En Afghanistan, Angelina Jolie appelle à une aide accrue pour les rapatriés

L'ambassadrice de bonne volonté du HCR Angelina Jolie s'est rendue en Afghanistan pour la première fois et elle appelle à davantage de soutien de la communauté internationale pour répondre à des besoins critiques durant l'hiver.

Assistée d'une interprète, Angelina Jolie, ambassadrice de bonne volonté du HCR, rencontre une femme rapatriée dans la province de Nangarhar lors de sa première visite en Afghanistan.  © Getty Images/Marco Di Lauro

KABOUL, Afghanistan, 24 octobre (UNHCR) - L'ambassadrice de bonne volonté du HCR Angelina Jolie a terminé sa première visite en Afghanistan, où elle a pu observer à la fois des succès et des difficultés dans le cadre des retours et de la réintégration. Elle a pu se rendre compte par elle-même des circonstances difficiles pour l'action humanitaire menée dans le pays et elle a appelé à davantage de soutien de la communauté internationale pour répondre à des besoins critiques pour l'hiver qui arrive.

Le voyage d'Angelina Jolie, qui a duré deux jours, précède une conférence internationale sur le retour et la réintégration qui aura lieu à Kaboul le mois prochain. Co-présidée par le Ministre afghan des affaires étrangères et le HCR, cette réunion rassemblera des ministres et des donateurs pour étudier comment la capacité d'absorption du pays peut encore être renforcée pour assimiler d'autres rapatriements.

L'actrice américaine, lauréate d'un Oscar, connaît l'opération afghane du HCR, puisqu'elle avait rencontré des réfugiés afghans au Pakistan deux fois ces dernières années. C'était cependant sa première visite en Afghanistan mercredi et jeudi, une visite au cours de laquelle elle a pu se rendre compte des défis à relever dans le cadre de la réintégration dans ce pays.

« Le courage, la résilience et la dignité sereine des familles rapatriées pour reconstruire leur vie face à une adversité peu imaginable par la plupart d'entre nous sont des manifestations de l'humanité sous son meilleur jour », a déclaré Angelina Jolie après avoir visité plusieurs sites.

Mercredi, Angelina Jolie s'est rendue dans la province de Nangahar dans l'est de l'Afghanistan, où près de 850 000 personnes, soit 20 pour cent de l'ensemble des rapatriés, sont installés depuis 2002. De tels nombres ont mis à rude épreuve le peu de terres arables disponibles dans l'une des provinces les plus densément peuplées d'Afghanistan.

L'ambassadrice de bonne volonté s'est rendue sur le site de Lower Sheikh Mesri, où quelque 1 400 familles rapatriées vivent dans des abris de fortune ou des tentes en lambeaux. Les résidents de ce site ont souligné les difficultés de trouver un emploi ainsi que l'accès limité aux services sociaux essentiels comme la santé et l'éducation.

Angelina Jolie a aussi été témoin des problèmes encourus par des rapatriés après la fermeture cet été du village de réfugiés de Jalozai situé dans la Province frontière du Nord-Ouest au Pakistan. Plus de 750 familles originaires de la province afghane de Kunar, située juste de l'autre côté de la frontière, vivent sur des terres arides dans le nord de Nangarhar. Elles ne peuvent pas rentrer chez elles à cause de l'insécurité, de litiges fonciers et du manque d'opportunités économiques.

« D'une certaine façon, nous vivions mieux au Pakistan. La vie est très difficile ici. Toutefois c'est très important pour moi de vivre aujourd'hui avec les miens dans mon pays natal, malgré tous ces problèmes », a dit un rapatrié âgé, Hashim Khan.

Jeudi, Angelina Jolie a vu des problématiques similaires de pauvreté et de manque de terres arables affectant des rapatriés et des personnes déplacées internes vivant dans des conditions d'hébergement précaires à Kaboul. La population de la capitale afghane s'est multipliée par trois depuis 2001 pour atteindre environ 4,5 millions. Les réfugiés et les déplacés comptent approximativement pour 30 pour cent de cette augmentation. Ils rivalisent pour la recherche d'emplois avec d'autres habitants de la ville et les nombreux migrants ruraux arrivés à Kaboul en quête d'opportunités économiques.

Durant sa mission de terrain à Kaboul, l'actrice s'est rendue dans un site où vivent 18 familles qui squattent des bâtiments publics depuis plusieurs années, car elles ne peuvent rentrer ni s'installer dans leurs provinces d'origine à cause de la pauvreté.

Plus de cinq millions d'Afghans sont rentrés chez eux depuis la chute du régime taliban fin 2001, dont plus de 4,2 millions d'entre eux avec l'aide du HCR. Mais le taux croissant de sans-abri montre clairement que le retour des trois millions restants d'Afghans enregistrés, qui sont toujours en exil au Pakistan et en Iran, sera un défi encore plus difficile à relever.

Bien que les rapatriés aient contribué significativement à l'économie grâce aux compétences et au capital qu'ils ont rapportés depuis l'étranger, le nombre énorme des retours a mis à rude épreuve les capacités des autorités afghanes. « L'Afghanistan se démène pour absorber ces retours massifs. C'est compréhensible. C'est l'un des plus importants mouvements de population de l'histoire récente », a dit Angelina Jolie, à la fin de sa mission jeudi.

En faisant référence à l'engagement à long terme de la communauté internationale qui sera essentiel pour le relèvement du pays et les perspectives de rapatriements futurs, l'actrice a aussi rappelé le besoin d'accroître l'aide humanitaire pour la population en préparation de l'hiver.

La conférence de Kaboul, prévue en novembre, a pour but d'élaborer un accord sur la façon dont le rapatriement et la réintégration peuvent être soutenus par une coopération accrue aux niveaux bilatéral, régional et international. Traditionnellement, les réfugiés reçoivent de l'aide dans le cadre de budgets d'aide humanitaire dont l'impact est toutefois limité en ce qui concerne la réintégration durable. De ce fait, l'un des objectifs importants consistera à incorporer plus systématiquement les problématiques du retour et de la réintégration au stade de la planification et de la budgétisation des programmes de développement national, dans des secteurs et des domaines clés.

Par Mohammad Nader Farhad à Kaboul, Afghanistan