Un premier groupe de 35 Palestiniens a quitté la Jordanie pour débuter une nouvelle vie au Brésil

Trente-cinq Palestiniens remplis de joie ont pris place, jeudi, à bord d'un avion à l'aéroport international d'Amman, pour s'envoler vers leur nouvelle vie au Brésil, après des années de souffrances passées dans un camp isolé en plein désert en Jordanie.

Un employé de l'UNHCR aide un réfugié palestinien à se préparer afin de quitter le camp de Ruweished pour Amman et de rejoindre ensuite le Brésil par avion.  © HCR/S.Malkawi

AMMAN, Jordanie, 20 septembre (UNHCR) - Trente-cinq Palestiniens remplis de joie ont pris place, jeudi, à bord d'un avion à l'aéroport international d'Amman, pour s'envoler vers leur nouvelle vie au Brésil, après des années de souffrances passées dans un camp isolé en plein désert en Jordanie.

Une cérémonie de départ avait eu lieu plus tôt dans la journée au camp de réfugiés de Ruweished, situé à environ 70 kilomètres de l'Iraq. Elle a été marquée par des larmes, des rires et des danses, alors que les réfugiés disaient au revoir aux autres Palestiniens qui ont eux aussi fui la violence croissante en Iraq il y a quatre ans et qui ont trouvé refuge dans le camp. Ils seront suivis, dans les prochaines semaines, par un autre groupe de 70 réfugiés palestiniens de Ruweished.

Ils vont s'établir dans l'Etat de Rio Grande do Sul, dans le sud du Brésil. Les Palestiniens vont bénéficier d'un logement loué à leur intention et recevoir des meubles ainsi qu'une aide matérielle. Leur expérience professionnelle est actuellement en cours d'évaluation afin d'assurer des opportunités d'emploi pour chacun d'entre eux ; des cours de portugais leur seront aussi dispensés.

Ceux qui quittent Ruweished ce jeudi en savent relativement peu sur leur nouveau pays, mais ils sont vraiment reconnaissants au Brésil pour son accueil et impatients de découvrir davantage le pays et sa culture.

« Je suis vraiment reconnaissant et heureux que le Brésil nous ait acceptés », a indiqué Hamadan. « Nous allons travailler dur, apprendre la langue et faire tout notre possible pour rendre aux Brésiliens une partie de ce qu'ils nous ont donné en nous accueillant dans leur pays », a ajouté cet homme de 62 ans en fumant un cigare et dont le seul regret est de n'avoir pu emmener les chats du camp avec lui.

Comme la plupart des autres résidents du camp, il était arrivé à Ruweished presque sans rien, après avoir fui la persécution et la violence à Bagdad. « Nous n'avions plus rien en Iraq ; ils avaient pris notre maison, ils avaient tout pris », a expliqué Khaled Sabiri, qui a quitté Bagdad en mai 2003 après avoir reçu des menaces de mort venant de groupes armés.

« A notre arrivée, nous avons été bloqués dans le no man's land pendant un an, puis nous avons été transférés dans le camp de Ruweished où nous avons retrouvé Semir, mon frère et sa famille », a ajouté Khaled, qui était auparavant propriétaire d'un atelier d'électronique.

Des centaines de Palestiniens sont bloqués dans de terribles conditions dans des camps et d'autres sites à la frontière. En proie au désespoir, certains sont même rentrés à Bagdad en 2004, avant que les violences et les attaques contre les Palestiniens n'augmentent et ne les forcent à fuir de nouveau vers la frontière. La Jordanie héberge aussi un nombre important de Palestiniens et souhaite que d'autres pays partagent cette charge.

« Je souffre d'asthme à cause du sable. Parfois le ciel était complètement rouge alors je devais immédiatement courir me protéger de la tempête. Sous la tente, c'était un peu mieux, mais je continuais à tousser terriblement », a expliqué Rosol, en partance elle aussi pour le Brésil, en se rappelant de sa vie à la frontière avant que sa famille ne soit transférée à Ruweished.

La petite fille, âgée de six ans, qui portait un maillot de football brésilien, pourra désormais grandir dans un environnement sûr et recevoir une éducation convenable, mais elle était triste de devoir laisser derrière elle Farah, sa meilleure amie. Pour d'autres, le départ a aussi été un mélange de joie et de tristesse.

Nombre de ceux qui partaient au Brésil jeudi ont bien cru qu'ils ne quitteraient jamais le désert. « Pour nous, le moment le plus difficile a été l'année dernière, quand seulement 57 personnes du dernier groupe de Palestiniens ont été acceptées pour partir au Canada », se rappelle Ikhals, la femme de Khaled Sabiri.

« Nous avions espéré que nous pourrions tous partir, et quand nous nous sommes aperçus que ce ne serait pas le cas, nous avons été profondément déprimés et nombre d'entre nous sont même tombés malades. Il nous semblait que notre cauchemar ne finirait jamais », a-t-elle ajouté, expliquant qu'un jeune homme était alors décédé d'une crise d'asthme après avoir été averti qu'il ne partirait pas au Canada. Sa famille fait partie de celles qui rejoindront le Brésil plus tard cette année.

Les représentants de l'UNHCR ont accueilli avec satisfaction la réinstallation à titre humanitaire accordée aux Palestiniens par le Brésil, ainsi que l'aide fournie par la Jordanie, qui a donné son feu vert à l'opération. « C'est un petit groupe de Palestiniens qui a été déplacé à maintes reprises. Nous nous réjouissons que, étant donné les difficultés exceptionnelles de la situation, une solution humanitaire ait pu être trouvée », a indiqué Imran Riza, délégué de l'UNHCR en Jordanie, avant d'ajouter qu'il espérait que ce geste « pourrait encourager d'autres pays à contribuer, eux aussi, à la recherche de solutions pour des cas similaires et tout aussi désespérés. »

A Genève, Philippe Lavanchy, Directeur du bureau Amériques de l'UNHCR, a noté que le Brésil avait joué un rôle majeur dès le début du Plan d'Action de Mexico adopté en 2004, un programme régional pour la réinstallation bénéficiant principalement aux Colombiens.

« Une fois encore, le Brésil a fait la preuve de son engagement pour alléger la souffrance des réfugiés et a réaffirmé son rôle pionner dans la région pour assurer la protection des personnes qui fuient la persécution », a-t-il affirmé.

Plus de 1 750 Palestiniens d'Iraq restent bloqués le long de la frontière entre l'Iraq et la Syrie dans des conditions de vie déplorables. Par ailleurs, environ 13 000 Palestiniens continuent à être pris pour cible, harcelés, menacés et tués à Bagdad.

Par Abeer Etefa et Rana F. Sweis à Amman, Jordanie, et Astrid van Genderen Stort à Genève, Suisse