Des réfugiés congolais rentrent au Sud-Kivu via le lac Tanganyika

Le rythme du rapatriement des réfugiés congolais augmente, depuis des camps situés en Tanzanie. Les rapatriés sont cependant confrontés à de nombreux défis durant leur réintégration dans la province du Sud-Kivu.

Le MV Mwongozo dans le port de Kigoma.  © HCR/M.Luchtmeijer

KIGOMA, Tanzanie, 5 septembre (UNHCR) - Kashindi Iddi, comme des réfugiés congolais en nombre croissant, a choisi le rapatriement depuis la Tanzanie, alors que la situation s'améliore dans sa province natale, le Sud-Kivu, située de l'autre côté du lac Tanganyika.

« En 1998, j'ai fui ma ville natale de Matongo à cause de la guerre au Sud-Kivu. Aujourd'hui, je rentre avec ma femme et mes trois enfants », a expliqué Kashindi Iddi, en tenant par la main son fils de deux ans, avant d'embarquer à bord du bateau affrété par le HCR dans le port de Kigoma.

Avec sa famille, il devra relever de nombreux défis lors de sa nouvelle vie dans l'est de la République démocratique du Congo, après avoir vécu 10 ans dans un camp de réfugiés en Tanzanie. Dans la région, l'infrastructure et les services sont très limités après des années de guerre, une guerre qui a pris fin officiellement en 2003. La sécurité reste cependant un problème.

Les enfants de Kashindi Iddi ont toujours vécu en Tanzanie. Ils sont tous nés dans le camp de réfugiés de Lugufu, l'un des deux camps restants accueillant des réfugiés congolais dans la région frontalière de Kigoma, au nord-ouest de la Tanzanie.

A ce moment de l'année, les écoles du camp sont fermées et les réfugiés ont terminé les récoltes dans leurs petits carrés de terrain au camp. Parallèlement, des réfugiés se sont présentés, en nombre croissant, ces dernières semaines pour un rapatriement volontaire vers la RDC.

Le HCR organise actuellement deux traversées par semaine depuis Kigoma vers le port de Baraka, en RDC, sur le MV Mwongozo, qui transporte les réfugiés et leurs possessions. A l'arrivée, les réfugiés reçoivent un kit d'assistance préparé par le HCR et ses partenaires, notamment le Programme alimentaire mondial. Cette aide comprend des articles domestiques, une moustiquaire, des outils agricoles, de la nourriture pour trois mois et un kit d'abri.

« L'agence des Nations Unies pour les réfugiés en RDC aide aussi à la réintégration des rapatriés via la rénovation des infrastructures - y compris des écoles et des cliniques - la promotion d'activités de génération de revenus et l'aide à la résolution des conflits fonciers », a expliqué Marie-Christine Bocoum, directrice adjointe du bureau de l'Afrique du HCR, durant une récente visite à Kigoma à l'occasion du départ des réfugiés.

La plupart des réfugiés congolais accueillis dans des camps tanzaniens viennent des villes de Fizi et d'Uvira ou de régions environnantes. Ces zones sont considérées comme étant relativement stables, mais la vie des rapatriés sera toujours plus difficile que dans les camps.

Malgré des problèmes et une pression exercée sur les maigres ressources et les services existants, des officiels locaux ont accueilli chaleureusement le retour de leurs compatriotes. Le Gouverneur du Sud-Kivu Chirimwani Muderhwa, durant une récente visite dans des camps tanzaniens, a indiqué que la réintégration des rapatriés était cruciale pour consolider la paix fragile instaurée dans sa province frontalière.

« Tous les représentants locaux du gouvernement et moi-même vous accueillons et nous vous aiderons lors de votre réintégration », a-t-il dit, ajoutant : « Nous avons amélioré l'accès aux soins de santé : vous trouverez davantage de cliniques et de personnel de santé qu'avant la guerre. Des écoles supplémentaires sont construites avec l'aide du HCR et l'éducation primaire est gratuite. »

Kashindi Iddi avait conscience des obstacles qu'il allait rencontrer, mais il était cependant persuadé d'avoir pris la bonne décision. « Je veux que mes enfants grandissent en RDC. Je sais que cela ne sera pas facile de reconstruire ma vie, mais je n'ai pas peur de rentrer », a-t-il dit avant d'embarquer à bord du Mwongozo. « Je remercie la Tanzanie et le HCR pour tout ce qu'ils ont fait pour moi. De retour au Sud-Kivu, j'espère gagner ma vie en tant que menuisier, en utilisant les compétences que j'ai apprises au camp de Lugufu. »

Le HCR a commencé à faciliter le rapatriement des réfugiés congolais depuis des camps tanzaniens en octobre 2005. A ce jour, l'agence pour les réfugiés a aidé plus de 53 000 Congolais à rentrer chez eux, alors que près de 90 000 autres vivent toujours dans deux camps de la région de Kigoma.

Par Eveline Wolfcarius à Kigoma, Tanzanie