Des peintres iraquiens exposent en Syrie

Le HCR inaugure une exposition présentant des oeuvres d'art très diverses, réalisées par plus de 20 artistes iraquiens vivant en Syrie, cette exposition leur donnant ainsi une rare chance de faire connaître leur travail auprès d'un large public.

Wadhah Mahdi près de l'une des oeuvres colorées.  © HCR/G.Brust

DAMAS, Syrie, 25 mars (HCR) - L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a inauguré une exposition présentant des oeuvres d'art très diverses réalisées par 22 Iraquiens, leur donnant ainsi une rare chance de faire connaître largement leur travail à un public averti.

Plus de 250 personnes étaient présentes lors de l'inauguration de l'exposition « Transitions » mardi soir au centre culturel iraquien, y compris des diplomates, des représentants du Gouvernement syrien, des réfugiés et des travailleurs humanitaires. Plusieurs peintures ont été vendues, apportant un revenu dont le besoin se fait tant ressentir à certains des artistes, dont la plupart sont des réfugiés.

Philippe Leclerc, le délégué du HCR par intérim en Syrie, lors de l'inauguration, a indiqué que l'art « reflète les talents et les ressources de la population iraquienne » ainsi que « le regard important des artistes sur la situation des réfugiés et de l'Iraq. »

La plupart des artistes dont le travail a été présenté habitent à Damas, et ils ne peuvent pas rentrer chez eux en Iraq pour des raisons de sécurité. D'autres ont effectué de brèves visites en Iraq ces derniers mois, mais ils n'ont pas décidé de rentrer définitivement. L'un des artistes n'a jamais quitté l'Iraq, mais il n'a pu exposer son art depuis plusieurs années à cause de la situation à Bagdad.

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Les « artistes de Babylone », comme ce groupe de peintres s'est lui-même appelé - y compris quatre femmes - reflètent le vécu et les moyens d'existence des réfugiés iraquiens en Syrie et au-delà. Certains travaux sont fondés sur la calligraphie arabe traditionnelle. D'autres sont purement abstraits : depuis des traits épais de couleurs rouge, jaune et verte se rejoignant au centre des peintures de Waddah Mahdi jusqu'aux nuages de couleurs caractérisant le travail de Majid Hashim.

« Je trouve l'inspiration dans l'histoire de l'art de mon pays », a expliqué Majid Hashim, qui est un professeur d'art. Il a ajouté qu'il « y a une longue histoire d'arts visuels depuis la culture ancienne iraquienne, depuis l'héritage de Babylone. » Originaire de cette ville antique, il a fui vers la Syrie avec sa femme et ses deux enfants en 2006, après qu'ils aient reçu des menaces de la part de milices.

Le travail très abstrait d'Omar Odeh, « Love story » reflète son optimisme au sujet de la situation en Iraq. Avec sa famille, il a fui vers Damas il y a trois ans pour échapper à une vague de sectarisme qui balayait l'Iraq. Il est rentré récemment à Bagdad pour rendre visite à sa famille et à ses amis et il a décrit la situation sécuritaire comme s'étant « beaucoup améliorée ».

A la différence de ses collègues artistes, Waleed Hassan a subi des persécutions pour son travail par un groupe qui lui reprochait sa représentation de formes humaines dans ses oeuvres. En exil depuis sept mois avec sa femme et deux de ses quatre enfants, Waleed Hassan utilise à la fois les couleurs et les paysages pour se remémorer une Iraq plus pacifique.

Il montre une peinture aux couleurs jaune et marron, rouge et bleue et il explique que « c'est son souvenir de marécages situés dans le sud de l'Iraq, où des personnes vivent sur l'eau dans de petits bateaux ou de petites maisons. » Sur une autre de ses peintures, on peut voir un paysage du sud de Bagdad où, avec sa famille, il a recherché un abri au début de la guerre du golfe en 2003.

Une troisième peinture montre le quartier central historique de Bagdad. Deux silhouettes traversent le marché, mais leur forme est allongée, ce qui donne l'impression qu'elles oscillent dans le vent. « La vieille ville de Bagdad n'est plus ce qu'elle était », a expliqué Waleed Hassan. « Mais avec toutes ces peintures, nous essayons d'entretenir les souvenirs. »

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L'exposition de Damas, qui se tiendra jusqu'au 16 avril, fait partie d'une initiative lancée il y a deux ans par le HCR et le Service d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) pour donner aux réfugiés en Syrie l'opportunité de raconter leur vécu.

Le programme « Express Yourself » a financé plusieurs expositions d'art et a ouvert un site Internet pour les artistes iraquiens. Un CD de musique iraquienne est en cours de préparation et plusieurs films tournés par des réalisateurs iraquiens ont été présentés à des festivals de films en Syrie, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Par Frederick Deknatel à Damas, Syrie