De nouvelles conditions d'obtention pour les visas syriens empêchent l'arrivée de la plupart des Iraquiens

Le personnel de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés en visite à la frontière iraqo-syrienne a constaté que le point de passage était pratiquement désert. Cela fait suite à l'introduction, par le Gouvernement syrien, de nouvelles conditions pour l'obtention de visas, imposées à presque tous les Iraquiens qui souhaitent entrer en Syrie.

Des réfugiés iraquiens attendant à la frontière d'Al Tanf, en 2004. A cette époque, l'entrée en Syrie était plus facile.  © HCR/M.Bernard

DAMAS, 11 septembre (UNHCR) - Le personnel de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés en visite à la frontière iraqo-syrienne a constaté que le point de passage était pratiquement désert. Cela fait suite à l'introduction, par le Gouvernement syrien, de nouvelles conditions pour l'obtention de visas, imposées à presque tous les Iraquiens qui souhaitent entrer en Syrie.

Lorsque le personnel de l'UNHCR s'est rendu lundi à la frontière, c'était la première fois depuis des mois, si ce n'est des années, que pratiquement personne n'était en train d'attendre. A l'exception de certaines catégories professionnelles, les Iraquiens doivent désormais demander un visa auprès de l'ambassade syrienne à Bagdad.

« Ces dispositions signifient concrètement qu'il n'y a plus d'endroit sûr pour les Iraquiens fuyant la violence et les persécutions à l'extérieur de l'Iraq. On estime que 2 000 Iraquiens fuient leur foyer chaque jour à l'intérieur du pays, donc nous sommes de plus en plus préoccupés par leur sort, car les alternatives pour qu'ils puissent trouver un abri sûr sont réduites », a déclaré le porte-parole de l'UNHCR, Ron Redmond.

Les détails précis de la nouvelle politique de visas n'ont pas encore été publiés par le Gouvernement syrien. L'UNHCR démarche activement en faveur d'un visa « humanitaire » pour les personnes fuyant la violence et les persécutions.

Selon des informations du Ministère de l'intérieur, du Ministère des affaires étrangères et du Département de l'immigration, les visas sont désormais délivrés pour des raisons d'ordre commercial (avec le soutien de la Chambre de commerce), scientifique (avec le soutien de la Chambre de l'industrie), liées au transport et à l'éducation. Des discussions avec le Ministère de l'éducation indiquent que les familles ayant des enfants scolarisés pourraient bénéficier d'un visa d'un an, mais cette information n'a pas été confirmée.

L'UNHCR a reçu l'assurance de la part de plusieurs autorités gouvernementales que la Syrie n'expulserait pas des réfugiés iraquiens résidant actuellement dans le pays. La Syrie a été bien sûr extrêmement généreuse en acceptant près de 1,4 million d'Iraquiens, avec un soutien international limité.

Il est trop tôt pour dire si la Syrie fera des exceptions à sa politique de visas sur une base humanitaire, en faveur des personnes fuyant la violence et les persécutions.

L'ambassade syrienne à Bagdad se trouve dans le quartier d'Al Mansour, une zone qui continue à être le théâtre de fréquentes violences sectaires. Les Iraquiens ont dit à l'UNHCR qu'ils seraient en danger de mort s'ils étaient obligés de se rendre dans ce quartier pour demander un visa.

Entre-temps, Adel Imam, l'ambassadeur de bonne volonté de l'UNHCR, est arrivé en Syrie pour une visite de deux jours. L'acteur veut se rendre compte par lui-même du sort de centaines de milliers de familles déracinées par le conflit en cours en Iraq.

Il est prévu qu'Adel Imam rencontre mardi l'épouse du Président syrien, les ministres de l'éducation, de la culture et de l'information, le Ministre adjoint des affaires étrangères ainsi que le Président du Croissant-Rouge arabe syrien.

Adel Imam va aussi rencontrer des réfugiés iraquiens dans le centre d'enregistrement de l'UNHCR de Douma et dans les dispensaires du Croissant-Rouge arabe syrien. La visite d'Adel Imam coïncide avec la rentrée scolaire en Syrie, où un nombre nettement plus élevé d'enfants iraquiens s'est inscrit dans les écoles publiques. L'ambassadeur de bonne volonté va également participer à la campagne de l'UNHCR en faveur du retour à l'école, qui encourage les réfugiés iraquiens à inscrire leurs enfants.

Fin juillet, l'UNHCR et l'UNICEF ont lancé un appel commun de 129 million de dollars afin de remettre sur le chemin de l'école quelque 155 000 jeunes réfugiés iraquiens à travers tout le Moyen-Orient. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés estime que plus de 4,2 millions d'Iraquiens ont quitté leur foyer, dont deux millions se sont rendus dans des pays voisins et 2,2 millions sont déplacés à l'intérieur de l'Iraq.

Par Sybella Wilkes à Damas