Afrique du Sud : changement du schéma de déplacement depuis le Zimbabwe

L'UNHCR a noté certains développements inquiétants concernant le schéma de déplacement depuis le Zimbabwe, suite aux élections générales de mars dernier, et l'accélération des déplacements depuis le deuxième tour de scrutin présidentiel du 27 juin. Davantage de réfugiés traversent la frontière pour entrer en Afrique du Sud afin de demander l'asile. Auparavant, la majorité des Zimbabwéens qui traversaient la frontière étaient des hommes (environ 90 pour cent) ou des femmes seuls cherchant du travail. Maintenant, nous observons un nombre croissant de familles à cause des violences politiques, plusieurs personnes montrant des signes de violences physiques et de torture.

Dans la ville de Musina, près de la frontière avec le Zimbabwe située au nord du pays, il y a une présence visible de Zimbabwéens vulnérables dormant à même le sol dans la brousse, mendiant aux feux de circulation, manifestement en situation difficile et ayant désespérément besoin d'aide humanitaire. La plus grande part du soutien qu'ils reçoivent est assurée par des groupes religieux mais les ressources de ces groupes sont très limitées. Nous étudions actuellement comment l'UNHCR peut renforcer ces efforts d'assistance.

Une autre indication de l'évolution de la situation de réfugiés est l'affluence grandissante de Zimbabwéens - environ 3 000 à 4 000 - qui approchent le bureau d'enregistrement des réfugiés de Crown Mines à Johannesbourg les jeudis et vendredis, des jours réservés aux demandeurs d'asile zimbabwéens.

Beaucoup de ces nouveaux arrivants entrent dans le pays à des points de passage frontière illégaux - ceux qui entrent légalement ne demandent généralement pas l'asile après leur arrivée dans le pays - rendant ainsi difficile une estimation précise du nombre des personnes concernées. Craignant les arrestations et la reconduite à la frontière, ils demeurent dans la clandestinité, ce qui les rend plus vulnérables à d'autres formes de violence et d'exploitation comme les viols et les vols. Selon des sources fiables, au cours des 40 derniers jours, quelque 17 000 Zimbabwéens ont été expulsés dans leur pays depuis l'Afrique du Sud via le point de passage frontière de Beit Bridge, en dépit des précédents appels de l'UNHCR demandant la suspension des expulsions forcées.

De notre point de vue, les expulsions à grande échelle, combinées aux difficultés rencontrées par les Zimbabwéens qui doivent faire face à l'affluence pour accéder à la procédure nationale d'asile, créent un risque réel de refoulement - ou de retour forcé vers leur pays d'origine, où ils pourraient être en danger. En réponse, nous avons renforcé, en collaboration avec les autorités, notre présence à la frontière et nous assurons des visites quotidiennes dans les installations de détention et de renvoi à Musina, pour identifier les demandeurs d'asile zimbabwéens et pour référer leurs cas aux autorités gouvernementales compétentes. Nous discutons également de ces problèmes avec le gouvernement, pour tenter d'obtenir que les réfugiés et les demandeurs d'asile obtiennent la protection dont ils ont besoin.

Le Haut Commissaire a réitéré son appel à l'Afrique du Sud de mettre un terme aux renvois à la frontière des Zimbabwéens et d'assurer que les demandeurs d'asile aient accès aux procédures nationales d'asile. Nous continuons de demander avec insistance à l'Afrique du Sud de garantir exceptionnellement aux Zimbabwéens un statut juridique temporaire leur permettant de rester dans le pays, une option qui est prévue dans la législation nationale sud-africaine.

L'UNHCR reconnaît la complexité de la situation en Afrique du Sud, avec un grand nombre de Zimbabwéens qui étaient déjà présents dans le pays avant les récents développements politiques au Zimbabwe. Nous continuerons à soutenir les autorités sud-africaines pour renforcer le système national d'asile et dans les efforts entrepris pour garantir la protection des réfugiés et des demandeurs d'asile actuellement dans le pays. On compte actuellement plus de 138 000 réfugiés et demandeurs d'asile enregistrés en Afrique du Sud, originaires d'un grand nombre de pays.

Des demandeurs d'asile zimbabwéens seraient également arrivés dans des pays voisins depuis le mois de mars, avec quelque 700 arrivées au Botswana où ils ont été rapidement pris en charge par le gouvernement et 38 arrivées en Zambie. Les équipes de surveillance de l'UNHCR dans les provinces frontalières du Mozambique ont également identifié plusieurs centaines de demandeurs d'asile originaires du Zimbabwe qui ont besoin de protection.