Un réfugié angolais à la tête d'un petit empire commercial en Zambie

Robby Bihinda est né en Zambie, car ses parents avaient fui l'Angola en 1968. A présent, il dirige un petit empire commercial dans une installation de réfugiés où il se sent chez lui.

Robby Bihinda, que l’on voit ici dans son restaurant, a de bonnes raisons de sourire  © HCR/K. Shimo

MAYUKWAYUKWA, Zambie, 21 janvier (HCR) - Il y a quarante ans, la vie de Robby Chiyengo Bihinda a démarré sous de bien mauvais auspices dans une installation de réfugiés angolais isolée de la province de l'Ouest en Zambie.

Ses parents avaient rejoint la Zambie après avoir fui en 1968 la guerre d'indépendance survenant dans leur pays, l'Angola. Robby Bihinda est né deux ans après. En 1975, le Portugal a accordé l'indépendance à l'Angola, qui a presque immédiatement plongé dans une guerre civile, brisant ainsi tout espoir de retour pour des personnes comme les parents de Robby Bihinda.

Leur avenir semblait sombre. Toutefois, dans cette région faiblement peuplée de Mayukwayukwa, les réfugiés pouvaient au moins cultiver des lopins de terre et ceci leur permettait de subvenir à leurs besoins. Dans un pays où 60 pour cent de la population vit avec un dollar par jour, les chances d'améliorer leur quotidien étaient minces, mais Bihinda, déterminé, a su saisir sa chance.

Son sens des affaires, sa détermination, son courage ainsi que le soutien du HCR durant ses études l'ont aidé à devenir autosuffisant et l'ont propulsé vers une situation de relative richesse au sein de la communauté réfugiée de Mayukwayukwa.

Robby Bihinda a posé des fondations solides pour son avenir en terminant ses études secondaires au collège de Kaoma. Le HCR, pour qui l'éducation des jeunes réfugiés revêt une importance fondamentale, a financé ses études. Robby Bihinda a également beaucoup appris lors de formations proposées par le HCR sur le développement de l'esprit d'entreprise.

Lorsque Robby Bihinda a terminé ses études, le partenaire de mise en œuvre du HCR, la Fédération luthérienne mondiale, a financé sa formation de mécanicien dans le magasin Nippon Motors de Lusaka, la capitale zambienne.

Le jeune homme ambitieux, qui avait alors la vingtaine, a travaillé comme mécanicien pour se constituer un capital. Il a ensuite ouvert un petit commerce alimentaire pour lequel il se fournissait dans des fermes de réfugiés de sa communauté. Il vendait ensuite ses produits à Lusaka et dans d'autres villes. Il a acheté et réparé un vieux Land Rover cabossé pour transporter sa marchandise.

Désormais, il dirige un petit empire commercial à Mayukwayukwa, comprenant une flotte de trois camions et de deux Land Rover pour son commerce florissant de transport, un moulin, un grand magasin avec un restaurant et un atelier de tôlerie. Il possède également du bétail ainsi que des biens immobiliers et il est en train d'acheter un hôtel. Il compte, parmi ses clients, des réfugiés, des Zambiens et des travailleurs humanitaires.

« J'ai commencé en 1996 avec un Land Rover d'occasion, que j'utilisais pour transporter des gens de Mayukwayukwa à Kaoma et Mongu [la capitale de la province de l'Ouest] », a expliqué Robby Bihinda, ajoutant « Maintenant j'emmène des passagers jusqu'à Lusaka. »

Sa femme gère le magasin de Mayukwayukwa, tandis que Robby Bihinda se concentre sur le transport et la construction. Il a pu faire profiter des réfugiés et quelques Zambiens de sa bonne fortune, en les employant dans ses différentes entreprises.

« En partant de presque rien, j'ai pu accumuler des biens grâce à un dur labeur, à l'esprit de sacrifice et à la résilience », a-t-il indiqué. Il ajoute que même si ses parents étaient originaires d'Angola, c'est en Zambie qu'il se sent chez lui. « Recommencer une nouvelle vie ailleurs qu'en Zambie ne fonctionnerait peut- être pas pour moi. A mon modeste niveau, j'essaie donc de jouer un rôle dans le développement de la Zambie. »

La Zambie accueille quelque 57 000 réfugiés principalement en provenance de l'Angola (25 300) et du Congo (21 900), mais également du Burundi, de l'Ouganda, du Rwanda et de la Somalie.

Par Kelvin Shimo à Mayukwayukwa, Zambie