L'esprit d'entreprise des réfugiés urbains au Pakistan

Dans le cadre d'un projet financé par l'UNHCR à Islamabad, des réfugiés urbains démunis acquièrent des compétences professionnelles et reçoivent une aide pour créer leur propre affaire.

A Islamabad, Huma Mir Shahi, une réfugiée iranienne, est coiffeuse durant la journée. Elle passe ses soirées à coudre, grâce à une machine financée par l'UNHCR, pour augmenter ses revenus.  © HCR/A.Shahzad

ISLAMABAD, Pakistan, 9 juin (UNHCR) - Il règne un silence inhabituel pour un salon de coiffure, en dehors des bruits des conversations et des séchoirs. La coiffeuse Huma Mir Shahi ne parle plus depuis qu'elle a deux ans, pour des raisons qu'elle ne veut pas expliquer. Alors qu'elle coiffe ses clientes avec efficacité, il est clair que ce sont ses mains qui parlent.

Huma Mir Shahi est douée pour le travail manuel. Ce sont ces mêmes mains qui ont élevé ses deux enfants après le décès de son mari dans un accident il y a 11 ans et qui les ont amenés depuis leur pays natal, l'Iran, vers le Pakistan en 2001, après avoir fui des problèmes survenant chez eux.

Aujourd'hui, un réel don artistique aide cette veuve iranienne à subvenir aux besoins de sa famille. Récemment elle a été diplômée, à la fin d'une formation en couture financée par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés via ses partenaires, Struggle for Change (SACH) et Social Counselling for Assistance Centre (SCAC). Cette formation a été suivie par des cours de micro-entreprenariat, qui lui ont permis de recevoir une allocation pour commencer sa propre affaire.

La famille d'Huma Mir Shahi - ses enfants sont maintenant âgés de 18 ans et de 11 ans - fait partie de quelque 50 familles réfugiées, qui ont bénéficié des formations dispensées par les organisations SACH et SCAC à Islamabad, la capitale pakistanaise et dans la ville voisine de Rawalpindi.

A l'exception de ceux qui sont gravement malades, tous les réfugiés vulnérables qui reçoivent une allocation de subsistance de l'UNHCR doivent participer à la formation.

Nous avons mis en place des formations professionnelles pour les hommes et les femmes réfugiés afin qu'ils puissent devenir socio-économiquement autonomes », a expliqué Khalida Salimi, la Directrice exécutive de SACH. « Chaque particulier est évalué pour définir ses centres d'intérêt, les compétences qu'il a déjà acquises et ses projets pour l'avenir, pour nous permettre de les combiner avec une formation appropriée. »

Les formations destinées aux hommes concernent la réparation de téléphones portables, de postes de télévision et de réfrigérateurs, la couture, la coiffure, la plomberie, l'électricité du bâtiment, la réparation des moteurs de voiture, l'informatique, la gestion hôtelière et les cours de langues. Les femmes peuvent suivre des formations dans les domaines suivants : la couture, la gestion d'un salon de beauté, l'informatique, la broderie, la fabrication de bougies, la gestion hôtelière et les cours de langues.

Les réfugiés achevant la formation qu'ils ont choisie sont encouragés à suivre une formation en micro-entreprenariat pour apprendre comment construire un projet d'entreprise. Si leur projet est réaliste, ils reçoivent une allocation de 10 000 roupies pakistanaises (près de 150 dollars) pour créer leur propre affaire.

Huma Mir Shahi a utilisé l'allocation pour acheter une machine à coudre, dont elle se sert le soir après sa journée de travail au salon de beauté. Elle vend des vêtements à ses clientes pakistanaises et iraniennes, à un prix entre 200 et 500 roupies la tenue, et elle a réussi à augmenter de 50 à 60 pour cent son revenu mensuel de 8 000 roupies.

Le réfugié iraquien Ali Dakhil Aziz récolte aussi le fruit de son travail. « Pendant 10 ans, j'ai lutté pour survivre au Pakistan », a-t-il dit. « Alors j'ai décidé de m'inscrire pour la formation. »

Son projet d'entrerpise a été approuvé et il a reçu des fonds pour ouvrir sa propre boutique de légumes à Rawalpindi. Il la gère avec un ami pakistanais car il ne parle pas couramment l'ourdou et il ne peut pas discuter avec les clients. Son revenu quotidien de 300 roupies ne représente pas beaucoup, mais il lui a déjà permis d'améliorer son quotidien.

Une allocation de l'UNHCR a aidé Ali Dakhil Aziz, un réfugié iraquien, à monter un commerce de légumes à Rawalpindi.  © HCR/A.Shahzad

En gardant en tête la situation actuelle au Pakistan, personne ne peut garantir qu'après avoir reçu une formation professionnelle, les réfugiés puissent trouver un bon travail », a noté Khalida Salimi, la Directrice exécutive de SACH. Néanmoins, elle a ajouté qu'il est important de supprimer l'assistance à long terme, pour empêcher de voir apparaître une dépendance.

A 22 ans, Maryama Usman a trouvé sa voie grâce à l'aide de SACH. Elle a perdu sa famille durant le conflit en Somalie, puis elle a fui avec sa famille adoptive vers le Pakistan. Quand celle-ci a rejoint l'Egypte récemment, elle a décidé de rester toute seule à Islamabad.

La réfugiée somalienne a achevé une formation de micro-entreprenariat et son projet d'entreprise a été approuvé. Elle a utilisé son allocation pour acheter du tissu, dans des marchés de gros à Karachi, Lahore et Peshawar, qu'elle vend ensuite à Islamabad. « C'était difficile les premiers mois, mais avec du courage, du travail, de la motivation et un bon projet d'entreprise, tout le monde peut réussir », a-t-elle ajouté.

En plus de la formation professionnelle, SACH gère aussi Advice and Legal Aid Centre (ALAC) pour les réfugiés des régions de Rawalpindi et Islamabad.

Les Afghans enregistrés, au nombre de quelque deux millions, représentent une grande majorité des personnes relevant de la compétence de l'UNHCR au Pakistan. On compte aussi quelque 700 réfugiés reconnus qui sont originaires d'autres pays comme l'Iran, l'Iraq et la Somalie.

Par Asif Shahzad à Islamabad, Pakistan