Au Bangladesh, chaque réfugié peut maintenant prouver sa propre identité

Avec l'émission ce mois-ci des premières cartes d'identité de l'UNHCR, chaque réfugié rohingya vivant au Bangladesh, auparavant membre anonyme du cercle familial enregistré sur le livret de famille, a désormais la capacité de prouver sa propre identité.

Des réfugiés rohingyas, vivant au camp de réfugiés de Kutupalong au Bangladesh, montrent leur nouvelle carte d'identité, reçue en début de semaine.  © HCR/I.M.Bayzid

CAMP DE REFUGIES DE KUTUPALONG, Bangladesh, 23 juillet (UNHCR) - Trop souvent, les femmes au sein de la communauté musulmane conservatrice de ce camp de réfugiés ont été considérées comme dépendant de leurs proches masculins, y compris pour recevoir les rations alimentaires quotidiennes.

Pour les femmes réfugiées, voir reconnaître leurs propres droits est l'un des bénéfices de protection que leur confèrent ces cartes d'identité émises par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés pour plus de 22 500 réfugiés, dans les deux camps de réfugiés au Bangladesh.

« Je suis vraiment heureuse de recevoir une carte d'identité à mon âge », a dit Zohora Begum. En tenant sa carte à la main, cette réfugiée de 65 ans fait le voeu de « la garder toujours avec moi, dans un endroit sûr, et, comme cela, personne ne pourra me la prendre. »

Les nouvelles cartes d'identité, délivrées par l'UNHCR ce mois-ci dans les camps de réfugiés de Kutupalong et de Nayapara près de Cox's Bazar dans le sud-est du pays, sont reconnues comme des documents d'identité en règle par le Gouvernement du Bangladesh.

Délivrées à tous les réfugiés âgés de plus de cinq ans, ils comportent une photographie, le nom et les coordonnées du réfugié, ainsi que le logo de l'UNHCR.

« Avec ces cartes, les réfugiés pourront être identifiés si besoin par la police comme des personnes légalement autorisées à résider au Bangladesh », a dit Pia Prytz Phiri, déléguée de l'UNHCR au Bangladesh. Les deux camps hébergent environ 27 000 musulmans rohingyas qui ont fui le Myanmar en 1991.

Les cartes d'identité remplacent le système du « livret de famille », un système qui était inadapté et qui laissait la porte ouverte à des abus. Elles étaient parfois confisquées par des représentants de réfugiés comme une punition ou elles étaient vendues à des personnes extérieures aux camps qui pouvaient les utiliser pour y avoir accès aux services disponibles.

Avec le système du livret de famille, tous les membres d'une famille étaient enregistrés sur un seul document sous l'identité et l'autorité du patriarche. Dans de nombreux cas, les enfants devenus adultes, leur mari ou femme et leurs propres enfants étaient tous enregistrés sous le nom du grand-père. Certains livrets de famille contenaient les noms de plus de 45 personnes. Aucun des descendants ou proches n'avait donc la capacité de prouver sa propre identité.

Mohammed Rafique, un homme de 38 ans, a dit se sentir « honoré » par la nouvelle carte d'identité qui rectifie enfin cette situation. « Je suis très content et jamais je n'aurais pensé que ma famille et moi pourrions un jour recevoir une carte d'identité », a-t-il dit après avoir reçu sa nouvelle carte mardi.

Auparavant les rations alimentaires étaient distribuées dans les camps au patriarche détenteur du livret de famille. Il n'était pas certain que chaque membre de la famille reçoive alors les rations lui étant destinées. Dans une société où la polygamie est fréquente, avec la nouvelle carte d'identité et le nouveau système de cartes de rationnement, les seconde et troisième épouses recevront des rations pour elles-mêmes et pour leurs enfants, séparément du reste de la famille.

« Pour nous, les cartes d'identité représentent vraiment une étape importante vers la reconnaissance de chaque réfugié et de leurs droits individuels », a dit Pia Prytz Phiri. « Ils existent chacun en tant que personne réfugiée et ils ne sont désormais plus les membres anonymes d'un groupe. »