António Guterres évoque les défis mondiaux de protection devant le Conseil de sécurité de l'ONU

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a présenté, ce jour, au Conseil de sécurité des Nations Unies les défis auxquels est confrontée son agence chargée de s'occuper de dizaines de millions de personnes déracinées.

Le Haut Commissaire pour les réfugiés António Guterres durant sa déclaration au Conseil de sécurité des Nations Unies jeudi.  © Département de l'Information publique de l'ONU/Eskinder Debebe

NEW YORK, Etats Unis, 8 janvier (UNHCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a présenté, ce jour, au Conseil de sécurité des Nations Unies les défis auxquels est confrontée son agence chargée de s'occuper de dizaines de millions de personnes déracinées dans un environnement international de plus en plus complexe, et souvent dangereux.

António Guterres a remarqué que, depuis sa dernière présentation devant le Conseil de sécurité en 2006 - à une époque où le nombre de réfugiés était à son plus bas niveau depuis 25 ans - une hausse significative des déplacements avait eu lieu, principalement en raison des conflits en Iraq et en Somalie. Aujourd'hui, le HCR travaille dans près de 120 pays en faveur de quelque 32 millions de réfugiés, déplacés internes et autres personnes relevant de sa compétence. Plus de 80 pour cent de ses 6 000 employés travaillent sur le terrain, dont 60 pour cent dans des lieux d'affectation difficiles et souvent dangereux.

Le Haut Commissaire a énuméré les conflits dans le monde ayant créé des millions de réfugiés et posé d'énormes défis humanitaires. Un groupe de crises très médiatisées - allant du sud et du sud-ouest de l'Asie en passant par le Moyen-Orient et le Soudan, le Tchad et par la corne de l'Afrique - représente environ deux tiers des réfugiés mondiaux et comprend l'Afghanistan, l'Iraq, le Darfour et la Somalie. Ces conflits sont désormais interdépendants et ont, ensemble, des conséquences majeures pour la paix et la sécurité mondiales. Ils nécessitent une réponse humanitaire forte, a-t-il dit, mais toute solution durable doit être politique.

« Bien qu'il soit absolument vital que les victimes des conflits armés reçoivent une protection et une assistance essentielles, nous devons aussi reconnaître les limites de l'action humanitaire et son incapacité à résoudre des conflits profondément enracinés au sein des Etats et entre Etats », a-t-il déclaré.

En Afghanistan, l'intensification du conflit et la prise pour cible délibérée des travailleurs humanitaires restreignent désormais l'accès humanitaire à environ la moitié du pays, a indiqué António Guterres. Toutefois, les réfugiés afghans continuent à rentrer chez eux avec le soutien du HCR - soit environ 278 000 personnes pour la seule année 2008, principalement depuis le Pakistan. La plupart d'entre eux ne sont cependant pas rentrés en raison d'une amélioration significative de la situation en Afghanistan, mais à cause de l'insécurité croissante et des difficultés économiques au Pakistan. Le Pakistan a lui-même été le théâtre du déplacement d'environ 300 000 de ses concitoyens dans la Province frontière du Nord-Ouest et dans les zones tribales placées sous administration fédérale, le long de la frontière afghane. Cela a mis en lumière le fait que la situation afghane ne pouvait être réglée seule, raison pour laquelle le HCR et le gouvernement de Kaboul ont récemment organisé une conférence internationale visant à consolider une stratégie globale pour le retour durable et la réintégration des personnes déracinées originaires de ce pays.

En Iraq, le HCR travaille aussi avec le gouvernement afin de créer les conditions nécessaires pour l'éventuel retour volontaire et la réintégration durable des réfugiés et des personnes déplacées internes, a indiqué António Guterres, ajoutant que la route était encore longue avant que ce travail préparatoire ne s'effectue. Le HCR a renforcé sa présence en Iraq dans la plupart des 17 gouvernorats du pays. Parallèlement, a-t-il expliqué, il est impératif que les autres gouvernements accueillant plus de deux millions de réfugiés iraquiens préservent leur « espace d'asile » avec le soutien et l'assistance de la communauté internationale.

En plus de ces situations médiatisées et interdépendantes, António Guterres a déclaré que d'autres conflits souffraient d'un manque d'attention de la part de la communauté internationale car leur impact est local ou au mieux régional, et parce qu'ils ne sont pas considérés comme ayant des implications sur la sécurité mondiale. Ils incluent des crises se déroulant dans des endroits comme la République centrafricaine, où quelque 300 000 personnes ont été déracinées, ainsi que la République démocratique du Congo (RDC).

« Pour faire écho à mes précédentes remarques, il n'y a pas de solution humanitaire à ce conflit », a-t-il expliqué à propos de la RDC, où le HCR et d'autres agences luttent pour venir en aide à des centaines de milliers de personnes déplacées dans un contexte de violence permanente et d'abus massifs des droits humains. « La solution doit être politique et impliquer la RDC, le Rwanda, d'autres acteurs régionaux et la communauté internationale dans son ensemble. »

António Guterres a noté que les formes de déplacement forcé devenaient aussi plus complexes et interdépendantes et, par ailleurs, exacerbées par la combinaison du changement climatique, de la pauvreté extrême, de la mauvaise gouvernance et des conflits. A cela pourrait s'ajouter l'impact sur les pays développés de l'actuelle débâcle financière mondiale et de la récession économique.

Le Haut Commissaire a cité aussi des défis sécuritaires spécifiques auxquels sont confrontées son agence et la communauté internationale dans la réponse aux crises humanitaires, à commencer par le maintien de la paix et la protection des civils dans des situations où il n'y a, en réalité, aucune paix à préserver.

« En tant qu'agence humanitaire, le HCR a une capacité limitée à fournir une sécurité physique à ses bénéficiaires », a-t-il dit. « Dans certaines situations, garantir la sécurité des camps et maintenir leur caractère civil, et humanitaire, est possible uniquement avec le soutien des troupes de maintien de la paix. »

Dans la région reculée de l'est du Tchad, où le HCR gère 12 camps accueillant près de 250 000 réfugiés originaires de la région du Darfour au Soudan, une force de maintien de la paix efficace a été cruciale pour dissuader les attaques menées contre les réfugiés, pour empêcher le recrutement des enfants réfugiés par des groupes armés et pour réduire la menace du banditisme et des violences sexuelles.

« Cependant, dans les situations où il n'y a aucune paix à préserver, les mandats de protection des civils doivent être suffisamment clairs et forts, et bénéficier d'un soutien politique et matériel suffisant », a dit António Guterres. « De nombreuses opérations de maintien de la paix commencent dans une situation de relative tranquillité, pour être ensuite affectées par une dégradation de l'environnement sécuritaire. »

La sécurité des travailleurs humanitaires essayant de venir en aide aux réfugiés est un défi parallèle, a-t-il dit, notant qu'ils risquent souvent leur vie pour aider des populations vulnérables.

« Garantir la sécurité du personnel doit être l'une des premières priorités de chaque organisation humanitaire et des Nations Unies dans leur ensemble. Cela n'est pas négociable », a indiqué António Guterres. Et pourtant, avec la nature évolutive des conflits armés, les travailleurs humanitaires sont de plus en plus pris pour cible de manière délibérée, ce qui crée une tension entre les impératifs de sécurité du personnel et une action humanitaire efficace. C'est un problème qui continue de générer des dilemmes aigus. »