussi ancienne que la religion elle-même, ne disparaisse bientôt complètement.

Pour Tessa et Nabil*, la menace a été encore plus importante que s'ils avaient été musulmans. Nabil a décidé de se convertir au christianisme en 2001. La situation a empiré lorsque Tessa s'est aussi convertie en 2003, après avoir failli mourir d'un cancer. La famille sunnite de Tessa a alors coupé tout contact.

Nabil a commencé à recevoir des menaces et en janvier 2005, il a trouvé une bombe devant sa maison. Ses employés ont été menacés et son magasin a été incendié. Les deux enfants, qui ont été baptisés en 2005 à l'âge de 10 et 12 ans, pouvaient être kidnappés par des groupes qui demandent des « taxes » pour la pratique de leur religion.

Au 16ème siècle, les Chrétiens constituaient la moitié de la population en Iraq. En 1987, il y avait toujours 1,4 million de chrétiens, mais maintenant ils sont moins d'un million dans un pays comptant 26 millions d'habitants. Après une vague de violence contre les églises chrétiennes en octobre 2004, cinq églises avaient été bombardées en une seule journée, la discrimination a augmenté. Des militants ont attaqué des magasins vendant de l'alcool et ont averti les femmes chrétiennes qu'elles devaient porter la tenue islamique.

Agé de 48 ans, Nabil et sa famille avaient une situation financière confortable. Il était propriétaire d'un centre esthétique, et sa femme était professeur à l'université d'agriculture à Bagdad. Mais ils ont pris la décision de fuir. « Les chrétiens sont terrorisés en Iraq. Ils vivent dans la peur et l'insécurité à cause des exécutions et des attentats suicide », a expliqué Nabil.

Avec l'aide de la paroisse, la famille est partie à Dahuk, une ville située au nord de l'Iraq. Ils y ont vécu en sécurité durant quelques mois seulement avant de recommencer à recevoir des menaces. Même les membres locaux de leur église ont commencé à craindre de les héberger. Leurs enfants ne pouvaient pas aller à l'école.

Nabil et sa famille se sont enfuis encore davantage au nord, à Arbil dans la région du Kurdistan, qui était devenue un havre de paix pour 20 000 Iraquiens déplacés depuis toute l'Iraq. Après deux mois, il est apparu qu'Arbil n'était plus un lieu de sécurité. Des rumeurs se sont propagées dans la ville sur le « danger » que représentait cette famille pour l'Islam.

« Notre présence créait des problèmes pour les personnes de notre entourage », a expliqué Nabil. Il a décidé en mai 2005 de quitter le pays. Portant un déguisement, Nabil est retourné seul à Bagdad et a reçu les visas. Le lendemain, il est rentré à Arbil, la famille est allée en voiture en Syrie. Le jour d'après, ils sont arrivés à Amman et quatre jours après, ils ont pris un vol pour l'Espagne où ils ont demandé l'asile.

En novembre dernier, les autorités espagnoles ont accordé le statut de réfugié à toute la famille de Nabil dans le cadre de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés sur la crainte fondée de persécution pour leur religion. L'Espagne accueille actuellement 45 réfugiés iraquiens et durant 2006, un autre groupe de 42 Iraquiens a demandé l'asile.

« L'Espagne nous a permis de pratiquer notre religion en toute liberté, sans ressentir aucune culpabilité. Mes enfants peuvent aller à l'école et jouer dans un parc sans être entourés de gardes équipés de kalachnikovs et ma femme ne se sent plus en prison, même si elle ne travaille plus », a expliqué Nabil.

La famille, qui habite maintenant près du centre de Madrid, s'intègre lentement tout en surmontant la barrière du langage. Elle n'éprouve aucun regret d'être partie. « Quand la vie est risquée, vous faites tout pour vous protéger, vous-même et votre famille », a expliqué Nabil au sujet des mesures désespérées que prennent les Iraquiens pour chercher la sécurité.

« Je ne crois pas que la violence et l'instabilité dans mon pays cesseront d'ici quelques années. Tous les Iraquiens - chrétiens et musulmans - vivent dans une situation sans aucune solution en vue », a-t-il dit. « Les tragédies se suivent et davantage fuient chaque jour pour rechercher la sécurité dans les pays avoisinants ou sur un autre continent. »

* Noms fictifs

Par Francesca Fontanini à Madrid, Espagne