Golfe d'Aden : des dizaines de morts et de disparus ; des boat people en nombre croissant

Une nouvelle tragédie a eu lieu ce week-end dans le golfe d'Aden. Par ailleurs, le HCR observe cette année une augmentation des traversées clandestines dans le golfe d'Aden et la Méditerranée par rapport à 2007.

Une femme trempée et éreintée sur une plage yéménite, reconnaissante d'être encore en vie après avoir dû nager un kilomètre à la fin de son voyage dans le golfe d'Aden.  © HCR/A.Fazzina

GENEVE, 4 novembre (UNHCR) - Selon de récentes informations, au moins 12 personnes se seraient noyées ce week-end dans le golfe d'Aden. Par ailleurs, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés a annoncé mardi que le nombre des réfugiés et des migrants, ayant traversé le golfe d'Aden et la Méditerranée par la mer dans les dix premiers mois de 2008, est plus élevé que le nombre total observé pour toute l'année 2007.

Le porte-parole du HCR, Ron Redmond, a indiqué aux journalistes à Genève que près de 40 personnes, parmi 115 désespérés transportés à bord d'un bateau de passeurs dans le golfe d'Aden depuis la Somalie, ont été contraintes de sauter par-dessus bord dimanche en pleine mer au large des côtes du Yémen.

« Quelque 12 corps ont déjà échoué sur la plage d'Alam et 28 autres personnes sont toujours portées disparues. Les 75 boat people survivants sont arrivés au centre de réception du HCR à Ahwar où ils reçoivent de l'aide » a-t-il dit, ajoutant qu'une personne est décédée à Ahwar, suite aux graves blessures infligées par les passeurs. D'autres personnes sont traitées pour des blessures, notamment à la tête.

Les survivants ont expliqué que lorsque le bateau était en vue des côtes yéménites mais toujours en haute mer, les trafiquants ont exigé davantage d'argent de la part de tous les passagers, qui avaient déjà payé 100 dollars chacun avant le départ. Ceux qui n'ont pas pu payer ce supplément ont été sévèrement battus par les passeurs et près de 40 personnes - principalement des Ethiopiens - ont été jetés par-dessus bord malgré leurs appels à la clémence.

Par ailleurs, Ron Redmond a indiqué que le nombre des réfugiés et des migrants ayant traversé la Méditerranée et le golfe d'Aden cette année ont déjà dépassé les totaux observés pour toute l'année 2007 dans plusieurs régions.

Selon les estimations du HCR basées sur des sources officielles ou officieuses, à la fin du mois d'octobre 2008, près de 30 000 boat people sont arrivés sur les côtes italiennes, en comparaison avec le nombre de 19 900 qui étaient arrivés pendant toute l'année 2007. Au même moment, le nombre de personnes qui auraient trouvé la mort ou qui seraient portées disparues en mer au cours du voyage vers l'Italie ou Malte (509) pour les 10 premiers mois de 2008 est déjà plus élevé que le total (471) de 2007.

A Malte, près de 2 600 boat people sont arrivés au cours des neuf premiers mois de cette année depuis l'Afrique du Nord, en comparaison avec les 1 800 personnes arrivées sur l'ensemble de l'année 2007.

Dans le cas de la Grèce, des chiffres sont disponibles seulement pour les sept premiers mois de 2008, mais ils montrent la même tendance qu'en Italie et à Malte. Environ 15 000 personnes sont arrivées en Grèce continentale ou dans les îles de la mer Egée entre janvier et juillet 2008, en comparaison des 19 900 arrivées observées pendant toute l'année 2007.

Les arrivées en Espagne continentale et dans les îles Canaries [via l'est de l'Atlantique] à la fin du mois d'octobre 2008 (10 700) sont également plus élevées que pendant la même période l'année dernière (9 100 pour les 10 premiers mois de 2007), mais elles restent inférieures par rapport à l'ensemble de l'année 2007 (18 000 arrivées).

Le nombre de réfugiés dans ces mouvements mixtes de populations, qui incluent aussi des migrants économiques, varie de façon importante d'un pays à un autre et selon les périodes de l'année. Dans le cas de l'Italie, un tiers de ceux qui sont arrivés illégalement par la mer l'année dernière ont fait une demande d'asile (soit quelque 7 000 personnes). En moyenne, à peu près la moitié des demandeurs d'asile en Italie sont reconnus comme réfugiés ou reçoivent une autre forme de protection.

A Malte, près de 80 pour cent de ceux qui arrivent par la mer demandent l'asile et près de 60 pour cent d'entre eux, en moyenne, sont reconnus comme ayant besoin de protection internationale. Ils reçoivent soit le statut de réfugié soit une autre forme de protection. A l'opposé de ceux qui atteignent l'Italie ou Malte, quelque trois pour cent seulement des boat people qui arrivent sur les plages espagnoles demandent l'asile.

En plus de la Méditerranée, le HCR attire l'attention depuis un certain temps sur la crise humanitaire se déroulant dans le golfe d'Aden, traversé chaque année par des dizaines de milliers de personnes fuyant la corne de l'Afrique - une région ravagée par la guerre civile, l'instabilité politique, la famine et la pauvreté - en quête de protection au Yémen ou plus loin encore.

Au cours des premiers 10 mois de l'année 2008, plus de 38 000 personnes ont effectué la périlleuse traversée en bateau depuis la Somalie vers le Yémen. Cela représente une augmentation considérable par rapport aux 29 500 personnes qui avaient entrepris ce même voyage durant toute l'année 2007. Cette année, plus de 600 personnes auraient déjà trouvé la mort ou seraient portées disparues dans le golfe d'Aden. L'an dernier, le nombre de morts était de 1 400.

En 2007, environ deux tiers de ceux qui sont arrivés vivants au Yémen ont cherché une assistance auprès du HCR. Le Yémen a accepté depuis des années des Somaliens en tant que réfugiés prima facie, mais l'accès à la protection des réfugiés demeure plus difficile pour les demandeurs d'asile originaires d'Ethiopie.

Le HCR intensifie sa réponse en renforçant les conditions de réception pour ceux qui réussissent à arriver au Yémen et, parallèlement, en améliorant les conditions de vie des personnes vivant dans la corne de l'Afrique, en répondant aux besoins de protection, de façon à ce qu'elles n'aient pas besoin de risquer leur vie en effectuant la traversée vers le Yémen.

Parallèlement, le HCR et ses partenaires discuteront des problèmes de migration mixte, notamment des traversées clandestines dans le golfe d'Aden, en Méditerranée et dans l'est de l'Atlantique, durant une réunion la semaine prochaine à Dakar au Sénégal. Le HCR a développé un Plan d'action en 10 points sur la protection des réfugiés et les mouvements migratoires mixtes qui établit certains domaines dans lesquels l'agence estime que des initiatives doivent être mises en oeuvre et pour lesquels elle peut apporter une expertise.

Par Hélène Caux et William Spindler à Genève