Questions/Réponses : Un nombre croissant de demandeurs d'asile approchent le HCR en Israël

L'ancien diplomate israélien Mickey Bavly est le délégué honoraire du HCR à Jérusalem depuis 1999. Il nous parle de la politique israélienne sur la question des réfugiés et de sa charge de travail croissante concernant les demandeurs d'asile.

Mickey Bavly, délégué honoraire de l'UNHCR à Jérusalem.  © HCR/S.Hopper

GENEVE, le 13 juillet (UNHCR) - L'ancien diplomate israélien Mickey Bavly est le délégué honoraire de l'UNHCR à Jérusalem depuis 1999. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés n'a aucun rôle concernant la question des réfugiés palestiniens, mais un nombre croissant de demandeurs d'asile venant d'Afrique - en particulier des Soudanais - approchent les bureaux de l'UNHCR. Mickey Bavly a récemment parlé de son travail et de l'approche d'Israël sur la question des réfugiés lors d'un entretien avec Astrid van Genderen Stort, chargée de l'information publique de l'UNHCR, dont voici des extraits :

Parlez nous de la présence de l'UNHCR en Israël

L'UNHCR travaille en Israël depuis 25 ans environ. Lors des 17 premières années, le travail consistait principalement à recevoir les requêtes de demandeurs d'asile, à préparer leurs dossiers et à les envoyer à Genève pour une décision finale - le Gouvernement israélien acceptant les décisions de Genève la plupart du temps. En 17 ans, quelques 60-70 personnes - principalement des Ethiopiens - en ont bénéficié.... C'était une longue et difficile procédure.

Je suis venu en tant que correspondant honoraire et j'ai commencé à établir le bureau de Jérusalem. Le bureau s'est agrandi au même rythme que l'augmentation du nombre des demandeurs d'asile. La prochaine étape était de transmettre la prise de décision au Gouvernement israélien. Le Gouvernement israélien a demandé à l'UNHCR de continuer à réaliser la première étape d'estimation, d'entretien et de présentation des recommandations.... Nous effectuons des entretiens avec les demandeurs d'asile et faisons des recommandations au gouvernement, à un organe spécial dirigé par un juriste indépendant et composé des Ministres de l'intérieur, des affaires étrangères et de la justice. Le comité établit ensuite une recommandation basée sur notre dossier.

Aujourd'hui, nous avons un représentant honoraire à Jérusalem et notre bureau principal a été ouvert le 1er février à Tel Aviv et est dirigé par un officier de liaison.

Quelle est votre charge de travail ?

Au fur et à mesure que le temps a passé, le nombre de demandes d'asile a augmenté. Nous avons reçu quelque 6 000 demandes d'asile. De nombreux demandeurs d'asile venaient de pays en guerre, ou en crise. Nous avons persuadé le Gouvernement israélien d'autoriser les citoyens de pays tels que la Sierra Leone, le Libéria, la République démocratique du Congo, la Côte d'Ivoire et le Togo de rester en Israël jusqu'à la fin du conflit dans leur pays. L'étape suivante était de leur obtenir le droit de travailler, un statut légal et le fait de ne pas être arrêtés ou expulsés. Maintenant cela marche très bien.

Chaque année, des demandeurs d'asile arrivent aussi en Israël, non pas à cause d'une crise déchirant leur pays, mais car ils sont personnellement persécutés.

Dans l'ensemble, entre 1 300 et 1 400 personnes attendent actuellement un entretien. Sur ce total, nous sommes plus préoccupés par quelque 200 Erythréens qui sont actuellement en prison, dont beaucoup étaient attirés par les perspectives d'emploi.

Certains demandeurs d'asile sont rentrés dans leur pays. Ceux qui séjournent illégalement et n'ont pas eu le droit de rester sont expulsés ... à moins d'être ressortissants de pays définis comme ennemis selon la loi israélienne ... car leur pays d'origine peut considérer défavorablement que le fait que ces personnes aient fui vers l'Israël et ils peuvent être en danger s'ils rentrent chez eux.

Nous avons des arrangements spéciaux pour eux. Avec l'aide de Genève, nous avons réinstallé beaucoup d'entre eux ces dernières années. Le problème est devenu plus important et compliqué quand des réfugiés soudanais, cherchant de meilleurs conditions de vie ont commencé à arriver [dans la première moitié de l'année dernière] dans le pays après avoir traversé le désert du Sinaï avec des passeurs. Le nombre d'arrivées actuelles s'élève entre 200 et 300 personnes par mois. Ce problème implique une importante pression sur le système de protection du pays et une solution doit être trouvée. Toutes les personnes concernées y travaillent.

