La Grèce face aux flux de la migration mixte

La police grecque a arrêté quelque 13 000 migrants irréguliers et demandeurs d'asile à Lesvos en 2008, mettant ainsi à rude épreuve les infrastructures de détention et d'asile dans cette île.

Des boat people débarquent à terre après avoir été interceptés par un navire garde-côtes grec.  © Ministry of Mercantile Marine/J.Vahlotis

MYTILINI, Grèce, 19 janvier (UNHCR) - Le nombre des migrants irréguliers et des demandeurs d'asile, détenus l'année dernière sur l'île grecque de Lesvos après avoir effectué la traversée depuis la Turquie, a plus que doublé entre le chiffre de 6 147 observé en 2007 et celui de 13 252 en 2008, incluant des milliers d'enfants.

Une augmentation du nombre d'arrestations - s'élevant à près de 70 000 dans tout le pays durant les sept premiers mois de 2008 en comparaison du chiffre de 60 000 pour la même période en 2007 et de 40 000 pour toute l'année 2005 - a aussi été observée dans de nombreuses autres îles de la mer Egée. Cette augmentation met à rude épreuve les infrastructures.

« Lesvos est le point d'entrée principal [en terme du nombre d'arrivants] pour les migrants irréguliers », a expliqué Pavlos Voyiatzis, le préfet de Lesvos, au HCR durant une visite dans l'île en 2008.

Il faisait référence aux personnes déterminées qui effectuent la traversée, de courte durée mais souvent dans une mer démontée, depuis la Turquie sur des bateaux rouillés ou des dériveurs en fibre de verre. Certains prennent la mer de nuit ou lorsque la mer est forte, et l'année dernière au moins 61 personnes sont mortes ou sont portées disparues en tentant la traversée, en comparaison du chiffre de 160 en 2007.

Nombre de ceux qui arrivent sur les côtes grecques sont des migrants économiques, mais un nombre significatif de personnes ont besoin d'une protection internationale après avoir fui le conflit ou la persécution dans leur pays d'origine. Très peu soumettent une demande d'asile dans leur lieu d'arrivée - soit seulement 25 à Lesvos en 2008.

« Ils ne demandent pas le statut de réfugié pour de nombreuses raisons. Ils veulent se rendre soit à Athènes soit dans d'autres pays de l'UE [Union européenne] », a expliqué Panagiotis Samaras, le directeur adjoint de la sécurité à Lesvos, ajoutant qu'un grand nombre d'arrivants espérait éviter le système d'asile grec car, en cas d'arrestation ultérieure dans un autre pays de l'Union européenne, ils pourraient être expulsés de nouveau vers la Grèce pour que leur demande d'asile y soit traitée.

Tous ceux qui sont arrivés à Lesvos sont placés en détention et ils font l'objet d'une décision d'expulsion (qu'ils ait besoin de protection ou non), mais celle-ci est rarement appliquée. Ceux qui soumettent une demande d'asile à Lesvos passent davantage de temps en détention, mais tous sont en fin de compte transférés à Athènes, où 95 pour cent des demandes d'asile sont déposées.

Il y a un seul centre de détention à Lesvos et le nombre croissant d'arrivants met à rude épreuve cette infrastructure, qui est située à Pagani près de Mytilini, la capitale de Lesvos. Le centre a une capacité de 280 personnes. Néanmoins quand une équipe du HCR s'est rendue sur place en novembre, on y comptait 990 personnes. Un centre séparé ouvert pour les mineurs non accompagnés peut accueillir 96 enfants.

Des hommes, des femmes et des enfants sont maintenus en détention à Lesvos durant des semaines, et dans certains cas durant des mois, car l'administration accuse du retard dans le traitement de leur dossier.

En plus d'une surpopulation élevée, des organisations non gouvernementales et d'autres observateurs font état de violations des droits humains subies par les détenus à Pagani qui n'ont pas le droit de sortir dans la cour chaque jour. Les autorités disent ne pas avoir suffisamment de surveillants pour contrôler à la fois les périodes de promenade et les détenus restés à l'intérieur.

Les observateurs disent aussi que les conditions d'hygiène et les systèmes d'assainissement sont insuffisants, avec environ 150 personnes devant se partager l'usage d'une salle de bains et d'un WC. De ce fait, ils disent que les risques d'épidémie et de maladies sont très élevés. De plus, il y a un seul médecin pouvant gérer les urgences.

Le HCR a lancé plusieurs appels aux autorités grecques pour obtenir la fermeture du centre de Pagani et l'ouverture de nouvelles installations qui respectent les normes minimales du droit international pour les centres de détention. Les autorités reconnaissent ce problème.

« Pagani était approprié il y a deux ans, mais il est devenu clairement insuffisant avec l'augmentation marquée du nombre des arrivées », a expliqué Pavlos Voyiatzis, le préfet de Lesvos. « Nous avons obtenu le feu vert pour un nouveau centre de détention ayant une capacité de 1 000 personnes, mais il ne sera pas prêt avant au moins 18 mois. »

Le préfet a indiqué qu'il recherchait des solutions à moyen terme - incluant le transfert des personnes vers des logements temporaires - pour améliorer les conditions à Pagani, qui ont suscité des manifestations, des grèves de la faim et des menaces de suicide en juin dernier. Peu après, les autorités de l'île ont annoncé la création d'un centre spécifique pour mineurs dans le village pittoresque d'Agiasos.

La création de cet établissement ouvert, situé à environ 35 kilomètres au nord de Mytilini, est un développement positif - parmi les 13 252 personnes détenues l'année dernière à Lesvos se trouvaient 3 649 mineurs, dont nombre d'entre eux étaient non accompagnés.

Les enfants peuvent y rester aussi longtemps qu'ils le souhaitent - lorsque le HCR s'est rendu sur place l'année dernière, certains d'entre eux étaient présents depuis quatre mois. Beaucoup ont des proches dans des pays de réinstallation comme l'Australie, le Canada, les Pays Bas et le Royaume-Uni. Un juriste employé au centre recherche des solutions pour que ces enfants puissent rejoindre leurs proches.

Le problème des flux de migration mixte irrégulière vers la Grèce ne devrait cependant pas ralentir en 2009, ce qui signifie que le gouvernement devra encore améliorer ses installations pour gérer les arrivées supplémentaires. De plus, la situation à Pagani est similaire à celle de nombreuses autres parties de la Grèce comme l'île voisine de Samos, où un nouveau centre de détention a plus que doublé sa capacité initiale de 300 personnes.

Dans le port de Patras, à l'ouest du pays, des milliers de personnes venant de l'Asie centrale, de l'Afrique et du Moyen-Orient vivent dans des huttes faites de déchets, de morceaux de cartons et de plastique. Une action est nécessaire pour garantir leur dignité en améliorant leurs conditions de vie.

Par Ketty Kehayioylou à Mytilini, Grèce