La distinction Nansen pour les réfugiés remise à une avocate maltaise lors d'une cérémonie à Genève

La prestigieuse distinction Nansen pour les réfugiés a été remise lundi à l'avocate Katrine Camilleri, en reconnaissance de son dévouement pour aider les réfugiés arrivant à Malte et de son refus de se laisser intimider par les menaces de ceux qui s'opposent à son travail.

La médaille Nansen est remise à Katrine Camilleri par le Haut Commissaire António Guterres.  © HCR/S.Hopper

GENEVE, 1er octobre (UNHCR) - La prestigieuse distinction Nansen pour les réfugiés a été remise, lundi soir à Genève, à l'avocate Katrine Camilleri, en reconnaissance de son dévouement pour aider les réfugiés arrivant sur l'île méditerranéenne de Malte et de son refus de se laisser intimider par les menaces de ceux qui s'opposent à son travail.

« C'est un privilège pour l'ensemble d'entre nous de remettre la distinction Nansen pour les réfugiés à un ange », a déclaré le Haut Commissaire pour les réfugiés, António Guterres, avant de remettre le prix devant de nombreux invités.

En acceptant la distinction, Katrine Camilleri, 37 ans, a rendu hommage au Service Jésuite pour les Réfugiés (JRS) de Malte, dont le département juridique qu'elle dirige défend les intérêts des demandeurs d'asile qui risquent la détention après leur arrivée à Malte.

« Je partage cet honneur avec chaque membre du Service Jésuite des Réfugiés à travers le monde ; lorsque l'un d'entre nous reçoit un hommage, il nous honore tous, car nous partageons la même mission - accompagner, servir et défendre les droits des réfugiés et des autres personnes déplacées de force. » António Guterres a également loué le JRS pour être un partenaire de grande valeur pour l'UNHCR.

La distinction, attribuée chaque année, est dotée d'une médaille et d'un prix de 100 000 dollars offert par la Norvège et la Suisse. Elle est remise à une personne ou une organisation en reconnaissance des services exceptionnels rendus à la cause des réfugiés.

Katrine Camilleri a indiqué qu'elle prévoyait d'utiliser la somme reçue pour consolider les projets du Service Jésuite des Réfugiés et développer de nouveaux services. Parmi ceux-ci, figurent la production de DVD en plusieurs langues présentant des informations à l'intention des demandeurs d'asile n'ayant pas un niveau d'alphabétisation élevé, en particulier aux femmes ; la création d'un fond légal pour aider les demandeurs d'asile à avoir accès aux tribunaux ; le financement de formations de médiateurs culturels, et leur utilisation.

Le comité de la distinction Nansen pour les réfugiés a déclaré avoir sélectionné Katrine Camilleri « en reconnaissance de son dévouement exceptionnel à la cause des réfugiés et de son travail remarquable, à travers le Service Jésuite des Réfugiés, pour la protection et l'assistance aux réfugiés et aux personnes déplacées. »

Le comité s'est félicité des efforts inlassables du docteur Camilleri pour faire avancer et défendre la cause des réfugiés et s'est déclaré impressionné par le courage politique qu'elle a démontré dans la gestion de la situation des réfugiés à Malte.

Née en 1970, Katrine Camilleri est entrée en contact avec des réfugiés lorsqu'elle a commencé à travailler dans un petit cabinet d'avocats, après avoir obtenu son diplôme à l'Université de Malte en 1994. Après avoir aidé à empêcher l'expulsion d'un demandeur d'asile libyen qui risquait d'être persécuté s'il rentrait dans son pays, son intérêt pour la cause des réfugiés s'est développé et, en 1997, elle a commencé à collaborer avec le bureau de Malte du Service Jésuite des Réfugiés.

En 2000, elle a défendu le cas d'un demandeur d'asile emprisonné et, rapidement, d'autres détenus ont demandé son aide. Le Service Jésuite des Réfugiés est devenu la première organisation à offrir régulièrement un service juridique professionnel à des détenus.

En 2002, le nombre de demandeurs d'asile et de migrants économiques arrivant en bateau sur les côtes maltaises a enregistré une nette augmentation - une situation similaire à celle de nombreux autres pays méditerranéens en Europe. Convaincu que les demandeurs d'asile en détention étaient les personnes ayant le plus besoin d'aide, le JRS a concentré de manière croissante son action sur les centres de rétention administrative.

Le docteur Camilleri, mère de deux enfants, a consacré son énergie à développer les services du JRS, en obtenant des fonds pour employer davantage de personnel qualifié et mettre en place de nouveaux projets, offrant des aides sociales, des services pour la santé et l'éducation pour tous les réfugiés, quelles que soient leur race, leur religion ou leur ethnie.

Katrine Camilleri dirige aujourd'hui l'équipe juridique du Service Jésuite des Réfugiés de Malte, qui est composée de deux avocats et de deux travailleurs sociaux, qui non seulement traitent les demandes d'asile, mais présentent aussi des recours contre les détentions dans certains cas individuels et assurent le suivi du traitement des personnes se trouvant dans les centres. Consciente de la nécessité de former un plus grand nombre d'avocats au droit des réfugiés, Katrine Camilleri a aussi aidé à la création d'une section spécifique pour les étudiants en droit à l'Université de Malte, dans le cadre de laquelle ils étudient des cas réels, pouvant ainsi entrer en contact avec des demandeurs d'asile.

Avec la hausse du nombre des demandeurs d'asile arrivant à Malte, la migration irrégulière fait l'objet d'un débat politique très médiatisé. Le JRS sensibilise le public à la cause des réfugiés, au droit à l'asile et aux problèmes interculturels. Cependant, certaines personnes ont eu des réactions violentes, qui ont choqué les Maltais et suscité la condamnation du gouvernement.

L'année dernière, le JRS et Katrine Camilleri ont été la cible d'une série d'attaques. Neuf véhicules appartenant aux Jésuites ont été brûlés dans deux incidents séparés. Puis, en avril 2006, un incendie criminel a détruit la voiture de Katrine Camilleri et la porte d'entrée de sa maison. Cet incident, raconte-t-elle, n'a pas altéré son désir de venir en aide aux demandeurs d'asile, qui risquent leur vie dans de frêles embarcations pour trouver la sécurité.

Créée en 1954, la distinction Nansen pour les réfugiés tient son nom de Fridtjof Nansen, le célèbre explorateur polaire originaire de Norvège, qui fut le premier représentant international pour les réfugiés du monde. Parmi les précédents lauréats de la distinction figurent Eleanor Roosevelt, Médecins Sans Frontières, la Reine Juliana des Pays-Bas et Graça Machel.

L'an passé, le prix a été attribué à l'optométriste japonais Akio Kanaï, de Fuji Optical, qui durant plus de vingt ans a amélioré la vue de plus 100 000 personnes déracinées à travers le monde, en testant leur yeux et en leur fournissant gratuitement des lunettes.