Moins de la moitié des rapatriés enregistrés vivent en Croatie, selon une étude du HCR

Une enquête commandée par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés a permis de montrer que moins de la moitié des quelque 120 000 Serbes ethniques enregistrés comme ayant été rapatriés en Croatie vivent effectivement dans ce pays.

Le Président croate Stjepan Mesic s'exprime à l'occasion de la présentation de l'étude de l'UNHCR sur le caractère durable du retour des minorités en Croatie.  © HCR/N.Crvenkovic

ZAGREB, Croatie, 16 mai (UNHCR) - Une enquête commandée par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés a permis de montrer que moins de la moitié des quelque 120 000 Serbes ethniques enregistrés comme ayant été rapatriés en Croatie vivent effectivement dans ce pays.

« Nous estimons que le taux effectif de rapatriés se situe à environ 43 pour cent du nombre total de rapatriés enregistrés », précisent les auteurs du rapports, des étudiants de l'Université de Zagreb, Milan Mesic et Dragan Bagic, lors de la présentation publique ici, mardi, à laquelle ont participé le Président croate Stjepan Mesic ainsi que d'autres personnalités.

L'enquête a aussi déterminé que 40 pour cent des rapatriés enregistrés se sont installés dans des zones - principalement en Serbie ou en Bosnie Herzégovine - où ils avaient trouvé refuge durant la guerre pour l'indépendance de la Croatie entre 1991 et 1995, mais ils reviennent en Croatie au moins une fois par an. Quelque six pour cent résident par ailleurs sporadiquement en Croatie, alors qu'environ 11 pour cent des rapatriés sont décédés.

L'étude sur « la durabilité du retour des minorités en Croatie » a été menée selon trois objectifs : obtenir un chiffre fiable sur les rapatriés enregistrés qui vivent réellement en Croatie, créer des indicateurs de base pour la durabilité du retour en Croatie et utiliser ces résultats pour aider à développer des politiques pour améliorer les conditions pour les rapatriés.

L'étude a été effectuée auprès d'un échantillon représentatif de 1 450 rapatriés enregistrés, entre septembre et décembre 2007 avec l'aide de la Croix-Rouge croate et le Forum démocratique serbe. Elle a aussi déterminé que quelque 43 pour cent des rapatriés sont âgés de plus de 60 ans et que 46 pour cent sont retraités. L'âge moyen de tous les rapatriés est de 51 ans, en comparaison de l'âge moyen des Croates qui est de 39 ans.

L'étude a aussi démontré que 31 pour cent des Serbes rapatriés sont sans emploi, la proportion de chômeurs étant de 17 pour cent en Croatie. Seuls huit pour cent étaient salariés ou travaillaient à leur propre compte, tandis que 11 pour cent dépendaient de l'aide humanitaire.

Parallèlement, quelque 88 pour cent des rapatriés vivaient dans la même maison ou le même appartement qu'avant leur fuite ; 43 pour cent des personnes interrogées ont dit être satisfaites de leur habitat et 28 pour cent font ouvertement part de leur mécontentement quant à leurs conditions de logement. Dans un registre plus positif, l'étude a révélé que 73 pour cent des personnes interrogées sont persuadées que leurs conditions se sont améliorées.

Milan Mesic et Dragan Bagic ont conclu que la façon la plus efficace d'assurer un retour durable et plus large des Serbes consiste à développer et mettre en oeuvre des programmes pour relancer l'économie dans les zones de retour et stimuler les ressources pour l'emploi et l'esprit d'entreprise des rapatriés serbes et de la population croate majoritaire.

Wilfried Buchhorn, le délégué de l'UNHCR en Croatie, a indiqué qu'il était d'accord avec les conclusions du rapport. « L'étude a confirmé que la situation sécuritaire, les problèmes liés au statut et à la propriété ne sont plus considérés comme des obstacles majeurs au retour. Un effort concerté et accru au niveau national, mais aussi international, est donc requis pour améliorer les conditions de vie et les opportunités d'emploi pour les rapatriés », a-t-il dit. « En même temps, un hébergement approprié devrait être assuré pour toutes les personnes qui souhaitent rentrer et rester en Croatie. »

Par ailleurs, le gouvernement a promis de travailler à la poursuite du retour et de la réintégration de la communauté serbe de Croatie. « Faciliter le retour des réfugiés serbes en Croatie n'est pas un geste de charité ou de générosité envers les Serbes. La création de conditions de retour pour tous, y compris les Serbes, va dans l'intérêt du pays, au vrai sens du terme », a indiqué le Président Stjepan Mesic lors de son discours à l'occasion de la présentation des résultats de l'étude.

« Il n'y a pas d'alternative au processus de retour, et il ne devrait y en avoir aucune. Il n'y a pas d'autre alternative que la coexistence, la tolérance et l'égalité de tous les citoyens de ce pays », a-t-il ajouté.

Par Neven Crvenkovic à Zagreb, Croatie