Un projet du HCR révèle que les demandeurs d'asile adolescents ont besoin d'être mieux traités en Europe centrale

Compte tenu de l'augmentation du nombre de demandeurs d'asile adolescents qui voyagent seuls, un projet HCR-UE montre que des lacunes existent dans les systèmes d'asile conçus pour les adultes.

Adolescents réfugiés en Roumanie. Le nombre de demandeurs d'asile mineurs en Europe connaît une augmentation rapide mais ils restent canalisés dans une procédure conçue pour les adultes.  © HCR/B.Szandelszky

VIENNE, Autriche, 4 juin (HCR) - Alors que de plus en plus d'adolescents sollicitent le statut de réfugié à titre personnel en Europe centrale, ils considèrent que les systèmes d'asile bien adaptés aux adultes ne répondent pas toujours de manière satisfaisante à leurs besoins.

C'est l'une des principales conclusions qui ressort à l'issue des huit premiers mois du projet le plus important jamais réalisé par le HCR - avec un cofinancement de l'Union européenne - pour améliorer les décisions en matière d'asile dans huit pays d'Europe centrale.

« J'ai été très frappée par le fait que l'Allemagne comptait plus de 3 000 demandeurs d'asile non accompagnés, âgés de moins de 18 ans, l'année dernière » a déclaré Natasa Hrncarova, agent du HCR responsable de l'évaluation du travail des fonctionnaires chargés de prendre les décisions en matière d'asile en Slovaquie. « Cela représente plus de trois fois le nombre total de demandeurs d'asile - de tous âges - enregistré en Slovaquie en 2008 ».

Natasa Hrncarova s'exprimait après une récente conférence organisée à Vienne au cours de laquelle les évaluateurs d'Allemagne, d'Autriche, de Bulgarie, de Hongrie, de Pologne, de Roumanie, de Slovaquie et de Slovénie ont fait le point sur les progrès réalisés depuis septembre 2008.

Parmi les autres conclusions importantes, on trouve le besoin urgent pour les demandeurs d'asile de disposer d'informations juridiques simplifiées, dans leur propre langue, pour comprendre la complexité du droit d'asile de l'UE et ses implications pour leur propre avenir, ainsi que la nécessité d'accorder une plus grande attention au niveau professionnel de l'interprétation, à toutes les étapes de la procédure.

Dans le cadre du projet, dont la réalisation est actuellement à mi-parcours, les évaluateurs ont assisté à des entretiens de détermination du statut de réfugié et analysé les dossiers pour détecter les lacunes dans la prise de décision en première instance.

Leurs conclusions ont été utilisées pour élaborer des recommandations adaptées à chaque pays. Ces dernières incluent des ateliers, des programmes de tutorat, des lignes directrices pratiques et des check-lists pour les fonctionnaires chargés de l'asile, susceptibles d'améliorer immédiatement les procédures et la qualité des décisions.

Au début, les fonctionnaires chargés de l'asile appréhendaient que les évaluateurs observent leurs entretiens et examinent leurs dossiers. Mais progressivement les agents instructeurs ont pris conscience du fait que les évaluateurs n'étaient pas simplement des auditeurs, mais des homologues experts, dont les conseils étaient constructifs et utiles. La suspicion a alors laissé place à la collaboration et à l'amitié. « Maintenant ils m'appellent quand ils ont des questions » a déclaré un évaluateur national.

Sébastiaan de Groot, président de l'Association internationale des juges en droit des réfugiés, et évaluateur extérieur, a affirmé qu'il était « impressionné par les compétences et le zèle des évaluateurs nationaux et l'esprit de coopération dans les relations de travail avec leurs collègues gouvernementaux. C'est un projet très intéressant ».

Michael Ross, éminent juge de l'asile canadien, soustrait de sa retraite pour diriger ce projet d'un montant de 500 000 euros, a déclaré qu'il avait été surpris et quotidiennement satisfait des accomplissements du projet.

Il a affirmé qu'il existait une « prise de conscience croissante avec nos partenaires que chacun d'entre nous avait beaucoup à apprendre de l'autre pour parvenir à l'objectif commun consistant à atteindre le meilleur niveau de protection possible des réfugiés dans la région ».

La désignation de conseillers pour les enfants séparés, dès les premiers entretiens, la formation des tuteurs sur la manière de représenter efficacement les intérêts des demandeurs d'asile et l'utilisation de meilleures procédures pour déterminer l'âge précis des demandeurs de moins de 18 ans, figurent parmi les recommandations les plus communes qui se dégagent jusqu'à présent.

En Autriche, l'Agence fédérale d'asile a pris les conclusions du projet à coeur. Suite aux recommandations formulées par l'évaluateur national, l'Autriche affirme qu'elle veille davantage à ce que des conseillers juridiques soient présents dès que des demandeurs d'asile mineurs sont interrogés par la police, ainsi qu'au cours des entretiens d'asile. L'Autriche a également amélioré ses méthodes de détermination de l'âge des demandeurs.

« Il est très gratifiant de constater que nos recommandations sont appliquées avec tant de rapidité et de succès », a déclaré Markus Kainradl, évaluateur national chargé de la détermination du statut de réfugié au bureau du HCR à Vienne.

Par Melita H. Sunjic à Vienne, Autriche