Israël a signé la Convention sur les réfugiés de 1951, mais a-t-elle des lois sur les réfugiés ?

Non, Israël n'a pas de loi sur les réfugiés, et je pense que de façon psychologique, la raison est que la plus important crise de réfugiés à laquelle Israël a dû faire face est celle du problème palestinien. Bien que les réfugiés palestiniens dépendent de la compétence de l'UNRWA [L'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient], ils ne font pas partie de la Convention. Bien que toute loi sur les réfugiés en Israël ne doive pas faire référence au problème avec les Palestiniens, les politiciens ne font pas toujours la distinction et sont hésitants en ce qui concerne la législation nationale sur les réfugiés. Nous avons donc contourné le problème et créé des régulations telles que le droit au travail, la protection temporaire, le non refoulement. Nous avons assemblé des briques. Quand suffisamment de ces briques ont été acceptées, le Ministre de la Justice pourrait venir devant le parlement et annoncer, « Vous voyez, il y a maintenant 25 briques - nous pouvons maintenant en faire une loi de 25 articles ».

Quand nous faisons face à un problème qui devrait être résolu par la loi, nous essayons de le résoudre d'une autre façon avec la bonne coopération des autorités. Les autorités sont très conscientes de l'importance de traiter la question des réfugiés et des demandeurs d'asile d'une façon humaine et ils sont reconnaissants du travail de l'UNHCR à ce sujet.

Y a-t-il un désir de promulguer une loi bientôt ?

Je pense que lorsque nous aurons résolu le problème de la crise soudanaise, qui a eu une grande couverture médiatique et est passé devant le parlement ... le ciel sera notre seule limite pour d'autres actions. S'il n'est pas résolu et que les frontières deviennent des passoires et que des milliers de Soudanais arrivent dans le pays, le système s'effondrera. Le gouvernement ne le tolérera pas et trouvera alors des moyens de stopper ce flux. Si nous pouvons le faire d'une façon diplomatique, ce sera un succès dans lequel l'opinion publique a été impliquée et est devenue, dans le processus, beaucoup plus consciente du problème des réfugiés.

Si aucune solution n'est trouvée, Israël pourrait-il interdire l'entrée aux Soudanais ?

Il est important d'insister sur les perspectives de protection et le fait qu'il n'y a aucun risque de refoulement [retour forcé] depuis Israël même si certains cas sont très compliqués à gérer par Israël en fonction de ses propres lois et compte tenu des circonstances dans la région. Il n'y a pas de risque, cela n'est pas arrivé et n'arrivera probablement pas.

Est-ce que la crise libanaise, l'année dernière, a accru la charge de travail du Bureau ?

La crise libanaise n'a pas affecté le travail du bureau, pas plus qu'elle n'a influencé l'afflux ou le nombre des demandeurs d'asile. Nous avons eu beaucoup de travail lors du début de la seconde Guerre du Golfe [Mars 2003] lorsque nous devions vérifier que tous les demandeurs d'asile dans le pays aient reçu leur masque à gaz.

Le conflit au Liban (12 juillet - 14 août 2006] a été plus un problème interne au pays d'Israël qu'un problème avec les demandeurs d'asile. Un demi-million d'Israéliens ont fui depuis le nord ; nous avions environ un demi-million de personnes déplacées internes. Ils n'avaient pas besoin de l'UNHCR pour résoudre leurs problèmes, ils avaient leur famille, il y avait des hôtels, ils avaient tout ce dont ils avaient besoin et ils sont rentrés chez eux une heure après le cessez-le-feu.

Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre l'UNHCR après une longue carrière diplomatique ?

Lorsque j'ai pris ma retraite, j'avais prévu de travailler dans le domaine de la musique, la musique classique. Puis on m'a proposé de rejoindre l'UNHCR ... je voulais faire ce travail pour m'assurer qu'Israël conserve un visage humain dans son application de la Convention relative au statut des réfugiés, des réfugiés et des demandeurs d'asile et que cela ouvre la voie que j'aimerais voir suivre par mon pays sur chaque question touchant aux droits de l'homme. Si je peux y contribuer, c'est ma plus grande fierté