16 journées d'action contre le sexisme ; le tabou de la violence domestique

La violence domestique est un problème sensible dans la plupart des sociétés, et particulièrement parmi la communauté conservatrice des réfugiés afghans au Pakistan. Un projet financé par le HCR utilise le théâtre pour faire tomber ce tabou.

Cette pièce de théâtre traitant de la violence domestique est présentée à Losar Sharfu pour faire comprendre au sein des familles le message anti-violence, via un acteur qui se déguise en femme.  © HCR/A.Shahzad

LOSAR SHARFU, Pakistan, 3 décembre (UNHCR) - Ce n'est pas habituel de voir un homme en burqa, ce long voile islamique de couleur bleue claire couvrant les femmes musulmanes de la tête aux pieds, couramment porté dans le sud-est de l'Asie.

Assis devant les spectateurs réfugiés afghans, il se dresse au-dessus des autres acteurs et parle d'une voix bourrue. Il faut beaucoup d'imagination pour le transposer dans le rôle d'une « épouse » qu'il interprète dans cette pièce sur la violence domestique. Toutefois c'est un compromis culturel nécessaire afin d'aborder des problèmes qui sont tabous dans cette communauté conservatrice.

Jeudi dernier, Struggle for Change (SACH), une organisation non gouvernementale pakistanaise financée par le HCR, a organisé une pièce de théâtre pour des réfugiés afghans à Losar Sharfu, un village de la province pakistanaise du Punjab. L'événement faisait partie de la campagne mondiale des 16 journées d'action contre la violence sexiste, qui se déroule du 25 novembre au 10 décembre chaque année.

« La violence domestique est un sujet particulièrement sensible et nous allons au-devant de problèmes si nous l'abordons de façon directe », a dit Khalida Salami, la directrice exécutive de SACH. « Le théâtre est un outil permettant de passer facilement le message de la sensibilisation contre la violence sexiste, au sein de la communauté afghane. »

Afin de sensibiliser les membres de cette communauté qui travaillent de longues heures dans les briqueteries voisines, l'ONG a fait son possible pour que la pièce de théâtre se déroule à leur porte, devant la mosquée locale sur une colline surplombant les champs.

« C'est l'histoire de deux collègues qui ont perdu leur commerce mais qui se comportent de différentes façons à la maison », a expliqué Abdullah, l'auteur du texte qui est aussi acteur dans la pièce.

Le public, composé uniquement d'hommes, suivait avec attention le jeu d'un acteur déchargeant sa colère sur sa famille, réprimandant sa femme pour les plats qu'elle avait préparés, donnant une claque à son fils et jetant ses livres dehors. Par contraste, son collègue arrivait dans la maison, le remerciait pour son repas et discutait calmement avec sa femme. En tant qu'ami et formateur, Abdullah a rappelé aux spectateurs que le Coran apprenait à s'aimer les uns les autres.

« Je suis convaincu qu'après avoir assisté à la pièce de théâtre d'aujourd'hui sur les solutions pour mettre fin aux violences, le peuple afghan - et spécialement les hommes - vivront dans la paix et le calme », a-t-il dit ensuite.

Le berger Said Omer Khan était d'accord, « j'ai appris deux choses en regardant cette pièce de théâtre - la première est que nous ne devrions jamais nous disputer pour de petits problèmes et la seconde est que nous ne devrions pas mettre en péril la paix dans notre foyer. Alors, nous aurons une vie normale. »

Haji Mohammad Shah, un chef de clan de la communauté afghane de Losar Sharfu, en a convenu. « Une vie remplie de colère n'est pas une vie », a dit ce vendeur de bétail, âgé de 61 ans. « A partir de maintenant, nous allons essayer de passer notre vie dans la paix et de laisser la violence domestique en dehors de notre maison. »

Des pièces de théâtre similaires seront organisées l'année prochaine pour les femmes réfugiées afghanes, afin de les aider à comprendre leurs droits au sein de leur communauté et de leur famille.

Par Asif Shahzad à Losar Sharfu, Pakistan