500 km de trajet en moins pour les Zimbabwéens en quête d'asile en Afrique du Sud

En distribuant des cartes de demandeur d'asile à proximité du principal point d'entrée dans le pays, l'Afrique du Sud a amélioré la protection des demandeurs d'asile zimbabwéens

Des Zimbabwéens en quête d'asile rentrent illégalement en Afrique du Sud par la brousse.  © HCR/P.Rulashe

MUSINA, Afrique du Sud, 7 août (UNHCR) - Absalom Moyo* est vraiment soulagé depuis qu'il a obtenu sa carte de demandeur d'asile. « C'est comme un rêve devenu réalité », s'exclame-t-il. Il est récemment arrivé en Afrique du Sud illégalement, fuyant la violence sévissant dans son Zimbabwe natal.

« Recevoir cette carte aussi rapidement a vraiment été surprenant. Elle marque pour moi la fin de la terrible expérience que je vivais depuis mon arrivée en Afrique du Sud », dit-il, en montrant la carte à l'origine de son soulagement et qui lui permet de ne plus rester sans cesse sur le qui-vive.

Absalom Moyo fait partie des centaines de Zimbabwéens qui ont récemment bénéficié de l'initiative du ministère de l'intérieur visant à établir la Section 22 des cartes de demandeurs d'asile à Musina, à seulement 12 kilomètres du point de passage de la frontière du Pont Beit. Musina est une ville frontalière près de laquelle un grand nombre de personnes franchissent, dans la brousse, une fragile clôture pour entrer en Afrique du Sud illégalement.

Auparavant, ils risquaient l'arrestation ou la reconduite à la frontière après avoir parcouru plus de 500 kilomètres ou davantage encore pour arriver à Pretoria ou à Johannesburg et se faire enregistrer.

« Avec le nombre croissant de Zimbabwéens arrivés dans cette ville en quête de protection internationale, ce que nous avons vu ici nous a convaincus du besoin urgent d'améliorer l'accès aux procédures d'asile », explique Camilla Kragelund, chargée de protection à l'UNHCR à Musina.

Il suffit de demander à Absalom Moyo ce que subit un demandeur d'asile ordinaire. Il a fui des menaces de mort qu'il recevait de la part des jeunes Zanu PF du Zimbabwe ces dernières semaines, pour se retrouver dans une situation encore plus difficile après avoir franchi illégalement la frontière.

Comme de nombreux Zimbabwéens entrant illégalement en Afrique du Sud à travers les vastes plaines de brousse, Absalom Moyo a été victime des fameux gangs Gumaguma - des groupes de maraudeurs armés qui exploitent la vulnérabilité des hommes et les femmes zimbabwéens comme eux. Absalom Moyo a été attaqué par sept Gumaguma qui lui ont volé les quelques possessions de valeur qu'il avait cachées sur lui.

« Ils m'ont donné de vieilles chaussures et un vieux sac de maïs pour tout vêtement et j'ai continué mon voyage vers Musina », se rappelle-t-il avec colère et frustration. « En tout et pour tout, j'avais 57 dollars et quelques dollars Zimbabwéens, ils m'ont tout pris ! »

Absalom Moyo a retrouvé sa dignité grâce à un sympathique maraîcher qui a eu pitié de lui, alors qu'il arrivait près de Musina, et qui lui a donné un pantalon et une chemise. Il s'est ensuite rendu à l'église anglicane de Nancefield, un bidonville situé à environ trois kilomètres de Musina, pour éviter de se faire repérer, d'être arrêté puis reconduit à la frontière par la police et les employés de l'immigration sud-africains, avant même d'avoir obtenu sa carte de demandeur d'asile.

Il a eu la chance de pouvoir arriver à Musina. Auparavant, les demandeurs d'asile arrivant en Afrique du Sud par le Pont Beit devaient se rendre à Pretoria, à 500 kilomètres pour demander le statut de réfugié.

« C'est loin si vous arrivez ici sans rien et c'est encore plus loin si vous entrez dans le pays illégalement et que vous n'avez aucun document d'identité », dit Camilla Kragelund de l'UNHCR.

Les réfugiés et les demandeurs d'asile, qui voyagent jusqu'à Pretoria ou Johannesburg, risquent réellement d'être arrêtés et reconduits à la frontière. L'UNHCR plaide depuis longtemps pour un accès meilleur et plus facile aux procédures d'asile à Musina et, avec une augmentation du nombre d'arrivées de Zimbabwéens dans cette ville, le ministère de l'intérieur a ouvert un bureau pour les réfugiés en juillet 2008.

« Ils ont répondu remarquablement vite », a dit Camilla Kragelund. Quatre employés chargés de la réception de réfugiés et quatre autres chargés de la détermination du statut de réfugié ont été recrutés à Pretoria et Johannesburg et, en trois jours ouvrés, ils ont ouvert un bureau fonctionnel qui a commencé à traiter les dossiers de demande d'asile.

« Ce fut incroyablement rapide et, depuis, nous voyons qu'ils peuvent recevoir environ 300 demandes d'asile par jour », ajoute Camille Kragelund. « C'est un rythme très soutenu et ils travaillent vraiment efficacement. »

La seule inquiétude pour l'UNHCR actuellement concerne le système d'asile à Musina. Celui-ci va rapidement être saturé par des personnes qui ne sont pas qualifiées pour obtenir le statut de réfugié.

« Il y a des personnes qui vivaient à Musina depuis plusieurs années et qui ne sont pas des réfugiés », dit Camille Kragelund. « Elles n'ont pas fui les persécutions, mais elles sont arrivées en Afrique du Sud il y a plusieurs années, à la recherche d'un travail. Beaucoup n'ont pas de statut légal et elles essaient d'utiliser le système d'asile pour légaliser leur séjour dans le pays. »

Absalom Moyo considère qu'il fait partie des chanceux. En se rendant à l'église catholique romaine de Nancefield où il espère recevoir une couverture et un colis de nourriture, un don de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, il est déjà en train de prévoir son prochain départ.

« Maintenant j'ai besoin de trouver du travail pour me faire un peu d'argent », dit-il en marchant d'un bon pas vers l'église. « Cela veut dire que je peux maintenant essayer de reconstruire ma vie peut-être à Johannesburg ou au Cap ! »

Par Pumla Rulashe à Musina

* le nom a été changé pour des questions de protection