Lahore, la capitale culturelle du Pakistan, est une ville propre

Une communauté afghane aide à collecter et à recycler les ordures à Lahore - une tâche que peu de Pakistanais sont disposés à faire. Les membres de cette communauté gagnent un salaire de misère et vivent pauvrement dans des bidonvilles, mais ils préfèrent rester au Pakistan plutôt que de rentrer dans leur pays, où ils devraient faire face à la pauvreté et à l'insécurité.

Ces jeunes chiffonniers afghans sur leur charrette contribuent à faire de Lahore une ville propre et verte.  © HCR/B.Baloch

LAHORE, Pakistan, 3 octobre (UNHCR) - Elle est connue comme la capitale culturelle du Pakistan, on y admire son architecture moghole, ses sanctuaires soufis, ses musées et ses parcs, et chaque année la ville accueille un festival de cerfs-volants qui attire des milliers de visiteurs. Mais si l'on détourne son attention des trésors de Lahore, on remarque les conséquences de toute expansion urbaine : des ordures en abondance.

Ramasser les ordures est un travail dégradant, mais il faut bien que quelqu'un le fasse. Dans la banlieue de la capitale du Punjab, au nord-est du Pakistan, des centaines de familles afghanes gagnent leur vie en recyclant ce que les autres personnes jettent.

Les hommes passent la ville au peigne fin à la recherche d'ordures, qu'ils empilent dans des charrettes tirées par des ânes et ramènent à la maison - un bidonville désigné par le gouvernement comme une décharge et connu sous le nom de Saglian Pull. Les épouses et les enfants trient la collecte du jour et en font des piles de sacs en plastique, de papier, de chaussures et de bandes de tissus.

« Quelqu'un nous a dit qu'ici, il y avait beaucoup d'opportunités de travail, c'est pour cela que nous sommes venus », dit Kajir Khan, dont la famille de 22 personnes a fui le régime des Talibans, après que leur maison ait été brûlée à Mazar-i-Sharif, au nord de l'Afghanistan, il y a dix ans.

« Mais le ramassage des ordures couvre difficilement nos dépenses. Nous gagnons à peine de quoi manger. Nous sommes payés 80 roupies (1,33 dollars) pour 100 kilos d'ordures, mais c'est dur d'en collecter autant en un seul jour. Les Pakistanais sont bien mieux payés pour faire le même travail », se plaint Kajir Khan.

Ici, peu d'enfants peuvent se permettre d'aller à l'école ; ils courent donc pieds nus dans le bidonville boueux, le visage souillé. « Ce sont des enfants si beaux », dit Bibi Gul, en essuyant le nez de sa petite fille, pour en éloigner les mouches. « Malheureusement, je ne peux même pas consacrer 10 roupies pour acheter du savon et leur laver le visage. »

Cette veuve a perdu deux fils dans la guerre en Afghanistan. Les trois autres qui lui restent travaillent au ramassage de sacs en plastique, tandis qu'elle complète le revenu familial en fabriquant des ceintures colorées, qu'elle vend 10 roupies pièce.

Dans un autre bâtiment, de la musique pakistanaise retentit d'une radio de la communauté. Un groupe d'hommes assis en cercle est en train de déchirer des chaussures avec des tenailles. Ils empilent les semelles pour en faire fondre le caoutchouc et le vendre ensuite aux cordonniers pour 15 roupies le kilo. Dans les environs, une usine de recyclage d'ordures émet des fumées qui causent des problèmes respiratoires à la communauté.

« Aucun Pakistanais ne veut vivre ici, dans ces conditions - c'est sale, il n'y a pas d'électricité, pas beaucoup d'eau courante », dit Mariam, 23 ans, qui est arrivée de Kunduz, au nord de l'Afghanistan, en 1987 avec sa famille. Son mari gagne entre 3 000 et 4 000 roupies par mois en ramassant les ordures, mais le loyer coûte 7 500 roupies, donc ils sont obligés de partager leur logement avec quatre autres familles.

« Personne ne veut vivre comme un citoyen de deuxième classe. Nous aimons notre pays, mais nous connaissons la situation là-bas. Si nous rentrons en Afghanistan, nous ne gagnerons pas un seul centime. Donnez-nous des garanties financières et sécuritaires, et alors nous rentrerons », ajoute-t-elle.

« Nous avons une dette de 100 000 roupies, comment pourrions-nous envisager de rentrer chez nous ? » dit Kajir Khan.

Le Gouvernement pakistanais a enregistré au début de cette année 2,15 millions d'Afghans à travers le pays, dont plus de 200 000 Afghans dans la province du Punjab. Tous les Afghans âgés de plus de cinq ans enregistrés lors de cet exercice ont reçu une carte, valable jusqu'à décembre 2009, les reconnaissant comme des citoyens afghans, vivant provisoirement au Pakistan. Les Afghans enregistrés souhaitant être rapatriés reçoivent une aide financière de 100 dollars par personne en moyenne, afin de les assister lors de leur réintégration initiale en Afghanistan.

Sur les 340 000 Afghans qui étaient au Pakistan et qui sont rentrés chez eux cette année avec l'assistance de l'UNHCR, quelque 7 000 d'entre eux venaient des régions du Punjab et d'Islamabad.

Par Vivian Tan à Lahore, Pakistan