Les habitants des îles du Pacifique confrontés aux changements climatiques et à la réinstallation

Des dirigeants et des représentants communautaires des Etats insulaires du Pacifique font partie des défenseurs les plus ardents d'une action concrète décidée lors de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Copenhague.

Après plusieurs hausses du niveau de la mer, les habitants de l’Etat insulaire de Tuvalu dans le Pacifique ont dû être réinstallés, ce qui créerait des problèmes de nationalité, d’identité et de culture si ces populations devenaient apatrides.   © Panos/J.Carlin

CANBERRA, Australie, 14 décembre (HCR) - Les îles Carteret en Papouasie-Nouvelle-Guinée sont situées à trois heures de bateau depuis l'île plus importante de Bougainville. Les 2 500 habitants des îles Carteret ont eu un passé insouciant où ils vivaient de la pêche et de l'agriculture à petite échelle. Toutefois, pour eux, la réalité des changements climatiques signifie que des projets sont menés actuellement pour que ce trajet vers Bougainville ne soit qu'un aller simple.

Sur les îles Carteret, comme à Tuvalu et ailleurs dans le Pacifique, de nombreux facteurs complexes et interdépendants - environnemental, climatique, géologique et démographique - sont en jeu, et ils créent une incertitude sur la capacité de ces personnes à rester dans leur pays d'origine.

Le délégué régional du HCR dans le Pacifique Richard Towle a indiqué que la protection des personnes affectées par ces facteurs doivent faire partie d'une réponse plus large, concentrée sur les droits fondamentaux quand à la sécurité humaine et assurer un développement social et économique à tous les habitants de cette région.

« Par contre, trouver des solutions à ces défis signifie écouter, consulter et répondre aux besoins spécifiques de ces populations affectées - que ce soit dans le cadre de mécanismes d'adaptation ou d'une réinstallation éventuelle », a indiqué Richard Towle.

Pour les Carteret, l'érosion de la côte, la destruction de digues pour la défense des côtes et l'inondation d'eau salée signifie que la plupart des petits carrés de terrain où sont cultivés les légumes et les taros de marécages - dont dépendent les familles pour la nourriture - ne sont plus fertiles. Les stocks de vivre de première nécessité s'épuisent et la réinstallation paraît de plus en plus comme la seule option possible.

Après plusieurs vaines tentatives de transférer les habitants des îles ces dernières années, les autorités ont identifié une plantation à Bougainville comme site futur pour la réinstallation et elles se préparent à faire venir l'année prochaine les familles des Carteret et d'autres atolls menacés.

Le Gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée prévoit par ailleurs la mise en œuvre de services continus pour les familles et les particuliers qui restent dans les atolls et met en place un plan de secours en cas de graves catastrophes climatiques futures.

Soeur Maryanne Loughry, de l'organisation Jesuit Refugee Services Australia, se trouvait aux Carterets ce mois-ci pour discuter avec les habitants de la procédure de réinstallation. « Tout en appréciant l'assistance fournie par Bougainville, de nombreux habitants se disent inquiets de la perte de leur culture et de leurs traditions et ils sont incertains de la manière dont ils seront reçus par la communauté hôte », a expliqué Sœur Maryanne Loughry.

Ces dilemmes soulignent les choix difficiles auxquels sont confrontés les communautés insulaires dans le cadre de la menace représentée par la montée des eaux, la réinstallation étant souvent vue comme une solution de dernier ressort.

Bien que les personnes déplacées du fait des changements climatiques et de la dégradation environnementale ne soient pas classifiées comme étant des réfugiés dans le cadre de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, l'expérience du HCR a montré que ces personnes sont clairement confrontées à des défis importants et que leurs besoins dans les domaines des droits fondamentaux et de la protection doivent être couverts.

Effectivement, de nombreuses communautés rejettent le label de « réfugiés climatiques » en disant que celui-ci véhicule une idée fausse de désespoir, et qu'elles préfèrent se concentrer sur des stratégies d'adaptation et d'atténuation visant à les aider à rester chez elles. « Un grand nombre d'habitants des Etats insulaires du Pacifique nous ont fait part de leur préférence pour essayer d'abord d'atténuer les pires effets de la hausse du niveau de la mer ainsi que de la diminution des réserves d'eau potable, des inondations, des maladies et de la perte des sources traditionnelles de nourriture, des moyens d'existence et de l'hébergement », a indiqué Richard Towle.

Dans la plus importante des îles Fidji, Viti Levu, par exemple, un projet innovant de jardin corallien est actuellement mené pour aider à réduire l'érosion de la côte et la perte de sable, qui sont toutes deux considérées comme étant l'impact majeur de la hausse du niveau de la mer. Le projet est une initiative conjointe de la communauté locale, d'une ONG nationale et d'un centre de vacances et il est l'exemple de la façon dont des stratégies d'adaptation peuvent protéger l'environnement et l'économie.

Parallèlement, Kiribati attend impatiemment le développement de programmes de migration qualifiée qui pourrait réduire la surpopulation à court terme, en développant des compétences et en établissant des communautés à l'étranger si une réinstallation à plus grande échelle s'avérait nécessaire à l'avenir.

Pour aider à parer à une augmentation potentielle de la fréquence des catastrophes naturelles, le HCR a formé conjointement avec d'autres agences le Groupe de protection humanitaire du Pacifique pour aider à identifier et à analyser les besoins en protection des personnes qui sont confrontées à des risques naturels.

Ces exemples montrent la combinaison d'approches - la préparation en prévision des catastrophes, l'atténuation et l'adaptation et une possible réinstallation - qui sera nécessaire pour venir en aide aux populations confrontées aux défis climatiques et environnementaux dans la région. Toutefois, pour les îles Carteret, la réinstallation apparaît comme étant le seul choix restant.

Par Ben Farrell à Canberra, Australie