Des images valorisantes de la communauté rom au Monténégro

Une exposition de photos financée par les Nations Unies au Monténégro participe à combattre l'image négative souvent associée à l'identité rom, et notamment à des réfugiés.

Sélection de photographies présentées dans le cadre de l'exposition « Barvale ».  © Dusko Miljanic

PODGORICA, Monténégro, 28 avril (HCR) - Le photographe monténégrin Dusko Miljanic présente le travail qu'il a effectué depuis vingt ans dans son pays et à travers le monde. Agé de 35 ans, il s'est spécialisé dans la photographie de style documentaire et ses images ont remporté des prix aux niveaux national et international. Au début du mois, sa toute dernière exposition a été inaugurée à Podgorica avec l'appui du Gouvernement et des organisations des Nations Unies présentes au Monténégro, notamment le HCR. L'exposition « Barvale » comprend 32 portraits en couleur de Roms, dont deux enfants, qui ont réussi leur vie. Il a photographié des musiciens, des chefs cuisiniers, des sportifs célèbres, des politiciens, des acteurs, des hommes d'affaires et d'autres personnes encore. Dusko Miljanic s'est entretenu avec Gordana Popovic, assistant chargé de programme au HCR au sujet de l'exposition.

Parlez-nous de l'exposition

Je travaille sur ce projet depuis 2008 et mon objectif était de montrer un nouveau visage des communautés rom, ashkalie et égyptienne. « Barvale » signifie couronné de succès en langue rom et je ne voulais pas d'images stéréotypées d'une population démunie vivant en marge de la société. J'ai photographié des portraits en studio représentant des membres de la communauté rom, comme s'ils étaient des célébrités de la musique, des stars de cinéma ou autres. Mon travail a consisté à ce que ces personnes soient regardées au même niveau que le reste de la société monténégrine d'aujourd'hui. Parmi les personnes que j'ai prises en photo, se trouvent des réfugiés roms vivant au Monténégro ainsi que des membres des communautés roms établies de longue date dans le pays. L'exposition comprend également des informations sur leur succès personnel et professionnel visant à déconstruire des stéréotypes, à participer au rejet d'idées fausses largement répandues et à modifier une image profondément erronée de ces communautés pouvant être rectifiée par les faits. Chacune des personnes que j'ai prises en photo est porteuse d'un message à l'attention des visiteurs de l'exposition. La plupart des membres de ces communautés ont souligné l'importance de l'éducation, qui est essentielle pour les aider à briser la spirale de la pauvreté.

Portrait d'un réfugié du Kosovo présenté dans le cadre de l'exposition « Barvale ».  © Dusko Miljanic

Certaines des personnes prises en photo sont des réfugiés. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, neuf d'entre elles sont des réfugiés du Kosovo. Je suis fasciné par leur détermination et leur succès dans leur nouvelle vie commencée dans un nouveau pays, et ce malgré tous les défis et les obstacles.

Aviez-vous visité auparavant des camps de réfugiés roms ?

J'ai visité plusieurs camps où sont accueillis des réfugiés roms dans les Balkans, au Monténégro, en Serbie et en Roumanie. Les expériences sont différentes et j'ai éprouvé des sentiments allant de l'admiration concernant une situation pittoresque dans laquelle je me suis retrouvé à une profonde tristesse éprouvée pour des personnes vivant une situation extrêmement difficile. [Le HCR a également un programme pour assister les Roms apatrides au Monténégro et d'autres pays dans la région.]

Quand avez-vous commencé à vous intéresser à la question des Roms ?

Quand j'étais enfant, je connaissais plusieurs familles roms et certains de mes camarades d'école primaire étaient des Roms. C'était du temps où le Monténégro faisait partie de la République fédérale socialiste de Yougoslavie. Plus tard, en tant qu'artiste-photographe, je me suis souvent rendu dans une installation de réfugiés roms à Konik, une banlieue de Podgorica, et j'ai pris des photos de style documentaire en noir et blanc de la communauté. Toutefois, j'ai toujours voulu faire des choses différentes et j'ai réalisé ce souhait grâce à l'exposition « Barvale ».

Pensez-vous que l'art peut aider des groupes marginalisés ?

De simples photographes sont porteurs d'un message et ils s'avèrent être d'excellents intervenants pour un art engagé ne laissant personne indifférent. J'ai été témoin via ce projet de la façon dont les perceptions et la sensibilisation peuvent changer en un temps record. Un grand nombre de gens, y compris des amis et des personnes qui ont aidé à monter l'exposition, m'ont demandé pourquoi j'avais pris la peine de photographier des membres de la communauté rom. Et les Roms eux-mêmes étaient surpris car ils étaient plutôt habitués à la représentation stéréotypée de style documentaire de leur situation en noir et blanc.

Portrait d'un réfugié du Kosovo présenté dans le cadre de l'exposition « Barvale ».  © Dusko Miljanic

Qu'espérez-vous de cette exposition ?

J'espère que cette exposition modifiera au moins quelques-unes des perceptions [négatives] fortement ancrées envers la population rom et qui sont basées sur l'ignorance. Je souhaite également montrer que nous pouvons voir, juger, penser et interagir différemment. J'espère que Barvale sera présentée dans de nombreuses communautés au Monténégro et également dans d'autres pays de la région.

Le projet a déjà permis de venir en aide à une famille vulnérable en la mettant en relation avec une agence humanitaire qui pourra l'aider. J'ai rendu visite aux personnes que j'ai photographiées pour leur présenter l'avancement du projet et prendre des photos en noir et blanc de leur vie quotidienne afin de compléter les portraits en couleur pris en studio. Durant l'un de mes voyages, je me suis rendu chez Kameri Keca, un chef de famille de neuf réfugiés originaires du Kosovo. J'ai regardé la pièce pour choisir le meilleur angle pour la photo et j'ai alors remarqué que de l'eau coulait sur les murs. J'ai été choqué et j'en ai parlé au personnel du HCR. Ils se sont immédiatement rendus chez cette famille et ils ont organisé l'intervention d'un partenaire d'exécution, l'ONG [allemande] HELP, pour leur fournir du matériel de construction et réparer ce dégât. Je suis heureux de cette exposition qui aide non seulement à changer des perceptions mais aussi à améliorer la vie des personnes.

Quelle est votre relation avec le HCR ?

J'ai été recruté par le bureau du HCR au Monténégro il y a trois ans pour une formation de son personnel aux rudiments de la photographie à des fins publicitaires ou à destination des médias. Durant cette période, je leur ai proposé l'idée qui est devenue Barvale et que le HCR, conjointement avec d'autres organisations des Nations Unies présentes au Monténégro, m'ont aidé à mettre en oeuvre.