Le HCR craint pour la sécurité des civils congolais pris au piège des violences

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a demandé à tous les groupes armés de la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, de cesser immédiatement les attaques perpétrées contre les civils. Pendant les trois derniers mois, la situation d'instabilité ininterrompue dans cette région a forcé quelque 123 000 Congolais à fuir leur foyer.

Un feu de camp dans un site de déplacés au Nord-Kivu. Pendant les trois derniers mois, quelque 123 000 Congolais ont fui leur foyer dans cette province.  © HCR/J.Hesemann

KIWANJA, République démocratique du Congo, 9 mai (UNHCR) - Accroupis dans une cabane de boue après un orage tropical, les membres de l'équipe de surveillance de l'UNHCR écoutent dix femmes qui ont perdu leurs époux raconter leur terrible dilemme, vécu par des dizaines de milliers d'autres personnes déplacées dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC).

« La population est prise au piège. Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) nous accusent de collaborer avec les militaires, et les militaires nous accusent de collaborer avec les FDLR », dit une des femmes. Toutes ont fui leurs villages et cherché un refuge sûr au site pour personnes déplacées de Kiwanja.

Même si les combats de grande ampleur entre forces armées rivales se sont calmés dans la région, dans le Nord-Kivu les civils continuent d'être confrontés à des menaces, des attaques et même des assassinats et des viols. Pendant les trois derniers mois, la situation d'instabilité ininterrompue dans cette province a forcé quelque 123 000 Congolais à fuir leur foyer. Certains vivent dans des abris peu solides dans des sites pour déplacés, d'autres sont hébergés par des familles d'accueil.

L'UNHCR est très préoccupé par les déplacements de civils et par le fait que des innocents soient pris pour cible. « L'incendie des habitations de civils et les meurtres de civils doivent cesser immédiatement », insiste Ralf Gruenert, le délégué adjoint de l'UNHCR en RDC, chargé de la protection. « Nous appelons instamment tous les groupes armés du Nord-Kivu à s'abstenir de toute violation du droit international humanitaire et de toute violation des droits humains », a-t-il déclaré.

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés et ses partenaires humanitaires ont renforcé leurs visites auprès des sites accueillant des personnes qui ont fui leur foyer lors de la dernière vague de déplacements internes survenue dans l'est du pays. Ce mouvement a fait suite au déploiement, en février dernier, de nouvelles brigades brassées dans le Nord-Kivu et au lancement d'opérations militaires par le Gouvernement de la RDC contre les FDLR le mois dernier. Les brigades brassées incluent à la fois des troupes de l'armée régulière et d'anciens groupes armés dissidents.

L'étendue exacte des abus commis dans le Nord-Kivu reste inconnue car les travailleurs humanitaires n'ont pas accès à certaines zones pour des raisons de sécurité. Toutefois, d'après les informations recueillies auprès des personnes déplacées qui ont pu être interrogées à Kiwanja, il ne fait pas de doute que le problème est grave.

Bangamabo Jeton a ainsi expliqué que son fils aîné, âgé de 29 ans, avait été tué en février dernier, après l'arrivée d'une brigade gouvernementale brassée dans leur village de Kiseguru « Je continue à me demander pourquoi mon fils aîné a été assassiné. Il n'était ni un bandit ni un soldat. Je me pose la question mais elle reste sans réponse », explique cet homme accablé par la peine, qui s'est enfui avec sa femme et ses deux enfants encore vivants pour rejoindre le village de Makoka.

« A Makoka, la situation est allée de pire en pire. Des bandits pénétraient dans les maisons pendant la nuit pour voler. Je ne voulais pas mourir comme mon fils ; c'est pour cette raison que j'ai fui jusqu'ici [début mai] », précise Bangamabo Jeton. Les troupes onusiennes de maintien de la paix protègent le site où, avec sa famille et d'autres encore, il a désormais trouvé refuge.

Le professeur Patrice Luandu*, 36 ans, raconte comment il a perdu tout ce qu'il possédait lorsque des hommes armés de fusils et de machettes, appartenant selon lui au FDRL, sont venus dans son village, Kasave. « La première fois qu'ils sont venus, ils ont demandé de l'argent et ils ont pris les vêtements de ma femme », dit-il, avant d'expliquer que ces mêmes hommes sont ensuite revenus pour exiger davantage. Avec sa famille, l'enseignant a décidé de dormir dans la brousse la nuit, avant de finalement rejoindre Kiwanja la semaine dernière.

L'UNHCR, qui travaille en partenariat avec d'autres agences des Nations Unies, distribue de l'aide à une grande partie des déplacés récemment arrivés dans le Nord-Kivu. Parallèlement, les équipes de l'agence qui assurent le suivi de la situation offrent une écoute attentive aux civils pour qu'ils puissent leur faire part de leurs problèmes. Parmi cette population diverse figurent des enfants et des femmes, qui sont souvent réticents à l'idée d'exprimer leurs difficultés en présence d'hommes. La réunion qui vient de se dérouler avec 10 veuves en est l'illustration.

Un autre objectif poursuivit dans le cadre de ce travail de surveillance est d'identifier, par l'intermédiaire des déplacés eux-mêmes, leurs besoins principaux. Les femmes veuves interrogées ont ainsi expliqué que l'accès à l'eau potable était un problème. Les adolescents ont, quant à eux, fait part de leurs craintes d'être recrutés par des groupes armés comme cela a été le cas pour certains de leurs amis. D'autres mentionnent les soins de santé et les abris d'urgence.

Plus d'un million de personnes restent déplacées au sein des frontières de la RDC, dont plus de 600 000 au Nord-Kivu selon les estimations. Quelque 340 000 Congolais sont réfugiés, pour la plupart dans les pays voisins de la région des Grands Lacs.

* Nom modifié pour des motifs de protection

Par Jens Hesemann depuis Kiwanja, en République démocratique du Congo