Des déplacés colombiens ont transformé un quartier abandonné d'une ville portuaire

La violence a poussé Eliecer et d'autres Colombiens vers un quartier défavorisé de Cartagène sur la côte caraïbe, mais ils ont réussi à y établir une communauté confortable.

Eliécer Baron, 53 ans, est le chef de 118 familles dans le district de Villa Gloria dans le port caribéen de Cartagène. Comme la moitié des autres familles déplacées, il a subi le déplacement forcé depuis sa maison du nord de la Colombie. Il ne s’est jamais senti suffisamment en sécurité pour y retourner.  © UNHCR/Zalmaï

CARTAGENE, Colombie, 4 janvier (HCR) - Les vagues déferlant sur la mer turquoise, le sable blanc et fin ainsi qu'une légère brise, voici comment sont décrites les plages caribéennes de Colombie par les touristes. Toutefois, qui est cet homme qui loue des chaises longues aux touristes ? Ce n'est pas ce paysage idyllique qui l'a attiré ici, mais la quête de sécurité.

La mère d'Eliecer Baron a été tuée il y a 14 ans dans la région d'Uraba dans le nord de la Colombie après s'être opposée aux groupes armés irréguliers qui tentaient de voler son bétail. « D'abord j'ai rejoint une autre région, Sucre, où je pouvais continuer à vivre en tant que fermier », a expliqué cet homme âgé de 53 ans. « Pourtant, deux ans plus tard, la violence a également atteint Sucre. C'est alors que j'ai décidé de venir à Cartagène. »

Avec une nouvelle famille arrivant chaque semaine depuis des régions en proie à la violence en Colombie, Eliecer et d'autres déplacés internes ont adopté leur propre portion de la plage de Cartagène et ils ont établi une installation aux abords de la ville.

Comme tant d'autres déplacés internes forcés de quitter leurs propres terres, le seul endroit qu'ils pouvaient trouver est celui dont personne ne voulait : Quand ils sont arrivés, le quartier ne disposait ni d'électricité, ni d'autres services assurés par la municipalité car la mairie leur avait fait savoir qu'il était situé sur une zone risquant les inondations, et que la propriété des terres resterait à définir. Les personnes déplacées comme Eliecer devaient même acheter de l'eau dans des seaux.

Peu à peu, la situation a changé et la mairie fournit désormais l'eau et l'électricité. Eliecer et quelques 118 autres familles déplacées ayant formé leur propre organisation ont également pu défendre leurs droits, grâce à une formation dispensée par le HCR sur les droits des personnes déplacées.

« Il arrive souvent que nous ayons à indiquer aux autorités locales ici ce qu'elles doivent faire selon la loi en faveur des personnes déplacées », a expliqué l'un des membres de l'organisation d'Eliecer. Les familles déplacées bénéficient également de l'éducation et elles bénéficient de programmes nationaux spécifiques.

Ce groupe est composé en grande majorité de femmes. « Eliecer est un homme cultivé et aussi généreux », a expliqué Ana, qui fait partie de ce groupe. « Il sait comment gérer les gens, il est respectueux et par-dessus tout, il a une grande connaissance dans l'organisation ainsi que sur les lois et les droits. »

En plus de son travail de sensibilisation, Eliecer lutte, comme tant de fermiers colombiens déplacés, pour subvenir aux besoins de sa famille en milieu urbain. La location de chaises longues sur la plage lui rapporte un revenu modeste et sa femme n'a pas pu travailler depuis quatre ans.

« Elle était là quand ma mère a été assassinée et, depuis lors, elle souffre d'une hypertension sanguine », a-t-il expliqué. « Cela a fini par affecter ses reins ces dernières années et elle doit désormais subir une dialyse tous les deux jours. »

Ces jours-ci, ils redoutent que les investisseurs immobiliers ne récupèrent ce terrain autrefois indésirable qu'Eliecer et ses amis appellent maintenant leur maison. Toutefois, après avoir perdu sa maison deux fois dans son propre pays, Eliecer ne se laissera pas faire.

« Nous étions auparavant des déplacés », a-t-il indiqué avec détermination. « Maintenant, nous restons. Nous en avons le droit. »

Par Gustavo Valdivieso a Cartagène, Colombie