Nouvelle vie au Canada pour une jeune réfugiée iraquienne victime de prostitution forcée

Pour une jeune réfugiée iraquienne, vendue comme esclave sexuelle par son propre père, la réinstallation au Canada est synonyme d'un avenir meilleur.

Accompagnée par une employée du HCR chargée de la protection, Hiba (à droite) se dirige vers l'aéroport de Damas, d'où elle rejoindra le Canada.  © HCR/D.al-Achi

DAMAS, Syrie, 31 décembre (UNHCR) - Pour tout réfugié, la chance de commencer une nouvelle vie au Canada est un cadeau convoité. Pour Hiba* qui arbore un large sourire tout en rejoignant la porte d'embarquement à l'aéroport de Damas, l'avion à bord duquel elle montera signifie qu'elle laissera derrière elle l'horreur indicible du viol, de l'exploitation, de la traite d'êtres humains et de la prison - une vie déjà remplie de tourments à l'âge de 17 ans.

Le sort d'Hiba semble avoir été scellé quand sa mère l'a abandonnée avec son père à Bagdad, alors qu'elle avait tout juste sept ans. Quand elle a eu 15 ans, il l'a forcée au mariage mutaa, le mariage temporaire, avec un cousin.

Selon la coutume traditionnelle locale, Hiba a été mariée de façon informelle à son cousin pour 48 heures, mais il l'a abandonnée après avoir satisfait son désir sexuel. Le père d'Hiba a refusé son retour à la maison.

Il l'a ensuite persuadée qu'ils pourraient retrouver sa mère en Syrie, et ils sont partis à sa recherche. A la frontière entre l'Iraq et la Syrie, Hiba est allée aux toilettes, après quoi elle a découvert qu'il avait disparu. Elle s'est vite rendue compte que son père l'avait vendue à un étranger. Le cauchemar d'Hiba ne faisait alors que commencer.

Prise au piège dans un pays où elle ne connaissait personne, Hiba n'avait pas d'autre choix que de faire confiance à l'homme lui ayant fait comprendre qu'il la protégerait. Au lieu de cela, il l'a conduite auprès d'autres hommes, dont elle a subi des viols répétés. Quelques jours plus tard, elle a été amenée dans un club de Damas, elle a dû apprendre à danser de façon provocante la danse du ventre pour attirer l'attention des clients et elle a été forcée à se prostituer durant près de deux ans.

Quand elle est tombée enceinte, les ravisseurs de Hiba l'ont toutefois abandonnée à son sort dans les rues et elle a dû se débrouiller toute seule. Peu après, elle a été trouvée par des travailleurs sociaux locaux et elle a été placée dans un centre de réhabilition pour mineurs à Damas. Hiba s'est sentie en sécurité pour la première fois depuis des années et elle a été réconfortée par les travailleurs sociaux du centre. Il était clair que le centre ne pouvait toutefois pas devenir sa maison.

« Quand je suis arrivée la première fois, j'avais peur et j'étais terrifiée par ce qui allait m'arriver ensuite », a expliqué Hiba. « Très vite, j'ai été rassurée par la présence d'autres filles qui avaient vécu des situations similaires. Nous sommes devenues des soeurs, elles ont remplacé ma famille. J'ai aussi réalisé que je n'étais pas un cas isolé. Un grand nombre de filles ont besoin d'aide et d'assistance. »

Hiba est restée au centre durant plusieurs semaines avant d'être identifiée par un travailleur social syrien qui a fait état de son cas au bureau du HCR à Damas, lequel a soumis son dossier d'urgence pour une réinstallation. Le Canada a répondu à l'appel d'urgence.

Les chargés de protection du HCR indiquent que, dans de nombreux pays d'asile, un nombre croissant de femmes et de jeunes filles iraquiennes sont forcées à se prostituer contre leur volonté voire en désespoir de cause, pour des raisons économiques.

Aseer Al Madaien, chargé de protection au bureau du HCR à Damas, indique que le HCR fait son possible pour identifier les femmes comme Hiba qui sont exploitées. « Avec l'aide des institutions syriennes, nous essayons constamment d'accroître nos efforts en termes de prévention », a dit Aseer Al Madaien. « Nous comptons sur le soutien des partenaires locaux, des services publics et des ONG dont le travail concerne spécifiquement les femmes vulnérables. »

Le dernier jour de 2008, Le ministère syrien des affaires sociales et du travail ainsi que l'Organisation internationale pour les migrations ont annoncé l'établissement du premier centre d'hébergement pour les victimes de la traite d'êtres humains comme Hiba. Il vise à fournir un havre de sécurité pour les survivants de trafics d'êtres humains, les femmes iraquiennes et leurs enfants étant l'un des groupes cibles pour cette assistance. Ce projet, auquel collaborent aussi d'autres agences des Nations Unies et des ONG locales, vise à construire des réseaux de référence pour les survivants et il est à espérer que d'autres centres de ce type seront établis dans l'avenir.

Selon le Gouvernement syrien, on compte environ 1,2 millions de réfugiés iraquiens en Syrie, dont plus de 220 000 sont enregistrés auprès de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés. Sur ces personnes, plus de 2 800 sont des femmes vulnérables. En 2007, le HCR en Syrie a demandé aux pays de réinstallation d'accepter l'accueil de 945 femmes et enfants vulnérables. L'organisation souhaiterait cependant trouver des places dans des pays tiers pour encore davantage de personnes vulnérables.

Pour Hiba, l'avenir semble finalement lui sourire. Elle habite maintenant en sécurité au Canada chez des parents nourriciers, elle a récemment donné naissance à une petite fille qu'elle a appelée Zaman, ce qui signifie « temps ». Peut-être Hiba pensait-elle à son avenir - un temps pour se reconstruire, un temps pour cicatriser ses blessures et un temps pour commencer une nouvelle vie.

Par Dalia al-Achi à Damas

* Le nom a été modifié pour des raisons de protection