Cinquante-deux Somaliens sont morts ; leur bateau, abandonné par les passeurs, a dérivé 18 jours dans le golfe d'Aden

Au moins 52 Somaliens ont péri, après que leur embarcation endommagée ait été abandonnée par des passeurs dans le golfe d'Aden, les laissant dériver durant 18 jours sans nourriture ni eau. Le bureau du HCR au Yémen a indiqué que 71 personnes ont survécu à cette épreuve après que leur bateau en panne ait dérivé vers les eaux territoriales yéménites où ils ont été finalement secourus par des garde-côtes.

Des travailleurs humanitaires appartenant à une organisation non gouvernementale yéménite distribuent de la nourriture à des Somaliens et à des Ethiopiens, qui avaient eu recours à des passeurs pour traverser le golfe d'Aden. Ils les transférent ensuite au centre de réception du HCR de Mayfa'a.  © HCR/J.Björgvinsson

SANA'A, Yémen, 29 septembre (UNHCR) - Au moins 52 Somaliens ont péri après que leur embarcation endommagée ait été abandonnée par des passeurs dans le golfe d'Aden, les laissant dériver durant 18 jours sans nourriture ni eau.

Le bureau du HCR au Yémen a indiqué ce week-end que 71 personnes ont survécu à cette épreuve après que leur bateau en panne ait dérivé vers les eaux territoriales yéménites où ils ont été finalement secourus par des garde-côtes à Shihra.

Des survivants ont indiqué que le bateau avait quitté Marera sur la côte somalienne le 3 septembre avec au moins 124 passagers à son bord. Après plusieurs heures de voyage, le moteur s'est arrêté et les membres de l'équipage armés de couteaux ont indiqué aux passagers qu'ils rentreraient vers la ville somalienne de Bossasso sur un plus petit bateau pour recharger une batterie. Ils ne sont jamais revenus, laissant les passagers dériver pendant 18 jours sans nourriture ni eau.

48 Somaliens, dont 38 hommes et 10 femmes, sont morts alors que le bateau dérivait dans le golfe d'Aden. Des survivants ont dit que leurs corps avaient été jetés par-dessus bord.

Après avoir dérivé durant 18 jours, le bateau s'est finalement approché de la côte yéménite, non loin de Shihra, le 21 septembre, poussé par le courant et de hautes vagues. A la vue de la côte, trois des Somaliens ont sauté dans la mer pour nager dans cette direction. L'un d'entre eux n'est pas arrivé jusqu'à la plage et il est porté disparu. Un bâtiment des garde-côtes yéménites a ensuite remorqué le bateau endommagé jusqu'à la côte, où les passagers ont reçu de la nourriture et de l'eau de la part du HCR et de ses partenaires humanitaires locaux. Dix des survivants ont immédiatement été emmenés à l'hôpital, et quatre d'entre eux sont morts par la suite.

Les survivants, âgés de 2 à 40 ans, ont été emmenés au centre de réception du HCR situé à Mayfa'a. Ils ont dit avoir quitté la Somalie à cause de l'insécurité permanente sévissant dans ce pays déchiré par le conflit, de la sécheresse et du chômage. Chaque passager a payé aux passeurs une somme s'élevant entre 70 et 100 dollars pour le voyage.

« Cette tragédie est la toute dernière d'une longue série d'incidents mortels. Les victimes sont des personnes désespérées, découragées qui ont peur au point de vouloir tout tenter, même au prix de leur vie, pour s'échapper », a expliqué le porte-parole du HCR, Ron Redmond, à Genève. « Le HCR et ses partenaires humanitaires essayent de faire leur possible pour empêcher de nouvelles tragédies, mais la solution réelle à cette crise permanente doit être politique, et non humanitaire. »

On a récemment observé une augmentation du nombre de personnes ayant recours à des passeurs pour traverser le golfe d'Aden depuis la Somalie, déchirée par la guerre. Cette année, au moins 31 192 personnes sont déjà arrivées au Yémen, après avoir effectué une périlleuse traversée à bord de bateaux de passeurs, avec parmi elles 21 201 Somaliens et 9 854 Ethiopiens. Plus de 228 personnes sont mortes et au moins 262 autres sont toujours portées disparues.

La traite d'êtres humains diminue habituellement entre les mois de mai et de septembre à cause des tempêtes survenant dans le golfe d'Aden. Avec le retour précoce de conditions météorologiques plus calmes en août, la traite d'êtres humains a repris le mois dernier, avec 65 bateaux qui ont transporté plus de 2 500 personnes désespérées vers le Yémen - le nombre d'arrivants ayant donc presque quadruplé par rapport à celui du mois d'août l'année dernière, qui avait vu arriver 633 personnes à bord de 10 bateaux. Le 23 septembre, au moins 106 bateaux de passeurs ont emmené 6 103 personnes au Yémen.

Le HCR estime que plusieurs facteurs sont à l'origine de cette récente augmentation du nombre d'arrivées, parmi lesquels le conflit incessant et les déplacements en Somalie ainsi que l'ouverture de nouvelles routes de trafic illicite à travers le golfe d'Aden.

Les agences humanitaires ont lancé un appel commun pour une action mondiale afin de mieux répondre à ce problème meurtrier. Au cours de l'année écoulée, l'agence pour les réfugiés a intensifié son travail de manière significative au Yémen. Son programme de plus de 17 millions de dollars au Yémen - financé à ce jour à hauteur d'un peu plus de la moitié - fournit du personnel supplémentaire, une assistance humanitaire améliorée, des abris supplémentaires pour les réfugiés dans le camp de réfugiés de Kharaz, et des programmes de formation pour les garde-côtes et d'autres fonctionnaires. L'agence a aussi renforcé sa présence le long de la côte isolée du Yémen, grâce à l'ouverture d'un deuxième centre d'accueil à Ahwar. L'autre centre se situe à Mayfa'a.

Au mois de mai, une conférence régionale a été organisée par le HCR en coopération avec le Groupe de travail sur la migration mixte pour la Somalie afin d'établir un mécanisme régional et un plan d'action à long terme pour la protection des réfugiés et les migrations mixtes dans le golfe d'Aden. Au sein des mouvements mixtes de personnes à travers le golfe se trouve un nombre significatif de réfugiés. Des fonds additionnels devront être débloqués dans la corne de l'Afrique, notamment l'Ethiopie, Djibouti et la Somalie, pour réduire ces mouvements.

Malgré l'important fardeau que supporte le Yémen en s'occupant des mouvements migratoires illégaux dans la région, ce pays a maintenu sa politique d'ouverture à l'égard des réfugiés. Le soutien de la communauté internationale reste toutefois une nécessité absolue.