Questions/Réponses : un alpiniste afghan au sommet de l'Himalaya

Nadjib Sirat, un ancien réfugié, prévoit d'escalader l'Everest et un autre sommet de l'Himalaya cette année pour aider à présenter une image positive de son pays natal, l'Afghanistan.

Nadjib Sirat au sommet du Mont-Blanc. Cet ancien réfugié afghan a désormais pour objectif d'escalader l'Everest.  © Association Respectons la Terre

Questions/Réponses : un alpiniste afghan au sommet de l'Himalaya

Paris, France, 3 mars (HCR) - Nadjib Sirat a fui l'Afghanistan en 1998, quand il avait 18 ans et il s'est installé en France où il a obtenu le statut de réfugié. Il est ensuite devenu citoyen français. Aujourd'hui, il est engagé dans plusieurs projets d'alpinisme avec l'aventurier français Charles Hedrich, leur objectif étant de présenter une image différente et positive de l'Afghanistan. Dans ce but, le projet « L'Afghan le plus haut du monde » devrait conduire Nadjib Sirat au sommet du Cho Oyu, situé à la frontière entre le Tibet et le Népal, à 8201 mètres d'altitude, en mai puis au sommet de l'Everest en septembre 2010. En février, Nadjib Sirat s'est rendu en Afghanistan où il est devenu le président de la fédération afghane d'alpinisme à Kaboul. Il espère faire naître un intérêt en Afghanistan pour le ski et les sports de montagne. Il s'est récemment entretenu avec Hannane Boulmaoui, stagiaire au HCR à Paris.

Comment êtes-vous arrivé en France ?

En 1997, j'ai commencé à travailler avec l'AFRANE (Amitié franco-afghane), une ONG française à Kaboul spécialisée dans les domaines pédagogique et humanitaire. Cette collaboration avec une ONG française m'a posé des problèmes avec le gouvernement taliban, parce que je travaillais avec des étrangers mais aussi car l'AFRANE aidait des jeunes filles à accéder à l'éducation. C'est pourquoi j'ai fui vers le Pakistan, où le chef de mission de l'AFRANE m'a aidé à obtenir un visa d'étudiant pour aller en France.

Après mon arrivée en France en octobre 1998, j'ai passé trois ans au lycée pour obtenir mon baccalauréat. Puis j'ai intégré une formation de prothésiste dentaire tout en suivant des cours du soir en licence d'économie et de gestion. J'ai présenté ma demande d'asile politique en 1999. En septembre 2000, l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) m'a accordé le statut de réfugié politique. En 2009, je suis devenu citoyen français.

Comment avez-vous vécu votre réinstallation en France ?

Ma première année a été très difficile. Je n'étais en contact quasiment qu'avec des élèves français. Comme j'étais arrivé seul, je n'étais pas intégré à la communauté afghane. Alors je me suis ouvert à la culture française, j'ai appris à l'apprécier au point de laisser provisoirement de côté l'Afghanistan et les préoccupations qui m'y rattachaient.

Pour subvenir à mes besoins, j'ai choisi de demander l'asile après mon arrivée en France avec un visa étudiant. Celui-ci me permettait de travailler vingt heures par semaine. Je me dis que je n'ai pas beaucoup coûté à mon pays d'adoption, j'ai toujours travaillé et payé mes impôts.

Quelle relation avez-vous maintenu avec l'Afghanistan ?

Dans un premier temps, j'ai coupé tout contact avec mon pays car j'étais trop préoccupé par ma vie d'étudiant. J'ai ensuite renoué des liens avec l'Afghanistan, après l'obtention de mon statut de réfugié. Ensuite j'ai eu de nombreux projets en tête pour préserver des liens avec l'Afghanistan. Je me disais que je pourrais ouvrir une clinique dentaire ou alors rentrer et travailler pour une ONG. J'ai également gardé un contact étroit avec mes parents, mes frères et soeurs en Afghanistan.

Quand j'ai voulu fuir le pays, mon père ne l'avait pas accepté. Comme j'étais encore jeune, il craignait que je sois manipulé. Mon père est aujourd'hui décédé, mais dans les années où j'étudiais en France et que j'y menais une vraie vie, il était heureux pour moi.

Parlez-nous de votre partenariat avec Charles Hedrich

Il y a un an, Charles Hedrich a contacté l'ambassade d'Afghanistan en France afin de trouver un sportif afghan acceptant de relever le défi d'être le premier Afghan à escalader l'Everest. J'ai accepté car j'étais convaincu que ce projet pouvait véhiculer une image positive de l'Afghanistan, faisant enfin parler de l'Afghanistan différemment.

L'alpinisme permettrait de dire qu'il existe autre chose que la guerre et les talibans, et notamment de magnifiques montagnes et du sport. Je veux intéresser les jeunes Afghans qui regardent le ski à la télévision et qui rêvent de quitter le pays. Je veux leur montrer que la neige et la montagne sont là, chez eux en Afghanistan, et qu'ils peuvent également accéder à ces sports.

L'escalade pourrait aussi faire prendre conscience aux gens qu'il est nécessaire d'éliminer les mines antipersonnel dans les régions de haute montagne en Afghanistan. De plus, les sports pourraient aider à promouvoir la paix.

Quel serait votre message aux Afghans recherchant l'asile en Europe ?

Quand je suis arrivé en France, j'ai ressenti combien il est difficile d'être un étranger en France. Alors j'ai compris que je serai toujours un Afghan. Même si mon pays d'adoption est la France, mon pays, c'est aussi l'Afghanistan. J'espère qu'un jour l'Afghanistan deviendra un pays où les Afghans exilés auront envie de rentrer et que d'autres auront également envie de visiter.