La Jungle est vide mais le HCR continue d'aider les migrants dans le nord de la France

Quelques semaines après le démantèlement d'un camp de fortune à Calais, le HCR continue de rencontrer et de conseiller les migrants et les demandeurs d'asile le long de la côte nord de la France.

Les jeunes Afghans trouvent une distraction dans leur routine quotidienne monotone quand un photographe s’approche à Calais.  © HCR/H.Caux

LOON-PLAGE, France, 17 novembre (HCR) - Fin septembre, la police française a utilisé des bulldozers pour raser un fameux camp de fortune pour migrants et demandeurs d'asile dans la banlieue de Calais, alléguant que ce dernier était devenu une base pour les activités illégales des passeurs.

Tandis que "la Jungle" n'est plus qu'un souvenir, les passeurs sont toujours présents dans la région, cherchant à soutirer de l'argent des très nombreuses personnes, majoritairement originaires d'Afghanistan, qui restent dans le nord de la France en attendant d'avoir la chance de traverser vers le Royaume-Uni, dont on peut voir les côtes par beau temps de l'autre côté de la Manche.

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés est présente à Calais depuis le mois de juin. Le personnel du HCR, accompagné par un interprète, visite les villes et les communes tout le long de la côte. Ils rencontrent des migrants sans papiers, leur décrivent le système d'asile en France et la procédure de demande du statut de réfugié et les aident à déposer leur demande. Il est souvent difficile de les faire parler, en particulier si les passeurs sont à proximité.

Un grand nombre d'anciens habitants de la Jungle sont retournés dans le Pas-de-Calais, y compris des personnes relevant de la compétence de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés. Malgré le temps froid, ils couchent à la dure, en tentant d'éviter les descentes de police qui visent à les empêcher de construire un autre site sinistre.

« Après le démantèlement de la Jungle, j'ai dû dormir sous un pont pendant quelques temps », murmure un jeune garçon de 14 ans, mince et fragile, originaire de Jalalabad dans l'est de l'Afghanistan. « Désormais je vis dans la maison d'une personne qui travaille pour une organisation qui défend les droits de migrants ».

Loon-Plage est un endroit typique parmi ceux que le personnel du HCR et de son partenaire local, France Terre d'Asile, visite régulièrement à la recherche de personnes à conseiller et à aider. Quelque 50 hommes, Afghans et Kurdes, ont construit un campement sommaire non loin de la ville située entre Calais et Dunkerque.

* Au cours d'une récente visite, ils ont trouvé une douzaine d'hommes blottis les uns contre les autres autour d'un feu de camp au milieu des dunes de sable et des herbes hautes. Il faisait un froid de canard, même en pleine journée. Quand l'équipe s'est approchée, d'autres hommes et garçons ont surgi des dunes pour voir qui était là.

Tout à coup, une bouteille en plastique remplie de sable a été lancée sur les visiteurs. Une personne cachée dans les buissons lançait des insultes en kurde et en anglais. Il souhaitait manifestement que l'équipe s'en aille.

Les autres se sont sentis mal à l'aise. « Nous ne voulons pas que vous pensiez que nous sommes tous comme ça », a déclaré un homme afghan. « Nous voulons vous écouter mais nous ne sommes pas libres de vous parler ici. C'est leur endroit », a-t-il ajouté, en parlant des passeurs.

Malgré l'atmosphère tendue, les collaborateurs du HCR et de France Terre d'Asile sont restés près de 90 minutes pour parler au groupe. L'équipe a expliqué aux squatteurs qu'ils avaient le droit d'être informés et de se faire leur propre opinion sans pression. Certains ont indiqué qu'ils souhaitaient se rendre au bureau du HCR à Calais pour en savoir plus sur la possibilité de demander l'asile en France.

Un homme de grande taille vêtu d'une veste en cuir noir est soudainement apparu, les yeux brillant de colère. Il a murmuré quelque chose à l'un des garçons du groupe et le jeune homme effrayé est parti immédiatement. Un par un, les autres membres du groupe sont partis calmement et ont disparu derrière les dunes, ostensiblement intimidés par l'inconnu.

Après avoir rameuté le reste et s'en être lui-même allé, il ne restait que quatre hommes adultes, debout près des cendres du feu de camp. Deux d'entre eux ont demandé à venir à Calais. Les deux autres ont pris des brochures d'information en pachto.

« Cela prend du temps de gagner la confiance des migrants, de leur fournir des informations sur l'asile et de les conseiller sur la procédure. Ils font tous une fixation sur le Royaume-Uni et ont souvent été mal informés par d'autres migrants ou des passeurs sur les possibilités qui existent », affirme Maureen McBrien, qui travaille pour le HCR à Calais.

Les passeurs ont une forte emprise sur les migrants, dont certains ont emprunté de l'argent pour payer le long et dangereux périple qui les a conduits vers l'Europe. Le principal objectif des passeurs est de s'assurer que leurs clients payants transitent vers le Royaume-Uni.

Ils contrôlent l'accès aux zones où les camions en partance pour l'Angleterre se garent et ils font payer plusieurs milliers d'euros par migrant pour la possibilité de se cacher sous un camion ou de s'embarquer clandestinement dans le container d'un cargo. Chaque migrant représente de l'argent et ils sont réticents à perdre cette source de revenus. Les mineurs non accompagnés, dont les plus jeunes ont 11 ans, sont particulièrement vulnérables.

Pendant ce temps, le HCR coopère avec les autorités locales et la société civile pour assurer la protection de ceux qui souhaitent rester en France. « Les migrants ont besoin d'informations précises et objectives sur les possibilités de régulariser leur séjour en France », explique Maureen McBrien. « Cela continue à être notre principale priorité ».

Par William Spindler à Loon-Plage, France

* Selon la police, ils ont fait évacuer ce campement mardi matin, plaçant 30 adultes et 11 mineurs en détention.