Questions/Réponses : Rose Mapendo met sa vie tragique au service des autres

Rose Mapendo, une femme d'ethnie tutsie originaire de l'est du Congo, a beaucoup souffert avant de s'installer aux Etats-Unis et de consacrer sa vie aux autres.

Rose Mapendo se rend dans une clinique dirigée par Mapendo International au Kenya.  © Mapendo International

WASHINGTON DC, Etats-Unis, 23 janvier (UNHCR) - En 1998, quatre ans après que le génocide rwandais ait causé la mort de près d'un million de personnes d'ethnie tutsie et de modérés hutus, l'armée rwandaise tutsie envahit la République démocratique du Congo (RDC), marquant le début d'une nouvelle vague de violences contre les Tutsis congolais. Rose Mapendo et son mari, tous deux tutsis, vivaient avec leurs sept enfants dans l'est de la RDC quand la campagne anti-tutsie a commencé. Elle est passée par d'atroces épreuves et par une terrible fuite avant de se voir offrir un nouveau foyer aux Etats-Unis. Elle est aujourd'hui devenue une défenseuse inspirée de la cause des réfugiés et milite ardemment en faveur de la paix. Rose Mapendo, qui vit à Phoenix, en Arizona, s'est récemment entretenue avec le chargé principal de l'information Tim Irwin à Washington. Voici quelques extraits de cet entretien :

Du fait des violences contre les Tutsis, vous et votre famille avaient été arrêtées en 1998. Que s'est-il passé ?

Le gouvernement a envoyé des policiers à ma maison. Ils cherchaient mon époux. Après leur départ, j'ai dit à mon mari de partir se cacher. Je savais la situation dangereuse pour les hommes mais je n'avais pas réalisé qu'elle l'était aussi pour les femmes et les enfants. Quelque temps plus tard, les militaires sont revenus et nous ont emmenés par camion dans un camp de prisonniers.

Quelles étaient les conditions dans cette prison ?

Cela ressemblait plus à un camp de la mort qu'à une prison. J'y suis restée pendant 16 mois. Nous étions entassés dans des pièces sans porte et les gardes nous surveillaient constamment. Nous n'étions pas autorisés à sortir. Les hommes ont été rapidement tués, y compris mon mari. Beaucoup d'enfants ont péri à cause du froid, car ils dormaient à même sur le sol en ciment, ou de faim. Chaque jour ils venaient et emmenaient quelques personnes pour les abattre. Quand j'ai été amenée sur place, je n'avais pas réalisé que j'étais enceinte. Quand j'ai accouché, j'ai donné le nom du commandant du camp à mes jumeaux, ce qui est considéré comme un grand honneur. Plus tard, lorsque l'ordre est venu de nous tuer, le commandant s'est arrangé pour que moi et ma famille soyons transférés dans une autre prison à Kinshasa [la capitale de la RDC]. Deux semaines plus tard, on m'a envoyée dans un centre de protection géré par la Croix-Rouge.

De Kinshasa vous avez été évacuée au Cameroun dans le cadre d'un programme d'urgence du Gouvernement américain pour réinstaller les réfugiés tutsis hors du Congo. Que pensiez-vous de l'idée de vous rendre aux Etats-Unis ?

Cela a été une grande joie d'apprendre que j'allais être autorisée à y vivre avec mes enfants, qu'ils n'allaient pas être tués. Dans ce camp de la mort, nous pensions que chaque jour serait le dernier. Chaque matin était une sorte de cadeau. Vous ne pouvez pas imaginer combien j'ai été heureuse de savoir que j'allais pouvoir vivre comme les autres.

A quel défi avez-vous été confrontée lors de votre arrivée aux Etats-Unis en juillet 2000 ?

Les défis étaient si nombreux ! Je ne parlais pas anglais ; je n'avais pas d'ami ; j'étais une mère célibataire avec neuf enfants dans un pays nouveau. Mais j'étais vraiment heureuse de me trouver dans un endroit sûr.

Quelles sont les activités de Mapendo International et quel rôle occupez-vous ?

Mapendo International travaille pour venir en aide aux personnes dont la vie a été anéantie par la guerre et la violence, et qui ont été oubliées par l'aide humanitaire déjà existante. Son fondateur [Sasha Chanoff] faisait partie de l'équipe de sauvetage qui m'a évacuée au Cameroun. Il m'a posé, à moi et à d'autres réfugiés, de très nombreuses questions sur nos vies. Puis, il m'a demandé s'il pouvait donner mon nom à son organisation à titre honorifique. Je pense qu'il s'est dit qu'à travers mon histoire, les gens pourraient mieux comprendre ce que cela signifie d'être un réfugié.

Depuis votre arrivée aux Etats-Unis, vous avez pris part à de nombreux événements pour sensibiliser le public à la question des réfugiés, y compris lors du lancement, le mois dernier à New York, de la campagne du HCR « Gimme Shelter ». D'où vous vient votre motivation ?

De nombreuses personnes ont entendu parler des réfugiés par la télévision ou la presse. Parce que j'ai vécu cette expérience, je veux les aider à saisir ce qu'endurent les réfugiés. Je veux aussi leur rappeler que les réfugiés sont des gens comme vous et moi. Ce n'est pas parce qu'ils vivent dans un camp de réfugiés qu'ils ne méritent pas d'être heureux. Nous devons donner aux réfugiés des raisons d'espérer.

Comment se portent vos jumeaux, nés dans le camp d'emprisonnement ?

Ils vont bien. Ils ont presque dix ans maintenant et sont en cours élémentaire (CM1). Mon fils aîné va au lycée et ma fille étudie afin de devenir infirmière. Je suis aussi reconnaissante envers les gens qui nous ont aidés et nous ont donné de l'espoir. Quand je suis venue ici, j'étais veuve ; je n'avais rien. Aujourd'hui, je regarde mes enfants et je vois qu'ils réussissent aussi bien que les autres. C'est une grande joie pour moi et je remercie le Gouvernement américain pour ce qu'il a accompli en faveur des réfugiés.